Les chauffeurs, traits d’union entre les coopératives et leurs affineurs (novembre 2018)

(publié le 30 novembre 2018)

Jacky, chauffeur chez Juraflore, charge les fromages de la fruitière de Villers-sous-Chalamont.

Ils sillonnent chaque jour la zone AOP Comté : les chauffeurs routiers, dans leurs 32 tonnes remplis de meules de Comté, font le lien entre tous les acteurs de la filière Comté.

En Comté, les hommes des fermes, des cuves et des caves ne sont pas seuls à oeuvrer pour un fromage de qualité. Denis, Patrick, Noël, Jacky, Pierre-Jean, Karim, Didier, Cyril, Franck, Éric, Philippe, Grégory, Guillaume, Romuald et tous les autres sont chauffeurs routiers dans les maisons d’affinage de Comté. Ils forment comme des “ponts“ entre les coopératives, les affineurs et les crémiers. Le matin, ils partent tôt de la maison d’affinage qu’ils représentent, pour livrer tout d’abord les Comté prêts à être consommés, aux crémiers locaux. Ils ont ensuite rendez-vous dans les fromageries avec les coopérateurs et les fromagers, pour charger les fromages en blanc prêts à être affinés.
Si beaucoup de fromageries sont désormais équipées de “gerbeurs“ pour rendre ce chargement plus facile, une tradition solidaire perdure dans certaines coopératives : les agriculteurs viennent aider le chauffeur à charger les meules dans le camion. « C’est toujours un moment très convivial », témoigne Patrick, chauffeur chez Petite depuis 1983. Noël, dit « Nono », chauffeur chez Arnaud (après avoir été saleur), se souvient de l’époque où il fallait tout charger à la main !
Beaucoup de ces sympathiques voyageurs vivent le métier de chauffeur comme une passion souvent héritée de leur père. Ils décrivent le plaisir de la conduite et le sentiment de liberté que la route procure. Patrick, dit « Bubu », chauffeur chez Rivoire depuis 13 ans, se souvient quand son frère et lui passaient leurs étés dans la cabine du camion paternel. C’était l’aventure ! Mais tous, sans exception, apprécient aussi beaucoup la relation qu’ils entretiennent avec les agriculteurs, les fromagers et le personnel des coopératives. Grégory, chauffeur chez Vagne depuis 14 ans, explique : « J’ai la fièvre des camions depuis tout petit. Avant, j’étais grand routier, je ne quittais pas ma cabine. Un jour, j’ai eu envie d’autre chose, de plus de contacts. Aujourd’hui, j’apprécie le relationnel bien agréable qui s’établit au fil des ans avec les paysans et les fromagers. »
Mais pas question de s’éterniser ! Il est déjà temps de repartir : qu’il neige ou qu’il vente, la ramasse doit être effectuée. On the road again...

Beau comme un camion !

Les Franc-Comtois sont habitués à les croiser, mais pour les touristes qui découvrent la région, ces camions aux marques des affineurs sont le signe qu’on est bien au pays du Comté.

En bonne représentante de la diversité fromagère du Haut-Doubs et du Massif du Jura, la maison pontissalienne met en valeur ses produits-phares : Comté bien sûr, mais aussi l’emblématique Mont d’Or et sa Cancoillotte sur fond de paysage verdoyant et vallonné. Cette communication axée « produits » insiste sur la qualité et la simplicité (« la passion des bonnes choses ») ainsi que sur l’expérience et la tradition (« de père en fils ») au coeur d’une nature préservée.
Le décor du camion de la fromagerie Monnin délivre un message clair : nous fabriquons et affinons des fromages à base de lait de vaches pâturant au pré : du Comté « haut de gamme », du Morbier, de la raclette qui prennent le temps de vieillir en caves d’affinage profondes et lumineuses. Et du beurre de baratte, ajoutant au caractère artisanal de la fabrication !

Sur ce très lumineux camion, l’homme dans ses caves, au loin, donne toute la perspective de la grandeur des lieux où il officie. Il est loin, mais bel et bien au centre de l’image : l’humain est au coeur de la fabrication des fromages qui font la fierté du massif du Jura. Le Mont d’Or, le Morbier et trois sortes de Comté sont dressés autour de quelques noix, illustrant ce goût si typique du terroir jurassien, et d’une branche d’épicéa, symbole de tradition et emblème de la nature locale. Ou comment pénétrer dans le mystérieux Fort des Rousses au hasard d’un déplacement routier !
Charles Arnaud dans les années 30 au volant du camion Juraflore à Paris.

Le Comté Marcel Petite mise sur l’épure, le courage et la tradition en parfaite cohérence avec la façon dont la maison présente ses Comté. Sur fond blanc, comme un papier Canson, l’esquisse montagnarde donne à voir un pré bordé d’immenses cimes et habité d’un chalet fromager typique. Ce paysage sépia jouant sur les ombres et lumières attend patiemment la venue de l’homme marchant courageusement jusqu’à la fromagerie pour amener le lait des bouilles jusqu’aux cuves de cuivre. Courage, passion, tradition : le dessin raconte l’histoire de Petite, « maison de tradition et de conviction ».
Très graphique et stylisé, l’habillage du camion Monts & Terroirs donne à voir la courbe des meules surmontée de la montagne, celle du Massif du Jura, où elles sont fabriquées. Le tout au coeur des champs fleuris du terroir jurassien. Modernité, naturalité et élégance à l’image du slogan-signature « De merveilleux fromages ». Plus efficace qu’un long discours !

Les camions Rivoire en 1960, il y a 58 ans. Cliché pris à l’occasion du centenaire de l’entreprise.
Cinq générations que ce vaillant petit homme porte sur son dos les imposantes meules de Comté de la maison Rivoire-Jacquemin ! La mascotte des Comté Rivoire trône en bonne place sur le poids-lourd de la société, comme sortant des immenses caves en bois pour apporter courageusement le fromage jusque dans les mains des consommateurs. Les couleurs, le jaune des caves et le rouge de l’homme se fondent entre elles au centre de l’image, pour mieux montrer le lien entre l’homme et le fromage qu’il façonne.
Chez Seignemartin, on fait du Comté de père en fils et en fille depuis 1930. C’est donc l’histoire familiale, ce nom gravé jusque dans la croûte des fromages que la maison d’affinage met en avant depuis toujours. En 1938, le petit camion traditionnel affichait son appartenance à « Moulin de Charix », le village où la maison Seignemartin a officié jusqu’en 2010. Aujourd’hui, nouvelle époque, nouveau lieu : c’est à Nantua, à quelques pas du village d’origine et au pied de la gigantesque forêt du Risoux, que s’établit le fief des Comté Seignemartin.
De 1930 à 2010, la fromagerie exerçait à Moulin de Charix, près de Nantua.
Les fromageries Vagne ont été créées en 1926 par Constant et son épouse.
Jolie mise en abîme que nous offre l’entreprise Vagne, montrant une seule image sur son camion : le camion de ses débuts ! L’affineur polinois a fait le choix d’apposer son seul logo qui présente l’antique camionnette de Constant Vagne, le fondateur de la « fromagerie-beurrerie C. Vagne », en 1926.