Cure de jeunesse pour la filière Comté !

Juillet 2012

Le Comté motive 75 % des installations en agriculture sur le Massif du Jura. L'implication des jeunes agriculteurs dans la filière Comté est un gage d'avenir pour cette AOP fromagère née en 1958 (la plus ancienne de France !) et pour l'agriculture de la région Franche-Comté.

Mais ces jeunes agriculteurs, producteurs de lait, se considèrent-ils aussi comme des producteurs de fromage ? Ont-ils tous suivi le chemin de leurs aînés, engagés dans les ateliers de fabrication, et particulièrement dans les coopératives fromagères ? Logique collective contre logique individuelle, chaque génération doit refaire siennes les valeurs de l'AOP Comté, comme un nouveau continent chaque fois à défricher... Et le Comté leur rend en retour l'assurance de pouvoir vivre de leur production dans de bonnes conditions, avec un prix du lait à hauteur des exigences du cahier des charges. Et un jour de transmettre à leur tour à leurs enfants.

Les chiffres de l'installation en zone AOP

- Fort renouvellement de la population exploitante.
- Sur ces 10 dernières années, 22 % des exploitations agricoles de Franche-Comté ont ouvert leurs portes à un jeune. Ces 1 400 installations en 10 ans, pour 6 500 exploitations recensées en 2010, permettent d'assurer à moyen terme l'avenir de l'agriculture locale. C’est dans le département du Doubs, dont le territoire est quasi totalement en AOP Comté (sans oublier les AOP Morbier et Mont d'Or), que l’agriculture renouvelle le mieux ses exploitants : on y installe plus qu'ailleurs en France, avec 75 nouveaux agriculteurs par an en moyenne depuis 10 ans et pratiquement une installation pour un départ en zone AOP.

- Plus de jeunes en Franche-Comté qu'ailleurs.
- Même si la population agricole de Franche-Comté a tendance à vieillir comme partout ailleurs, elle reste en moyenne plus jeune : 30 % des exploitants franc-comtois ont moins de 40 ans, contre 23 % au niveau national. Ce phénomène s’explique par le poids prépondérant de la spécialisation bovin lait dans l’agriculture de la région. De plus, parmi les éleveurs laitiers, les Francs-comtois sont en moyenne sensiblement plus jeunes que leurs homologues des autres régions (44 ans contre 45,5 au plan national). Signes que le dynamisme de la filière Comté est un gage d'espoir pour beaucoup de jeunes.

Source Agreste Franche-Comté

Mélody et Sylvain Voillemont, agriculteurs à Drom (Ain) : «Nous avons été bien accueillis.»

Voillemont Mélody Sylvain Drom

Venu de Haute-Marne, région de grandes exploitations (des quotas de 1 000 000 litres !), le contraste était énorme pour Sylvain Voillemont, fils d'agriculteur, quand il a découvert la filière Comté. Avec Mélody, ils se sont rencontrés en formation et ont cherché pendant 3 ans une ferme qui soit “reprenable”, c’est-à-dire dont le quota et le prix du lait permettent de payer l'installation. Ils ont aussi fait très attention à la possibilité de regrouper le parcellaire autour de la ferme. Après avoir visité plus de 20 exploitations laitières dans tout l'Est de la France, dont 3 en lait à Comté, leur choix s'est porté sur Drom. « Nous avons été bien accueillis. Dans les zones herbagères, on sent moins de concurrence entre exploitations et la fruitière a besoin de garder tous ses sociétaires ».

Quelques craintes au début : une impression de retour en arrière au niveau technique, à cause des contraintes liées au cahier des charges Comté. « Nous avions le modèle d'autres régions laitières, où produire du lait est permis, avec des fermes innovantes à l’affût de nouveaux produits et de nouveaux systèmes d'alimentation... », expliquent les jeunes agriculteurs de 23 et 25 ans. Les réunions CIGC par zone leur ont fait comprendre les raisons des choix techniques de l'AOP Comté. « Le Comté a besoin de ces contraintes. Comme le prix est là en face, on joue le jeu et on serait même surpris de ceux qui ne veulent pas le jouer ! », ajoute Sylvain.

Aujourd'hui, ils sont particulièrement fiers de leur petite coopérative (7 sociétaires pour un potentiel de 2 millions de litres) et deux ans après leur installation, envisagent d'investir dans un bâtiment d'élevage fonctionnel pour un troupeau de 85 vaches.

Denis et Christophe Buchet, Bersaillin (Jura) : «Savoir ce que deviennent nos produits.»

Buchet Denis Christophe Bersaillin 2012

Christophe et Denis Buchet, deux frères installés en GAEC à Bersaillin (Jura), ont choisi le Comté et le système coopératif.

En 2001, l'installation de Christophe sur la ferme familiale avec ses parents, correspond à la reprise d'une ferme à Comté, ce qui leur donne l'occasion de basculer l'ensemble de l'exploitation du lait standard vers le lait AOP. En 2007, Denis le rejoint sur l'exploitation. Tous deux trouvent naturel de s'intéresser à l'environnement de leur exploitation. Plutôt que de livrer à une coopérative de vente de lait, comme le faisait le cédant, ils préfèrent frapper à la porte de la coopérative de Plasne-Barretaine qui les accueillera par la suite.

« Nous sommes curieux de savoir ce que nos produits deviennent à la sortie de la ferme et comment ils sont valorisés », expliquent les deux jeunes frères.

Concrètement, ils ont pris des parts dans le magasin de vente de la fruitière, la SARL Les Délices du Plateau. Ils investissent aussi du temps dans des responsabilités professionnelles (syndicat, CUMA). « Ce goût de l'engagement est une culture familiale », reconnaissent les jeunes agriculteurs, qui par là se retrouvent parfaitement dans l'approche “coopérative”.

Preuve qu'ils croient en l'avenir de la filière : ils viennent d'investir dans une nouvelle stabulation libre et une salle de traite, « ce qui diminue considérablement la quantité de travail », soulignent les éleveurs qui avant devaient circuler, seaux à la main, dans un bâtiment de 54 places de vaches à l'attache. Du côté des prairies et des cultures, l'exploitation dispose d'un bon volant de sécurité avec 170 ha d'un seul tenant adossés aux bâtiments, dont 40 ha de pâturage. « Nous allons diminuer le troupeau de génisses prêtes pour nous concentrer sur les vaches laitières. Notre objectif est d'optimiser notre moyen de production tel qu'il est et de raisonner nos investissements et notre travail en termes de capacité de main-d’oeuvre et surtout de prix de revient. Continuer à pouvoir traire seul, c'est un choix économique et de qualité de vie. »

Mickaël Courtet, agriculteur aux Hôpitaux-Vieux (président JA du Doubs) : «Je m'occupe du magasin de la coopérative.»

Courtet Mickael

Mickaël Courtet est originaire d'un petit village du Haut-Doubs, Villers-sous-Chalamont, où ses parents sont producteurs de lait à Comté. Un de ses frères est installé sur la ferme familiale et ses deux autres frères ont aussi le projet de s'installer en agriculture. « Il y a 7 ans, j'ai repris une ferme de 60 ha et 27 vaches aux Hôpitaux-Vieux, hors cadre familial. Mes parents étaient encore jeunes, il n'était pas possible de m'installer en GAEC avec eux », explique Mickaël Courtet. Le jeune homme au caractère bien trempé y voit aussi l'occasion de travailler de manière autonome, ce qu'il apprécie particulièrement dans son métier, sans oublier l'entraide qu'il pratique avec l'un de ses voisins.

Dès son arrivée aux Hopitaux-Vieux, il s'est investi dans la vie locale. D'abord à la coopérative où il est devenu responsable du magasin. « Notre coopérative de village, avec 1,5 million de litres de lait, est vraiment dépendante de son magasin. 30 % de nos Comté sont vendus sur place », précise-t-il. L'avenir de la coopérative est une priorité. De ce côté-là, on peut compter sur la détermination des jeunes. « Les départs en retraite de producteurs de lait ont été compensés par l'arrivée de jeunes producteurs. Sur les 8 exploitations adhérentes à la coopérative, on dénombre 7 jeunes agriculteurs installés depuis moins de 10 ans », détaille Mickaël.

Il s’est aussi investi sur son canton avec le syndicat Jeunes Agriculteurs. « C'est un bon moyen de rencontrer d'autres jeunes et de s'intégrer. Avec les JA, nous intervenons auprès des écoles pour expliquer notre métier, pour sensibiliser les futurs agriculteurs à nos filières laitières et nous participons à la promotion de nos produits en animant des marchés paysans, des opérations sourires à destination des touristes... », continue Mickaël Courtet, qui insiste aussi sur le rôle politique de Jeunes Agriculteurs du Doubs, dont il a été élu président depuis le 24 mars. « Nous avons deux dossiers phares au syndicat JA : l'installation et la production laitière. Notre filière Comté AOP se porte bien avec des prix du lait rémunérateurs, ce qui encourage d'autant plus de jeunes à s'installer.

Mais chaque producteur doit intégrer deux notions de risque par rapport à la suppression des quotas et aux volumes de lait produits : sur l'exploitation, d'abord, où le choix n'est peut-être pas opportun pour tout le monde de produire davantage et ensuite pour nos filières AOP en général, une filière ne devant pas devenir le déversoir du trop-plein de l'autre ! Nous pouvons raisonnablement nous baser sur une augmentation de production de Comté régulière en relation avec la commercialisation, mais nous savons très bien que nous n'augmenterons pas de 10 % tous les ans ! À quoi serviraient des prix et des marchés cassés alors que nous investissons, par le biais du budget publicité du CIGC, en vue de conquérir des marchés et de les conserver ? Nous devons arriver à être tous d'accord là-dessus, depuis nos réunions régionales jusque sur le terrain... ».

Un point de vue que Mickaël Courtet n'a pas manqué de partager lors du congrès national JA à Pontarlier (lire ci-dessous).

Transmettre la passion de la coopération !

Flangebouche

Des formations se mettent en place à l'initiative des Fédérations des coopératives laitières du Doubs et du Jura. Objectif : faire intégrer aux jeunes dans leur projet d’installation ou leur parcours scolaire la notion de coopérative et donc de filière économique et d'engagement, à une époque de leur vie professionnelle où ils sont plus centrés sur leur projet personnel.

Le modèle coopératif (et encore plus celui des fruitières) et la spécificité des filières AOP sont peu enseignés en lycée. Les FDCL ont donc décidé d'aller à la rencontre des jeunes en formation, en lycée agricole et classes de MFR (Maisons familiales). Un responsable de coopérative et un technicien de la FDCL interviennent en binôme, en lien avec l’équipe pédagogique, pour présenter les filières AOP ainsi que le fonctionnement et la gestion des coopératives.

- «Il faut aller encore plus loin» : le point de vue de Jean Paul Bardey, administrateur de la FDCL du Doubs, qui intervient dans ces formations.
- «L'expérience du lycée de Dannemarie où fut proposée une présentation, avec les professeurs et une délégation de la FDCL, sur la filière Comté et sur la vision de l’après quota a été très constructive et enrichissante. Peut-être faut-il proposer des groupes d’études sur des cas concrets de coopératives dans le cadre du parcours pédagogique et d'envisager la création d’un kit pédagogique “jeu de rôle” qui permette de mettre en situation. À un âge où les jeunes sont passionnés par l’élevage, nous souhaitons leur transmettre la passion de la coopération et les valeurs qui y sont liées : solidarité, responsabilité, démocratie et équité qui sont source d’enrichissement tant sur le plan humain que sur le plan économique. Comme toutes valeurs, ceci se transmet et quand on associe la passion des hommes expérimentés et l’énergie des jeunes, c’est un mélange qui ne peut que réussir ! »

- Les atouts d'une organisation collective face à l'individualisation.
- C'est la formation proposée à l'initiative du syndicat Jeunes Agriculteurs dans le Doubs, à tous les jeunes qui s'installent en lait AOP. Elle a été mise en place en 2010 et pourrait se généraliser sur la zone. Y sont abordés sur 3 jours avec l'appui de la FDCL et du CIGC : l'historique du Comté, les coopératives, le cahier des charges, la maîtrise de la production, le plan de campagne, les enjeux environnementaux et européens, les marchés, les interactions avec les autres filières laitières (AOP, standard...). « Nous voulons aussi faire prendre conscience qu'une filière vit par l'investissement de ses Hommes, qu'elle réunit trois familles, producteurs, fromagers et affineurs, et que ce n'est pas un acquis pour toujours ! Il faut aussi défendre un produit et le prix d'un produit », explique Philippe Cuinet, ancien administrateur JA25 qui a participé à la mise en place de la formation.

- Un diagnostic sur la capacité de production.
- Dans le cadre de son projet d'installation, le jeune agriculteur doit réaliser un diagnostic sur la capacité de production de l'exploitation. C'est une demande des filières AOP du Massif du Jura, reprise au niveau de la Franche-Comté, pour éviter de “foncer tête baissée” dans une augmentation de la production laitière déstabilisante à la fois pour l'exploitation et pour les filières. Cette étude d'une journée réalisée avec les techniciens des chambres d'agriculture dans le cadre du projet “Flexi-securité” du CASDAR*, permet de mesurer les freins sur l'exploitation et l'impact des modifications sur tous les postes d'élevage : fourrages, bâtiments, pâturage, distribution des aliments... Cet outil pourrait être modélisé et adapté au niveau national pour tous les systèmes laitiers.

*CASDAR : financements publics, “Compte d'affectation spéciale destiné au développement agricole et rural”.

- À découvrir : le guide L’accueil des nouveaux coopérateurs en questions.
- Réalisé par Coop de France. Un inventaire des actions les plus couramment mises en place par les coopératives à destination des jeunes agriculteurs et qui concernent des aides financières, techniques, visant à conforter le droit à produire et le foncier, et aussi des aides administratives et de formation.

Pour se procurer ce guide : www.coopdefrance.coop/fr/55/guidespratiques/

Événement : Le Congrès national JA 2012 au pays du Comté

Les jeunes agriculteurs ont mis en valeur leur agriculture et le Comté lors du congrès national Jeunes Agriculteurs* à Pontarlier les 5, 6 et 7 juin. Le CIGC était partenaire officiel de ces journées.

Cet événement a réuni plus de 1 000 participants venus de toute la France, engagés dans Jeunes Agriculteurs (JA), les ténors du syndicalisme et des différentes organisations agricoles, et tous les responsables de partis politiques, invités à s'exprimer à deux jours des législatives.

Mais avant tout cela, la conférence de presse nationale destinée à annoncer l'événement s'est tenue le 30 mai à la Fromagerie de Pontarlier avec le président JA national. Les doubistes en ont profité pour faire visiter la fruitière et présenter la filière Comté.

Florent Dornier, JA 25 et président du comité d'organisation du congrès, pose devant les 220 “Bidons sans frontière”. Pas le temps de se reposer, car il vient d'être élu administrateur national au syndicat JA, en remplacement de Christophe Chambon, également du Doubs, atteint par la limite d'âge !Le 2 juin, en préambule au congrès national, les jeunes agriculteurs du Doubs ont investi Pontarlier avec l'opération “JA'rrive en ville”, une journée d'animation grand public pour promouvoir les métiers et les produits de l'agriculture.

Parmi les temps forts de la manifestation, un marché des produits du terroir, une fabrication en plein air de Comté au Grand Cours de Pontarlier, une mise en scène de Bidons sans frontières (220 bouilles à lait) par le photographe Gérard Benoît à la Guillaume, un défilé de vaches montbéliardes...

Jeudi 7 juin, en fin de matinée, le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs du Doubs, Mickaël Courtet, a remis une meule de Comté au nouveau président national JA, François Thabius, producteur de lait et de reblochon fermier en Haute-Savoie. Une belle manière de clôturer ce congrès dont le thème était l'installation et son financement.

En clôture du Congrès, les administrateurs du syndicat JA du Doubs ont remis une meule de Comté au nouveau président national JA, François Thabius.