Valorisation du fourrage : le lycée de Montmorot, une exploitation pas comme les autres (janvier 2013)

(publié le 01 janvier 2013)

Le lycée de Montmorot dans le Jura est le seul établissement agricole de Franche-Comté à produire du lait à Comté et à être sociétaire d'une coopérative. Une particularité qui oriente ses choix techniques vers une meilleure valorisation des fourrages.

"Nous sommes en lait à Comté et nous essayons d’avoir un foin de bonne valeur nutritive sans trop de compléments", précise Éric Leboeuf, responsable de l'exploitation.

Les fourrages (herbe, foin) permettent de produire en moyenne annuelle 20 kg de lait par vache et par jour (chiffres Jura Conseil Élevage de septembre 2011 à août 2012). Cette ration est équilibrée avec un complément fermier produit sur l'exploitation (orge, seigle, maïs grain) et d'un aliment acheté, à base de protéines végétales (mélange de tourteaux de colza, soja et tournesol) et agréé par la filière Comté.

La ferme du lycée travaille régulièrement en partenariat avec les organismes agricoles (Jura Conseil élevage, les groupes de développement, Jura Bétail...) pour améliorer ses résultats, tester de nouvelles pratiques d'élevage ou de cultures et servir de support à des journées d'études. Le lycée est adhérent au groupe de développement du GVA du Val de Seille et, à ce titre, a expérimenté des mesures de croissance d'herbe sur des mélanges d'espèces pouvant intéresser les éleveurs.

"Nous travaillons depuis 6 ans avec des mélanges fourragers type suisse qui permettent une bonne qualité de fourrage en foin et surtout en regain. Ils contiennent une part importante de légumineuses. Nous avons également observé une ingestion plus importante par les animaux, car le fourrage est appétant", indique Éric Leboeuf. Ces mélanges contiennent une dizaine d’espèces (Ray grass, Fléole, Fétuque, Trèfle...)

Le lycée est adhérent de la coopérative de Lavigny

Le 6 décembre dernier, le lycée accueillait la journée "L'agriculture autrement", un colloque initié par Interbio et la chambre régionale d'agriculture de Franche-Comté. Ce jour-là, la luzerne était à l'honneur. Une plante particulièrement riche en protéine que le lycée utilise comme fourrage, en mélange avec le foin et le regain. Les 45 tonnes de luzerne récoltées chaque année ont permis de réduire sensiblement les achats d'aliments. Le responsable d'exploitation estime l'économie à environ 10 000 euros sur 5 ans.

La mission pédagogique de l'exploitation ne l'empêche pas d'afficher un résultat excédentaire et ce depuis 4 années, grâce notamment à un recentrage sur le lait à Comté, avec une augmentation de la production de + 80 000 litres entre 2006 et 2012. Le lait est livré à la coopérative des Côteaux de Seille à Lavigny. Le responsable d'exploitation participe au conseil d'administration de la coopérative et le lycée vend les fromages de Lavigny dans son magasin (achat-vente).

L'exploitation du lycée de Montmorot vient de mettre en place un site internet de vente en ligne de produits locaux, en partenariat avec 3 autres producteurs. Le lancement du site (produitsdujura.com) s'est fait un mois avant les fêtes.

"Lorsque nous proposons notre logistique pour des projets de ventes directes, ou que nous intervenons dans des comices, nous participons d'une certaine manière à l'animation du territoire", estime Éric Leboeuf, qui s'implique aussi dans la filière Comté en participant au Jury Terroir.

Ferme Lycée Montmorot
Eric Leboeuf, responsable d'exploitation.

L’exploitation sèche son foin en grange grâce au soleil

Un double plafond en bois triply est installé sur toute la surface du bâtiment et capte l’air chauffé par le soleil à travers le toit en fibrociment.

En 2006, le conseil régional et l'Ademe financent la rénovation du séchage en grange qui existait depuis 1975 sur l'exploitation du lycée.
Des caissons solaires permettent de récupérer l'air chaud sous les toits et de ventiler le fourrage avec cet air réchauffé naturellement.

Le séchage en grange permet de rentrer du foin d'excellente qualité puisque l'herbe peut être récoltée au stade optimum, même en conditions humides, et séchée à l'abri de la lumière. 250 tonnes de foin et regain sont séchées et stockées en vrac.

L'apport du solaire permet à l’exploitation d’économiser 1 500 à 2 000 litres de fuel par an.

Les chiffres de l’exploitation

• 105 hectares de prairies permanentes et temporaires dont 4 ha de luzerne en monoculture (et 4 ha supplémentaires achetés), 10 ha de céréales, 3,6 hectares de vigne AOC.
• 45 vaches laitières montbéliardes qui produisent 324 000 litres de lait.
• 5 000 litres en autoconsommation (petits déjeuners, plats cuisinés).
• La moyenne laitière est de 8 000 kg/vache/an et le coût de complément alimentaire est de 65 euros pour 1 000 kg de lait (chiffres Jura Conseil Élevage 2011-2012).
• 15 boeufs de 30 mois par an pour la vente directe élevés uniquement à l’herbe avec un complément fermier de céréales.
• 1 700 poulets fermiers.
• 2,5 ETP (équivalent temps plein).
• 1 magasin de vente directe des produits de l’exploitation ouvert depuis octobre 2005.
• Un site Internet de vente en ligne : www.produitsdujura.com

Jean-Yves Charvin, directeur du lycée de Montmorot : "Bientôt une licence Pro Responsable d'atelier en production laitière de terroir"

"Le Lycée, les ENIL, les professionnels de la filière Comté et l'Université de Franche-Comté travaillent à la mise en place d'une licence professionnelle en 1 an après le BTS pour compléter la formation purement technico-économique.
La licence pro s'adresse à des jeunes qui veulent s'installer en tant qu'exploitant agricole et prendre des responsabilités au sein de la filière (administrateurs de coopératives).
Une partie des cours sera conduite en commun avec la licence "responsable d’atelier de transformation fromagère", dans l'idée de favoriser les échanges et renforcer l'esprit de filière. Que ce soit dans la formation des futurs éleveurs et producteurs de lait comme celles des fromagers ou des dirigeants d'ateliers, il me semble que notre rôle est de montrer le poids économique de cette filière Comté qui est un modèle en terme d'anticipation, de prospective, d'intégration des enjeux environnementaux et d'organisation collective."

Jean-Yves Charvin