Les éleveurs, premiers acteurs du bien-être animal (printemps 2020)

Quand la vache et l’éleveur forment un duo solide au cœur d’une ferme à taille humaine, le bien-être animal et humain se mettent au service de la qualité du produit

(publié le 26 mai 2020)

Dessin Stéphanie Rubini

Le bien-être animal est régi par cinq libertés fondamentales, établies au niveau mondial : ne pas souffrir de soif ou de faim, ne pas endurer d’inconfort, bénéficier de soins en cas de blessures, douleurs ou maladies, pouvoir exprimer les comportements propres à son espèce et enfin, ne pas souffrir de peur ou de détresse. Ces droits, osons dire que les producteurs de la zone AOP Comté en ont fait des devoirs depuis de longues années. Mais la filière a souhaité inscrire le bien-être animal dans le marbre de son nouveau cahier des charges, et ainsi montrer à la société les efforts des éleveurs francs-comtois en ce sens. Depuis toujours, les vaches Montbéliardes et Simmental sont nourries avec des fourrages provenant de la zone et avec des aliments complémentaires sans ensilage, ni OGM. Le pâturage est obligatoire dès que la portance du sol le permet. Faire brouter les vaches est sans doute la première forme de respect dû à ces ruminantes ! Le futur cahier des charges ira plus loin, avec une surface de pâturage par vache portée à 1,3 ha (au lieu d’1 ha actuellement) et la productivité du troupeau sera plafonnée à 8 500 l/vache/an.

La vache, alliée de l’homme sur les terres AOP.

En complément, plusieurs points seront précisés sur la tenue des bâtiments, les conditions au pré et les modalités de soins portés aux animaux (lire plus bas). Mais au fait, à quoi reconnaît-on le bonheur chez une vache ? « Elle rumine, elle est souvent calme et paisible, en confiance à l’approche de l’humain, voire curieuse », s’accordent le vétérinaire et l’ostéopathe témoignant dans ce dossier. Les éleveurs, qui se forment régulièrement pour acquérir les bons réflexes, sont les premiers acteurs de ce bien-être et n’ont pas leur pareil pour détecter les signaux faibles qu’envoient leurs protégées en cas de malaise. Surtout, ils partagent avec leur troupeau le plaisir d’être au cœur de la nature. Une nature qu’ils contribuent à entretenir en duo, car n’oublions pas que la vache a toujours été l’alliée de l’homme sur le territoire de l’AOP Comté : sans elle, plus de prairies, plus de lait cru et bien moins de biodiversité !

L'AVIS DU VETERINAIRE :
 "Un système de production à taille humaine joue beaucoup sur le bien-être animal. Quand je suis arrivé en Franche-Comté, chaque éleveur me donnait le nom de la vache à soigner. C’est un signe, cette relation, ce plaisir d’être avec l’animal. D’autant que le bien-être de l’animal et celui de l’éleveur sont intimement liés." Marc-Olivier Clique, vétérinaire à Orgelet (Jura).

FUTURES MESURES DU CAHIER DES CHARGES en faveur du bien-être animal

(publié le 26 mai 2020)

AU BÂTIMENT :
Pour leur confort, les animaux doivent disposer :
• D’au moins 1 place par animal pour le couchage
et l’alimentation (soit 6 m2 minimum / VL en stabulation),
• D’une litière sèche et souple,
• D’eau propre à volonté, dans des abreuvoirs propres,
• Dans les stabulations entravées, les vaches laitières doivent sortir au moins 2 fois par semaine quand les conditions le permettent.

EN PÂTURE :
• Les animaux disposent d’un point d’eau à volonté et en continu dans les parcelles où ils sont présents ; les points d’eau stagnante sont barrés.
• Des chemins d’accès sont aménagés pour faciliter leur déplacement.
• Les animaux peuvent se mettre à l’ombre en été et se protéger des intempéries.

SANTÉ DES ANIMAUX :
• Le marquage des animaux en traitement est obligatoire et le délai d’attente pour la livraison du lait doit être affiché.
• Le carnet sanitaire doit être tenu à jour par le producteur et par le vétérinaire.
• Chaque année, un Bilan Sanitaire d’Exploitation (BSE) réalisé par un vétérinaire permet de faire le point sur les pathologies dominantes, d’établir un protocole de soin et de vérifier le bien-être des animaux.
• Les veaux absorbent du colostrum.

Vétérinaire, le partenaire incontournable de l’éleveur

(publié le 26 mai 2020)

Marc-Olivier Clique, vétérinaire, salue la démarche préventive et volontaire de la filière Comté en faveur du bien-être animal.

Le CIGC a engagé une démarche avec les vétérinaires, pour évaluer en continu le bien-être animal dans la filière Comté et identifier d’éventuels points à améliorer.

"Le premier rôle du vétérinaire est de prodiguer des soins aux animaux, pour calmer leur douleur ou leur maladie ", observe Marc-Olivier Clique, vétérinaire à Orgelet.

Soigner le mal, mais aussi en découvrir les racines. Car les éleveurs attendent de leur vétérinaire des conseils sur la manière de prévenir ces pathologies. « Les boiteries ou infections peuvent être liées à un problème de place, à la conduite d’exploitation, à un bâtiment ou du matériel inadaptés et propices aux blessures ... La bactériologie permet d’identifier la source infectieuse du mal, de le soigner de manière ciblée et d’en déceler les causes au sein de la ferme. »

Un questionnaire d’évaluation

Le bien-être animal est un tout. C’est pourquoi le CIGC a entamé une vaste collaboration avec le Groupement Technique Vé-térinaire pour évaluer le confort bovin. Le but à terme ? Tirer tout le monde vers le haut, sans montrer du doigt qui que ce soit. Un questionnaire anonyme est actuellement testé par cinquante cliniques vétérinaires, auprès de cinq exploitations chacune. Les questions portent sur les abords de l’exploitation, le bâtiment, l’alimentation, l’abreuvement, la gestion des maladies et le ressenti de l’éleveur. L’opération devrait être généralisée début 2021 à toutes les fermes à Comté. « Les résultats de cette enquête permettront de proposer des formations ciblées pour soutenir les éleveurs dans cet objectif d’amélioration continue », précise Denise Renard, directrice-adjointe du CIGC.  

Lucie, ostéopathe pour bovins*

*Lucie Forestier est diplômée de l’European School of Animal Osteopathy (ESAO). Son dossier est en cours d’instruction auprès de l’Ordre national des vétérinaires, pour être inscrite au Registre national d’aptitude.

L’ostéopathie existe aussi pour les animaux ! Lucie Forestier intervient dans les exploitations du Doubs et du Jura, pour soulager certaines pathologies et aider l’animal à retrouver son équilibre.

Non, Lucie Forestier n’a pas de fluide dans les mains ou de sorcellerie en elle ! Sa magie, c’est une connaissance poussée de l’anatomie des animaux et une technique acquise au terme de cinq ans d’études, étoffés par six années d’expérience professionnelle. La jeune femme s’est fait une petite réputation chez les producteurs de la région, qui constatent parfois un meilleur rendement laitier et un mieux-être après son passage. « Je me sens prise au sérieux, les agriculteurs me font confiance et nos échanges sont très riches. Avec l’ostéopathie, on ne fait pas de miracles, mais nous pouvons soigner des pathologies diverses : des traumatismes ostéoarticulaires (boiteries inexpliquées, fractures insidieuses), des problèmes viscéraux, des soucis de bassin démis après le vêlage ou des dysfonctionnements de l’arrière-train. L’ostéopathie répond aussi à des problèmes de reproduction et parfois même à des syndromes de vaches couchées, lorsque le vétérinaire n’a rien pu faire. »

Tout commence par des mots : « Je me présente et je m’adapte au type d’exploitation, pour ma sécurité et celle de l’animal ». La spécialiste cherche alors à connaître l’histoire de son « patient » : dernier vêlage,dernières chaleurs, fragilités connues, etc. Puis, elle opère un passage de mains sur le corps de l’animal, d’abord pour prendre contact avec lui et instaurer la confiance, avant de pratiquer l’examen anatomique. « Je sens les différences de mouvement des vertèbres, les écarts de température sur la peau, les disparités dans la qualité des muscles, etc. J’élabore mon diagnostic grâce à ces échanges verbaux et manuels. Ces manipulations permettent à l’individu de retrouver son équilibre de base et de trouver sa bonne direction pour guérir »

La vache qui murmurait à l’oreille de l’éleveur !

Aurélien Guigue, ouvrier au Gaec des Frênes à Rothonay (Jura)
Marie Roy et Mickaël Pelletier au Gaec du Sauget à Vevy (Jura)

Un producteur sait quand une vache a un souci : les signaux qu’elle envoie, et qu’il est seul à connaître,l’alertent. Le secret, c’est le contact dès le plus jeune âge entre humain et animal.

Un éleveur, surtout au cœur d’un petit troupeau comme c’est le cas en AOP Comté, connaît chacune de ses vaches.Il sait leur comportement habituel, les observe quotidiennement et va à leur rencontre deux fois par jour minimum. Pour Marie Roy, productrice à Vevy, le rapport établi avec un veau durant ses six premiers mois préfigure la relation future avec la vache. « Je parle aux veaux, je les touche et je vais à leur rencontre au moins deux à trois fois par jour pour qu’ils s’habituent à ma voix, à mon odeur, à mes pratiques. » Ainsi, les petits grandissent au contact régulier  te l’homme - et de la femme ! - et deviennent des vaches confiantes. Le bovin, animal grégaire, évolue dans un groupe de rattachement dont l’homme ne fait pas naturellement partie. L’éleveur doit donc, dès les premiers instants de vie et tout au long de celle-ci, établir la confiance.

Un bâtiment adapté.

Au Gaec du Sauget, Marie Roy et ses associés ont la chance de disposer d’un bâtiment neuf, qui leur a permis de faire des choix propices au bien-être animal. « Les veaux sont placés du côté le plus passant de la ferme pour favoriser le contact. Les tout petits se trouvent côté couloir. » Par ailleurs, le box de vêlage se situe au milieu des vaches : isolées pour leur confort, elles restent cependant avec les copines, sans murs qui les enfermeraient ... Enfin, les logettes sont spacieuses, lumineuses et 10 % de place supplémentaire permet aux plus « faibles » de se sentir bien. « Dans un troupeau, il y a des dominantes et des dominées », confirme Mickaël du Gaec Brenans, qui a choisi un système en étable entravée. Cet ordre établi, l’éleveur le distingue parfaitement : une vache habituellement en tête et qui soudain se trouve à l’arrière est un signe flagrant de baisse de forme(maladie, douleur, chaleurs) à ne pas négliger. Ainsi, quel que soit le système, lorsque l’éleveur est présent, attentif et patient, l’animal se sent bien.

Vaches à l’attache.

Nombre de fermes de l’AOP sont en étable entravée. Pour le grand public, une vache attachée est une vache triste. « Quand c’est bien fait, vaches à l’attache ne signifie pas maltraitance », assure le vétérinaire Marc-Olivier Clique. « Ce sont souvent des vaches calmes, habituées à l’homme. L’éleveur doit simplement veiller à les sortir et les détacher lorsqu’il fait beau. » Mickaël Brenans, qui a choisi ce système, confirme : « Elles sont sans stress, ont chacune leur auge avec de la nourriture trois fois par jour, chacune leur stalle et tiennent toutes couchées. On leur lave les queues tous les matins et les mamelles, on paille aussi beaucoup. Nous sommes aux petits soins. »Autre point important pour les producteurs, la conduite du troupeau et sa contention. La famille Brenans a, par exemple, investi dans une bétaillère au sol : les vaches n’ont plus l’appréhension de la passerelle à grimper et entrent d’elles-mêmes dans la remorque. Un atout pour l’animal, comme pour l’éleveur.

Formations : les éleveurs férus de nouveautés !

(publié le 26 mai 2020)

Les choix de formations opérés par les producteurs montrent leur intérêt pour des pratiques complémentaires, afin de minimiser le recours aux antibiotiques et aux antiparasitaires.

L’AIF 25-90 et l’ADFPA39 constatent que « les éleveurs plébiscitent souvent les formations liées aux médecines et pratiques complémentaires, comme l’aromathérapie, l’homéopathie,l’ostéopathie animale ou encore le reiki ».
Plusieurs des cursus proposés dans le Jura s’inspirent aussi de la méthode Obsalim, basée sur l’observation des animaux. « En surveillant la texture des bouses,l’état des poils sur la croupe ou l’état des yeux de l’animal par exemple, vous pouvez définir son état de santé et en tirer des conclusions sur ses besoins en alimentation », explique Romuald Vuillemin de l’ADFPA. Des formations telles que la géobiologie (pour penser l’orientation et la structure du bâtiment) sont aussi très prisées, selon Claude Vernotte (AIF).

> Plus d’informations sur www.aif25-90.com et sur www.adfpa39.fr