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>> Archives du Cinquantenaire de l'AOC Comté (2008) / Besançon a fêté les AOC fromagères 


Besançon a fêté les AOC fromagères

Les 4 et 5 septembre, 46 AOC fromagères et laitières françaises – peut-on rêver plus beau plateau de fromages – ont tenu leurs assemblées générales à Besançon. Le Comté y fêtait le cinquantenaire de son AOC et partageait l'affiche avec le Reblochon, fier lui aussi de ses 50 années d'appellation. Tout cela dans le cadre des " Instants Gourmands ", fête bisontine traditionnelle de la gastronomie et des produits du terroir.

La Fédération nationale des AOC (FNAOC) a rassemblé 160 représentants des 15 AOC fromagères issues des différents massifs montagneux français sous la présidence de Bernard Pellicier. Le thème retenu pour cette assemblée, à savoir la performance économique des AOC françaises, collait comme un gant à l'actualité.

Garder la tête froide

Soucieuses des préoccupations économiques des producteurs de lait, les filières AOC fromages gardent leur sang-froid et cherchent à resituer les difficultés de l’heure dans le moyen terme. C’est ainsi que le président du syndicat du Reblochon, Michel Berthet, pouvait témoigner du succès économique de ce fromage AOC, et le représentant des fromages AOC savoyards, Sébastien Breton, rappelait quelques chiffres évocateurs de leur réussite, avec des prix de lait supérieurs à celle de la moyenne française de plus de 20 %, tout en jouant une fonction d’aménagement du territoire grâce à une logique artisanale de production et de transformation. Ainsi, en filière AOC savoyarde, la production de 100 000 litres assure 1,56 emplois directs, alors que la moyenne française se situe à 0,96. La transformation de 100 millions de litres de lait est réalisée par 13 ateliers en AOC savoyardes contre seulement 2,7 en moyenne française.

La signature du décret Comté

Le président Claude Vermot-Desroches, fort de la réussite du Comté ces 15 dernières années, avec une augmentation régulière des ventes et des prix, invitait les producteurs de sa filière « à ne pas renoncer aux ingrédients de ce succès, s’appuyant sur un cahier des charges exigeant, pilier de la confiance du consommateur ».

3 agriculteurs du Doubs ont apporté leur témoignage. Alors que la réponse aux difficultés économiques du moment pourrait être d’augmenter la production laitière, et accroître une charge de travail déjà élevée, ceux-ci, sans écarter l’hypothèse d’une légère croissance très progressive, ont rappelé leurs priorités : valoriser l'herbe, maximiser l'autonomie dans tous les domaines, transmettre une exploitation viable. Cette logique de transmission patrimoniale était d’ailleurs à la racine de nombreux témoignages. Car, partout en France, les AOC continuent de créer un fort courant d'installations de jeunes agriculteurs.

Pour finir, le représentant du ministre de l’Agriculture a annoncé que le nouveau décret et le nouveau règlement d’application du Comté vont enfin bénéficier des signatures ministérielles requises. Voilà qui devrait permettre à la filière Comté de poursuivre sa belle marche en avant, pour au moins 50 nouvelles années...

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Le plan de contrôle coûte cher aux AOC

Les représentants des AOC sont inquiets des coûts importants générés par la réforme des contrôles des AOC, qui s'accompagne de surcroît de procédures « inutilement lourdes ». Ils l'ont redits à maintes reprises à Besançon.
Jean-Charles Arnaud, président du Comité National des Appellations Laitières, Agroalimentaires et Forestières de l’INAO, est convaincu que « les surcoûts du nouveau dispositif de contrôle seront compensés par le renforcement de la crédibilité des AOC ». En conclusion du congrès de la FNAOC, il a pu dire sa foi en la pertinence passée et à venir des filières AOC, qui constituent une réponse optimale aux attentes de la société, en souhaitant en leur faveur le même appui par les pouvoirs publics que celui qu’ils assurent aujourd’hui à l’agriculture biologique.

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Témoignages

Marguet Gilles> Emmanuel Marguet, agriculteur à Gilley (Doubs), allant à rebours des discours convenus dans l’agriculture, indiquait que ses objectifs étaient de « gagner plus en travaillant moins », voulant raisonner d’abord « en termes de système d’exploitation plutôt qu’en termes d’objectifs de production laitière, et transmettre plus tard une exploitation viable ».

Oeuvrard Gérard> Gérard Oeuvrard, de la coopérative de Beaufort, a dit sa satisfaction de voir les jeunes « être à nouveau nombreux à vouloir monter en alpage », tout en s’inquiétant de la sortie des quotas laitiers, qui risque de déstabiliser le marché du Beaufort. D’où son vif souhait que « la réglementation communautaire évolue pour compenser la suppression des quotas laitiers, en permettant aux AOC de maîtriser leur offre ».

> Julien Lassalle et Francis Poineau, représentant d’un autre massif montagneux, les Pyrénées, ont confirmé « la force mobilisatrice de l’AOC Ossau Iraty, créant un fort courant d’installation des jeunes agriculteurs, malgré la modestie de la taille des exploitations et la difficulté du métier d’agriculteur en zone de montagne ».

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AOC et développement durable : à la croisée des attentes sociétales

Hervieu BertrandLe CNAOL organisait un colloque sur le thème "AOC et développement durable" avec l'apport de nombreux chercheurs. Une vision qui venait compléter et argumenter les témoignages d'agriculteurs et de représentants de coopératives sur l'autonomie (alimentation du bétail, énergie-bois...).

Bernadette Risoud enseignante à l'ENESAD* a parlé de l'empreinte écologique de l'élevage laitier fortement liée à la maîtrise de l'itinéraire technique et plus particulièrement à la fertilisation azotée, tandis que Philippe Marchenay et Laurence Bérard, chercheurs au CNRS démontraient le lien étroit entre biodiversité et AOC ou encore apportaient un point de vue sociologique et historique sur la place des AOC : « La tradition est une relecture sélective du passé et l'exigence d'un cahier des charges est un gage de solidité des AOC, sans pour autant figer les choses », indiquait Laurence Bérard. Le débat dans la salle a justement porté sur ce lien entre tradition et modernité, entre exigences sociales, manque de main-d’oeuvre et intérêt ou non d'ouvrir les conditions de production des AOC aux évolutions technologiques. Le robot de traite est cité en exemple. Un débat qui n'est pas clos au sein même des différentes AOC françaises. « Les AOC ne doivent pas être un frein à la modernisation et à l'amélioration des conditions de vie des hommes et des femmes qui y travaillent, déclare Claude vermot-Desroches. Face aux évolutions, il faut se demander simplement si elles sont économiquement durables et si elles respectent l'identité et l'authenticité du produit. »

Bertrand Hervieu, ancien président de l'Inra et président du CIHEAM**, a retracé plus d'un demi-siècle d'histoire de l'agriculture en quelques minutes d'interventions, donnant une hauteur de vue à ce colloque qui mettait en avant le lien entre AOC et développement durable. « Dans nos sociétés, le lien patrimonial avec la terre est en train de disparaître », résume Bertrand Hervieu. L'espace agricole est devenu "un outil de production", il s'est "financiarisé" et il s'apparente même pour beaucoup de nos concitoyens à "un bien public". De manière paradoxale, la société est en même temps à la recherche de l'authenticité des valeurs du terroir. « Les AOC constituent une réponse pertinente à ce paradoxe. Grâce à leur richesse culturelle identitaire, elles parviennent à conjuguer une vision patrimoniale de la terre et le bien public à travers les paysages, l'environnement, la biodiversité... Elles sont un point de jonction. »

Nikemia Assetou> L'or vert des femmes : Assetou Nikiema est présidente d'une coopérative de production de beurre de karité au Burkina Faso. Elle milite pour obtenir une indication géographique (IG) pour le beurre de karité. Le karité est ramassé par plus de 2,5 millions de femmes dans 43 provinces du Burkina. Cet "or vert des femmes" a une importance sociale, environnementale et économique pour le pays. « Participer à ces réunions me donne de l'inspiration et du courage pour aller vers une AOC » assure Assetou Nikiema, s'adressant aux représentants du CNAOL.

* ENESAD : établissement national d'enseignement supérieur agronomique de Dijon
** CIHEAM : centre international des hautes études agronomiques méditerranéenne

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La Franche-Comté doit beaucoup au Comté

Dufay Marie-GuiteLes AOC et le développement durable étaient le thème du colloque organisé par le Conseil national des appellations d’origine laitières, le 5 septembre à Besançon. À cette occasion, Marie-Guite Dufay, présidente du conseil régional de Franche-Comté a exprimé sa fierté d'appartenir à une région aux multiples AOC, avec une pensée particulière pour le Comté.

« Parler d'AOC et de développement durable, c'est une sorte de pléonasme », déclare d'entrée la présidente de région, qui salue le dynamisme de la filière AOC Comté. « Cette filière, avec les autres AOC fromagères, permet d'apporter une valorisation sans précédent de la matière première – 50 % du lait de notre région est transformé en fromage –, et de maîtriser les marchés en volume et en prix, même si de petits ajustements sont à trouver. Vous offrez également un rempart contre la délocalisation et la mondialisation qui menacent (...)

Faire le choix de l'AOC, c'est faire le choix d'un développement responsable pour l'environnement, – avec encore beaucoup de pistes à explorer comme la recherche d'économie d'énergie, le recours aux énergies renouvelables –, c'est aussi faire le choix de la qualité et de la solidarité. (...) votre travail, votre intelligence collective, votre passion apportent énormément à notre territoire et au "bien vivre ensemble". En cela, vous êtes des ambassadeurs hors pairs de notre région », termine Marie-Guite Dufay.

Comité Interprofessionnel du Gruyère de Comté - 39800 POLIGNY - 03 84 37 23 51 - cigc@comte.com