Le paysage nous en dit long...#(février 2014)

(publié le 27 février 2014)

L'hiver passé, le terroir des Fins laissera apparaître une mosaïque de prairies vertes et bien ordonnées. (photo ©CIGC/Petit)
Cette forte urbanisation, des Fins à Morteau, et la concurrence des usages des sols qui en résulte, « est essentiellement animée par la présence des travailleurs frontaliers », relève Pascal Bérion. (photo ©CIGC/Petit)

Pascal Bérion, Maître de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme (Laboratoire ThéMA UMR CNRS) à l'Université de Franche-Comté nous livre une lecture géographique et socio-économique du paysage des Fins dans la vallée de Morteau (Doubs). L'activité agricole y est bien présente.

Le terroir des Fins présente un paysage dans lequel s’identifient trois caractéristiques majeures qui construisent son identité.

Tout d’abord, le caractère montagnard est bien identifié. Le relief, la végétation (notamment la présence des conifères) et l’architecture traditionnelle en sont les marqueurs. La topographie se compose de trois éléments. Le premier, correspond à la fin des seconds plateaux du massif du Jura. Les altitudes sont élevées, entre 900 et 1 000 m. L’érosion karstique est perceptible (dolines) et la prairie est ici le mode dominant d’utilisation du sol. Le deuxième est composé des vigoureux versants du Val de Morteau. Ils constituent un escarpement puissant de 130 à 200 m de dénivelé dont l’adret est intégralement occupé par des maisons individuelles. Le troisième, situé à 800 m d’altitude, forme le fond du Val de Morteau. Il constitue une sorte d’enclave où l’agriculture se déploie dans un contexte de forte proximité avec l’habitat pavillonnaire.

Ensuite, l’existence d’une très forte pression foncière liée à la construction d’habitations est perceptible. Le versant reliant les Fins à Morteau est presque intégralement urbanisé et les constructions tendent à se développer dans le Val. La concurrence avec les usages agricoles du sol est sérieuse. Elle est essentiellement animée par les travailleurs frontaliers qui chaque jour se déplacent entre le Val de Morteau et le pôle industriel suisse de la Chaux-de-Fonds. Cette forte pression foncière n’est pas sans poser des soucis aux éleveurs. Ils tentent autant que possible de construire des stabulations éloignées des zones pavillonnaires et doivent conduire avec soin leurs prairies car les terres disponibles sont rares.

Enfin, les attributs agricoles typiques du Haut-Doubs se lisent partout au sein du finage* des Fins. La proximité des sapins est omniprésente. Les prairies vertes et bien ordonnées dans un openfield en mosaïque soulignent le travail méticuleux des agriculteurs. Les fermes sont constituées de robustes bâtiments dimensionnés pour héberger durant le long hiver bêtes et fourrages. Le recours au bois pour les façades et les bardages facilite d’ailleurs leur intégration paysagère. Durant la belle saison, les vaches Montbéliardes sont présentes partout dans les prés. Le terroir des Fins constitue d’ailleurs l’un des berceaux de cette race et ses éleveurs sont autant passionnés que réputés pour leur travail.

*Finage : ensemble des terres nécessaires à la vie d'une communauté rurale.


Le val de Morteau est soumis à la concurrence des usages du sol. Les agriculteurs tentent autant que possible de construire leurs bâtiments agricoles loin des zones pavillonnaires en plein essor. (photo ©CIGC/Petit)
Prairies, sapins et robustes bâtiments de ferme bardés de bois sont caractéristiques du Haut-Doubs. (photo ©CIGC/Petit)