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Les éditoriaux de Claude Vermot-Desroches parus dans les Nouvelles du Comté | |
Printemps 2012 : Capital prairies | L’arrivée du printemps et le plaisir des beaux jours s’accompagnent pour nous, agriculteurs d’une satisfaction naturelle, celle du réveil de nos prairies. En peu de temps, la pousse de l’herbe s’accélère, la floraison explose, et vient le temps de la fenaison, qui mobilise toute notre inquiétude car nous savons le caractère primordial, pour la qualité du Comté et l’équilibre des comptes de nos exploitations, d’un stock de fourrage satisfaisant en qualité et en quantité. Ce n’est pas par hasard que ce que nos prairies fournissent aux vaches laitières soit nommé la “ration de base”. Nous sommes non seulement éleveurs de Montbéliarde ou de Simmental, notre métier, c’est aussi d’être éleveurs d’herbe. Dans cette herbe réside tout un potentiel nutritionnel en énergie et en protéines. L’étude de la comptabilité de nos exploitations démontre facilement que leur rentabilité est prioritairement liée à une bonne valorisation de l’herbe. C'est donc notre premier devoir.
Mais la gestion de cette prairie doit elle-même se garder des excès de l’intensification. Car de la même façon que le cep de vigne lie les vins AOC à leur cru, la prairie est notre lien au terroir. Et comme dans le secteur viticole, il doit être préservé et renforcé : ni prairies à l’abandon, ni prairies trop intensifiées ; l’authenticité de notre lien au terroir réside dans l’équilibre, qui permet l’expression de la diversité, et est à la source de la richesse organoleptique du produit. Le foisonnement des couleurs de la flore printanière en constitue une expression symbolique.
Le respect de l’authenticité du lien que le Comté entretient avec son terroir est un des ingrédients de son succès. Nous devons, par nos pratiques, en tenir compte et nous attacher à produire mieux, avant de produire plus, tout en contribuant au respect de l’environnement. Alors que la sortie des quotas constitue une tentation bien compréhensible d’augmentation de la production laitière, nos techniciens d’élevage viennent opportunément nous rappeler que 70% des exploitations présentent un système fourrager non sécurisé, à la merci donc du moindre accident climatique. Dans ce contexte, il sera beaucoup plus rentable de modérer sa production laitière et d’améliorer la sécurité du système fourrager. D'ailleurs, de nombreux producteurs peuvent déjà témoigner qu’une prairie permanente bien gérée, grâce à sa multitude d’espèces botaniques différentes, a une capacité de résistance et d’adaptation aux errements climatiques bien supérieure aux prairies dont l’intensification a réduit le spectre floristique.
Le Comté est une AOP qui réussit, l’augmentation des ventes de 2,3 % en 2011 le confirme, avec des prix qui progressent également régulièrement. Nous y voyons une confirmation de la pertinence des choix de rigueur que nous faisons dans notre cahier des charges. Avec la préférence donnée au qualitatif par rapport au quantitatif, avec le réseau de fruitières et de maisons d’affinage qui maillent notre terroir, avec la passion qui nous mène tous dans l’exercice de notre métier, la prairie permanente fait partie du capital qui ensemence la réussite du Comté. Il est important que nous ayons à coeur d’en préserver l’intégrité.
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Hiver 2012 : Comté de Savoie ? | L’origine des produits devient un argument de vente, “Origine France”, “Label Bretagne” sont des annonces d’actualité censées rassurer le consommateur. Les AOP et IGP sont spontanément réticentes vis-à-vis de ce type d’annonces : l’origine sans l’exigence d’un cahier des charges leur constitue une concurrence peu loyale.
Abonné à l’Argus presse*, le CIGC reçoit souvent par erreur des coupures de presse citant le “Comté de Savoie” ou le “Comté de Nice”. Assurément, une telle origine serait un plus pour ses ventes, mais ce serait évidemment au détriment de l’authenticité. Car le Comté ne pouvait naître que sur ces plateaux calcaires jurassiens, aux hivers rudes et enneigés, et aux prairies multicolores de nos étés continentaux. Avec ses valeurs fondatrices, la solidarité et l’adaptabilité de l’organisation collective, avec ses valeurs contemporaines, toujours la solidarité, le respect de l’environnement, l’organisation artisanale et le maillage du territoire qu’elle permet, le renoncement aux logiques intensives, le Comté est l’emblème de sa région.
Du reste les abonnements Argus média* permettent de mesurer, avec plus de 2000 articles ou émissions qui chaque année parlent de notre fromage, l’ampleur de la notoriété spontanée du Comté. En résulte une augmentation continue de ses ventes depuis 20 ans, également due à l’excellence et à la diversité de son goût, mais aussi au dynamisme des acteurs de la filière et au soutien de tous les Francs-Comtois et des habitants de l’Ain, aussi fiers de leur région que de leurs fromages. Ces hommes et ces femmes sont le soleil de notre terroir.
En retour, le Comté est leur ambassadeur quand il reçoit des groupes de journalistes de tous les pays et leur fait découvrir et apprécier les autres produits régionaux. Ambassadeur quand, dans des émissions de grande écoute comme “Envoyé spécial”, il fait partager l’amour de son terroir d’origine. Ambassadeur encore quand avec “les Routes du Comté”, il accueille plus de 200 000 touristes dans ses sites de production, caves d’affinage, fromageries, et élevages aux couleurs de la Montbéliarde. Ambassadeur quand il sillonne les foires nationales et internationales pour faire découvrir les saveurs et du produit, et du terroir qui le nourrit. S’il sait que sa notoriété dépasse largement celle de la région dont il porte le nom, le Comté la considère comme un écrin et n’a de cesse de lui associer sa beauté, son histoire, sa culture du collectif.
Chacun son lot : le Comté n’est ni niçois ni savoyard, et ne bénéficie donc pas de la notoriété afférente. Mais il n’aurait pas cette saveur venue des siècles, issue du labeur accumulé des générations s’étant modelées aux dures conditions de ces plateaux calcaires. « Comté, Comté, Comté », le temps a façonné ce produit dont nous sommes collectivement si fiers.
*Alerte à chaque citation du Comté dans la presse et dans les médias.
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Automne 2011 : Faut-il plafonner la taille des exploitations ? | La question du plafonnement de la taille des exploitations s’est posée il y a quelques années pendant la phase d’instruction du nouveau décret. Des hypothèses avaient été avancées et soumises au débat avec les syndicats des agriculteurs, en termes de maxima de surface et de nombre d’associés. Le caractère familial de l’exploitation produisant du lait à Comté justifiait avec son procédé artisanal d’élaboration cette approche d’encadrement, chacun voyant le Comté perdre son âme si le lait devait être produit dans des exploitations qui ont perdu leur essence familiale. Au bout de deux ans de réflexion, cette tentative réglementaire fut abandonnée, moins pour les difficultés juridiques qu’elle supposait, que pour des raisons plus fondamentales : comment avec une vocation extensive justifier d’une limitation de la surface, ou comment dans une région viscéralement communautaire limiter le nombre d’associés d’un GAEC. Les tendances prises dans l’agriculture aujourd’hui montrent que pourtant la question reste d’actualité. Le Comté c’est d’abord une communauté solidaire d’agriculteurs, de fromagers, de responsables de fromagerie et d’affineurs. Dans le domaine agricole, l’expression «il vaut mieux avoir des voisins que des hectares» reste à la base des logiques d’aménagement du territoire et de solidarité qui structurent notre filière. Cependant, l’agrandissement des troupeaux que nous constatons aujourd’hui nous crée quelques inquiétudes. Bien sûr les projets bien pensés, bien structurés ne sont pas concernés par cette réflexion, mais nous sommes bien interpellés par des projets qui ne reprennent pas toutes les valeurs de l’AOP Comté. Nous avons déjà constaté que l'effectif d’un troupeau, par rapport aux capacités d’hébergement, par rapport à l’installation de traite et par rapport à la capacité de pâturage, pouvait avoir des répercussions négatives sur la qualité du lait. Et nous insisterons plus volontiers sur les questions identitaires : plus un troupeau est important, plus il est difficile à déplacer. Il s’en suit une tentative de sédentarisation, avec dans certains cas le développement de l’affouragement en vert, les animaux ne vont plus en pâture, c’est l'herbe qui leur est amenée chaque jour. Une clause du décret Comté limite cette pratique de l’affouragement en vert à un repas par jour, mais elle avait été prévue pour dépanner les producteurs sur des périodes limitées. Certains l’utilisent aujourd’hui de manière systématique et d’autres n’hésitent pas à passer outre la limite. Pour ces derniers il est certain que les procédures de contrôle les amèneront soit à rentrer dans le rang soit à quitter la filière. Mais au-delà nous n’hésiterons pas s’il le faut à revenir à des conditions d’utilisation de l’affouragement en vert qui soient plus limitatives. Pourquoi cette obstination ? Certains producteurs pourraient croire comme c’était le cas général pendant les années 70-80 que «tous les laits sont blancs», signifiant par là que peu importe les conditions de production. Or vendre une AOC, c’est vendre un tout à identité certes gastronomique, mais aussi culturelle, et pour le Comté ses fruitières, ses vaches Montbéliardes ou Simmental paissant dans les prés du Massif du Jura constituent aussi une part importante de son argument de vente. D’autre part sur le plan technique, quand l’on sait l’importance de la microflore naturelle du lait dans l’identité finale du Comté, il n’est pas du tout sûr que l’abandon du pâturage n’ait pas des répercussions sur le produit lui-même. Enfin l’agrandissement des troupeaux pose également des questions environnementales quant aux capacités des surfaces à valoriser les effluents qui en sont issus sans créer de problèmes de pollution. À court terme, quand un projet d’agrandissement est inéluctable il est bien sûr prioritaire qu’il soit accompagné d’une politique de conseil qui prévienne les risques afférents et l’esprit de la filière doit y être intégré. Mais il faudra aussi réfléchir à des clauses réglementaires plus précises, par exemple en encadrant mieux la pratique de l’affouragement en vert. Et enfin si cela ne suffit pas, il faudra peut-être revenir à un débat plus global sur la limitation de la taille des troupeaux. Si tel était le cas nous affronterions bien sûr de nombreuses oppositions, toutes partiellement fondées. Mais tout en les prenant en compte nous ne perdrons pas le cap : toute évolution réglementaire ou technique, apparemment sans incidence directe sur le produit, doit aussi se penser en fonction de la crédibilité et de l’image du Comté. Le niveau de valorisation que nous en espérons vaut bien un tel préalable. Et en ce domaine rien n’est plus fragile. Il faut le marteler, le prix du Comté est sa caractéristique la plus vulnérable qui soit. Aucun acteur de la filière n'a le droit de l'oublier. | Haut de page p |
Eté 2011 : Produire plus pour gagner moins ? | La sortie des quotas est programmée pour 2015, mais, avec les actuelles attributions de quotas supplémentaires, les conséquences se font déjà sentir aujourd’hui dans nos filières AOP, et nous nous trouvons plus tôt que prévu dans l’obligation d’affronter les conséquences de cette libéralisation. Pourtant, le très net renforcement du cahier des charges, inscrit dans le décret du Comté du 11mai 2007, avec notamment un encadrement quantitatif et qualitatif des intrants (fertilisants et aliments), et une limitation de la productivité laitière, a constitué une première anticipation nous permettant d’ancrer le Comté dans ses valeurs et d’éviter tout dérapage productiviste. Le plan de campagne du Comté, qui nous permet d’encadrer la croissance, constitue un deuxième garde-fou. Par expérience l’on sait qu’il peut juguler les crises, mais l’on sait aussi qu’il ne peut pas empêcher la régression des prix, si l’offre est en décalage trop marqué avec la demande. Il faut clairement affirmer que, sans autodiscipline de la part des producteurs, ces deux dispositifs n’empêcheront pas à eux seuls, une baisse de la valeur ajoutée dégagée par notre filière. Chaque producteur doit limiter sa production et accepter de coller aux réalités technico-économiques. Ainsi, en ce qui concerne la sécheresse, ceux qui perdront le plus d’argent sont ceux qui refuseront d’éliminer les quelques vaches en trop dans leur troupeau et qui voudront acheter « à n’importe quel prix » les aliments nécessaires pour traire tout leur quota laitier. Pour la sortie des quotas laitiers, perdront du revenu ceux qui veulent traire trop de lait. Il est plus rentable de privilégier le qualitatif sur le quantitatif. L’augmentation de production laitière se fera en effet au détriment des pratiques qualitatives de l’éleveur, soit par un excès d’effectif de vaches, source prouvée de diminution des performances du troupeau, soit par une augmentation des quantités d’aliments complémentaires achetés. Double peine: la fromagerie qui collectera plus de lait qu’elle ne peut valoriser en AOP, le vendra inévitablement à un prix plus faible qui diminuera soit directement soit indirectement le prix payé au producteur de lait. Mais pour les quotas la facture de ce dysfonctionnement sera encore plus lourde, car est en jeu toute la crédibilité de notre AOP. Le Comté a atteint son niveau de prix actuel parce qu’il bénéficie de la confiance du consommateur, et répond aux attentes de la société. Vouloir plus de quantité sans coller au marché et sans tenir compte des attentes du consommateur se fera au détriment du prix payé au producteur, et dans des proportions tellement importantes que l’on ne pourra que regretter un immense gâchis. Je puis témoigner qu’au CIGC, en phase avec les attentes sociétales et les contraintes du marché, nous oeuvrerons pour que se poursuive l’organisation originale de notre filière, qui a toujours jusqu’à présent résisté aux mirages du « toujours plus », et considéré que la vraie modernité se situait moins dans la cylindrée des tracteurs ou le nombre de postes de la salle de traite que dans l’écoute respectueuse de son environnement, du terroir aux attentes du marché. | Haut de page p |
Printemps 2011 : La fin des quotas laitiers | Les 5 réunions décentralisées du CIGC qui se sont tenues au cours des dernières semaines ont fait émerger un souci majeur partagé par tous, celui créé par la suppression programmée des quotas laitiers. Chacun pressent le poids des bouleversements qu’elle contient, même s’il est difficile d’en mesurer l’impact et toutes les conséquences dès aujourd’hui. Au cours des réunions de terrain, nous avons clairement ressenti la prise de conscience collective de la nécessité que la filière Comté se garde de toute explosion de production qui détruirait l'image positive du produit que nous avons mis des décennies à bâtir et provoquerait un effondrement durable des cours. Bien entendu les mesures de plafonnement de la productivité contenues dans le cahier des charges du Comté ainsi que le plan de campagne constituent une première réponse. Mais il y a unanimité dans la filière AOP régionale pour considérer que cela ne suffit pas. Suite à ces 5 réunions décentralisées, je fais le pari que nous saurons aller plus loin et gérer collectivement la problématique de la sortie des quotas : savoir garder le bien précieux que constitue la confiance du consommateur et que nous avons progressivement acquise grâce à nos pratiques respectueuses du terroir, de l’environnement et de la biodiversité. J’ai noté que l’ensemble des structures syndicales des producteurs de lait, des transformateurs et des affineurs partagent exactement la même analyse : oui pour une gestion régionale organisée d’excédents de lait marginaux, et non à la duperie du consommateur que constituerait un double système de production. Chacun a conscience en effet que l’on ne peut avoir le beurre et la crème, et que les performances de notre filière en termes de progression des ventes et de prix du lait à Comté s’expliquent par la confiance construite depuis des décennies au bénéfice du produit. Nous allons donc ensemble poursuivre sur cette voie, préférant autolimiter notre production pour éviter une crise durable qui empêcherait l’agriculture du Massif Jurassien de vivre correctement et dignement. | Haut de page p |
Hiver 2011 : La filière Comté et M. Jourdain | La protection de l’environnement est une cause mondiale et il est bien normal que nos filières d’élevage traditionnelles soient sollicitées. Il faut admettre qu’elles ne le sont pas dans des termes adaptés à la réalité : le logo “HVE” (Haute Valeur Environnementale), le logo HVN (la Haute Valeur Naturelle), l’étiquetage environnemental... Toutes ces initiatives sont de la technocratie au service des puissants. Il n’y a qu’à lire le rapport de la FAO qui, rapportant la production des équivalents CO2 aux quantités produites, conclut que la famélique vache indienne qui produit à peine plus de 1 000 litres de lait par an est 3 à 4 fois plus polluante que la vache américaine à 10 000 litres par an nourrie intensivement en hors-sol à partir de céréales et de soja. Et les bilans carbone actuels, établis dans nos exploitations, ne font pas le distinguo entre le soja produit aux USA et celui produit en Bourgogne ! Nous rions jaune, car nous avons l’intime conviction que depuis des décennies notre cahier des charges et nos pratiques nous font faire de la protection environnementale sans le savoir. Il suffit de contempler nos paysages et de nous ressourcer dans nos prairies pour comprendre notre contribution à l’environnement. Pour autant nous ne pouvons ignorer ce débat et quoi qu’il en soit des injustices faites à nos filières traditionnelles, nous devons non seulement nous défendre, mais aussi participer à l’élan général de préservation de l’environnement. Le fait de savoir que les dés sont en partie pipés ne nous exonère pas de notre responsabilité. Ainsi même si la Franche Comté est la région où l’épandage d’azote minéral est en moyenne le plus faible (30 Unités d’azote par ha/an), nos marges d’amélioration sont encore grandes. Nous pouvons privilégier l’azote organique fixé durablement dans le complexe argilo humique dont le risque de déperdition dans la nappe est réduit. Par ailleurs, même si le cahier des charges de nos AOC régionales plafonne la quantité d’aliments complémentaires à 1 800 kg/vache et par an, nous avons encore de bonnes marges de réduction de ces aliments grâce à une bonne gestion de nos systèmes herbagers. Nous devons réaliser des bilans carbone et cibler les points de réduction possible de l’émission des gaz à effet de serre, etc. Certes nos marges de progrès sont peut-être plus faibles que dans le cas des systèmes intensifs, certes nous voyons avec inquiétude les pollueurs d’hier faire de la réduction de leur pollution des arguments marketing, mais il est quand même de notre devoir impérieux de réduire les intrants. Car la logique du Comté c’est celle du long terme, et la préservation de l’environnement est naturellement au coeur de notre logique de transmission patrimoniale. La filière Comté s’est engagée dans une série d’actions visant à la réduction et des intrants et des déchets. C’est la manière la plus pérenne de considérer notre métier et de répondre aux attaques ponctuelles dont nous sommes l’objet. Nous les trouvons sur le moment injustes car nous avons envie de dire à ceux qui s’en prennent au Comté que s’ils parviennent à nous décrédibiliser ils feront le lit des produits concurrents bien moins respectueux de l’environnement. Nous devons être déterminés au progrès environnemental, considérant que notre patrimoine, c'est non seulement le Comté mais aussi la nature qui le produit. Et cela nous autorise à espérer des écologistes la même solidarité : Comté et qualité environnementale du massif du Jura sont les éléments d'un même patrimoine collectif et peuvent constituer solidairement notre cause commune. | Haut de page p |
Automne 2010 : Quel beau métier que celui d'agriculteur ! | Au cours des derniers mois, des réactions de violence, des manifestations, des blocages de produits laitiers, dans les rayons des GMS, ont exprimé le désarroi de nombreux producteurs de lait français qui voient avec panique se profiler les contours d’une agriculture industrielle, c'est-à-dire sans eux et leur famille. Nous ne savons si le sort qu’ils craignent ainsi deviendra réalité. Évidemment, nous espérons très vivement le contraire ! La logique de la filière Comté, à l’opposé, basée sur une agriculture familiale et des chefs d’exploitation responsables nous permet de garder un avenir ouvert et de pouvoir affirmer : « Quel beau métier que celui d’agriculteur ! » Notre chance, producteurs de lait à Comté, au terme d'une carrière bien remplie, est de pouvoir transmettre notre exploitation, si possible à nos enfants, mais la transmission est déjà en soi une belle réussite. D’ailleurs, nous y travaillons une bonne partie de notre parcours, conscients de la valeur de ce dont nous avons hérité et n’ayant de cesse que de le transmettre, après l’avoir adapté aux contraintes de la décennie. Ce métier d’opérateur dans la filière Comté présente plusieurs caractéristiques. Celle qui me vient le plus immédiatement à l’esprit est celle de la dignité, la capacité à agir librement, dans le respect de chacun. Être producteur de lait signifie chez nous exercer des choix : celui de notre parcours technique, les uns privilégient le soin de leur troupeau et sont des éleveurs dans l’âme, d’autres sont d’excellents gestionnaires de prairies et de leurs valeurs floristique et fourragère, d’autres sont des managers et optimisent le revenu de l’exploitation, d’autres s’expriment dans la gestion de leur fromagerie ou dans l’accueil touristique ; et il faut dire, que pour la plupart, nous exerçons, à des degrés divers, chacune de ces passions. Cette dignité se retrouve également en aval de la filière, dans les exercices du métier de fromager et de celui d’affineur. La solidarité est le deuxième élément de notre quotidien. La vie de notre filière fourmille de rencontres et de lieux de débats, – les comices, les assemblées de fromagerie et d’unions d’affinage, les rituels classements des fromages, la commission des contrats, les gérances de fromagerie, les commissions interprofessionnelles, etc. – qui sont parfois des lieux de confrontation, mais qui sont autant d’occasions d’alimenter le tissu relationnel, la trame de vie, qui nous rappelle les fondamentaux de notre patrimoine : il y a des siècles les fructeries naissaient de la nécessité de réunir le lait de plusieurs producteurs pour faire un seul fromage, et aujourd’hui notre filière résiste à la logique destructrice ambiante du chacun pour soi et du toujours plus, parce qu’aucun de nous n’est jamais seul. Notre vie sociale est riche d’échanges et parfois d’affrontements, mais la rencontre est la clef de notre quotidien. Si aujourd’hui la réussite économique facilite l’adhésion à la filière Comté, il fut des temps pas très éloignés où le doute planait sur la pertinence de nos choix. Mais même alors, cette filière ne s’est pas départie de ses valeurs cardinales, dignité et solidarité, les jeunes agriculteurs ont continué à s’installer en nombre, la relève de nos fromagers a toujours été assurée, et tous nos affineurs ont installé leur successeur. Quels beaux métiers nous exerçons, et c’est avec énergie que nous nous battrons pour assurer leur pérennité. | Haut de page p |
Eté 2010 : Aux nouveaux arrivants | La réussite de la filière Comté et les difficultés de la filière lait standard ont pour effet de susciter un flux significatif de reconversions vers la filière Comté (en 1 an, 40 exploitations agricoles de la région ont souhaité la rejoindre). Ce mouvement inquiète les producteurs actuels de la filière. En tant que président de l’Interprofession, je me fais le porte-parole et de leur inquiétude et de leur attitude d’ouverture à ces nouveaux arrivants. Depuis que le Comté existe, c'est l'implication des hommes et des femmes dans son élaboration et son évolution qui ont fait de ce fromage un des fleurons du patrimoine français. Nous savons que nous devons cette réussite d’abord aux générations qui nous ont précédées : les investissements dans l’amélioration technique et dans la recherche ont fortement élevé le niveau de qualité, les partenaires de la filière, producteurs et affineurs, ont su mettre au point une organisation et des outils, la MPN, les contrats, le plan de campagne qui sont des facteurs de dynamisme des ventes, de création de valeur ajoutée et de sa répartition équitable. Si aujourd'hui beaucoup de regards se tournent vers le Comté, c'est donc grâce à tout ce travail, cette énergie, cette passion, voire cet amour, consacrés à la construction d’une filière solidaire et efficace où les producteurs de lait se considèrent avant tout comme des producteurs de Comté, AOC dont ils partagent depuis des décennies les succès comme les difficultés. La filière Comté, depuis le début des années 1990, n’a de cesse que d’accueillir de nouveaux opérateurs. Il convient de rappeler que sur le fond, elle n’a pas le choix, le Comté est comme la tour Eiffel, un élément du patrimoine public qui a donc l’obligation d’être ouvert à tous. La loi interdit au CIGC de refuser des plaques vertes. Mais quoique dise la loi, je tiens à rappeler l’attitude de respect et d’ouverture que nous souhaitons tenir. Car nous considérons scandaleux le sort que la société européenne fait à une partie de ses agriculteurs, avec une inéluctable disparition de dizaines de milliers de producteurs de lait. Nous sommes solidaires des producteurs de la filière lait standard et sommes prêts à les accueillir (dans la mesure de leur respect des contraintes réglementaires), en étalant malgré tout leur afflux pour éviter un écroulement des cours dont ils seraient les premières victimes. Il faut oser dire que cet accueil représente un sacrifice : le succès économique du Comté est, depuis 1991, majoritairement confisqué par la croissance des volumes au détriment de celle des prix (entre 1991 et 2008, l’augmentation moyenne annuelle a été de 1,4 % pour les prix et de 2,7 % pour les volumes produits). Nous souhaitons que les nouveaux arrivants aient conscience de cette réalité. Non pour en être mal à l’aise, mais au contraire pour participer activement à la construction de la filière et à ses valeurs : respect du consommateur avec un cahier des charges exigeant garantissant l’ancrage du produit à son terroir, solidarité entre nous, solidarité avec les générations suivantes en poursuivant nos efforts d’amélioration de la qualité et de conquête de nouveaux débouchés. Et aussi solidarité quand la filière Comté aura elle-même, comme ce fut le cas par le passé, des moments de doute, des surstocks et des baisses relatives des prix. Car j’ose dire que les nouveaux arrivants font fausse route si leur motivation d’obtenir un prix de lait décent n’est pas accompagnée de la certitude qu’ils entrent dans une stratégie du moyen et du long terme. Dans la filière Comté, c’est toujours la préparation de l’avenir que nous privilégions, ce qui nous fait accepter parfois des passages difficiles. Le développement du Comté doit absolument s'opérer sur de solides fondations et je veux envoyer un signal très fort à ceux qui sont sur le point de changer de système d'exploitation : la recherche de la qualité devra l’emporter sur la quantité, la solidarité sur l’individualisme, le moyen terme sur le gain immédiat. Cela suppose parfois des sacrifices, c’est à ce prix que la filière Comté est aujourd’hui ce qu’elle est et peut les accueillir, et à ce prix que devenus producteurs de Comté, ils pourront eux-mêmes demain participer à l’accueil de futurs candidats. | Haut de page p |
Printemps 2010 : La moitié féminine de la filière, par Véronique Rivoire-Spahis | Il y a des années que dans une filière aussi avancée que celle du Comté, universellement citée en exemple pour sa discipline, l’intelligence de sa construction, l’indépendance de ses membres et de ses maillons, les femmes ont pris leurs places et leurs responsabilités. Elles ont pallié le départ de leurs fils et époux sur les fronts de nombreuses guerres, sacrifié à la cruelle loi du veuvage et de la nécessité de nourrir leur famille ou simplement réalisé dans ce monde dur mais enthousiasmant, un engagement passionné, raisonné, et choisi. Il y a de nombreuses années que les productrices dévouées, travailleuses et discrètes aidaient ou suppléaient à la ferme leurs maris engagés dans des organismes collectifs pour le service de tous. Il y a des années aussi, que dans les fruitières, les épouses des fromagers secondaient leurs maris dans la fabrication du Comté, la vente au détail et l’accueil des producteurs et des clients. Les entreprises d’affinage ont elles aussi souvent été dirigées, au fil de leur longue histoire, par une épouse, une mère, une fille, sans lesquelles un mari, un père, un fils n’auraient pu assurer la continuité de l’exploitation. Il en existe encore de très respectées, mais si discrètes qu’elles n’ont pas souvent les honneurs des pages glacées des journaux. Il me semblait qu’avec l’arrivée dans la vie active d’une génération élevée, éduquée, diplômée dans la mixité la plus totale, il ne serait plus nécessaire de distinguer les êtres humains selon leur genre, mais enfin et uniquement selon leurs qualités humaines, leurs compétences professionnelles et la profondeur de leur engagement. L’actualité nous montre encore chaque jour que tel n’est pas le cas. Pour mettre toutes les femmes de la filière en valeur, un numéro spécial des Nouvelles du Comté me paraissait une action bien modeste, inversement proportionnelle sans doute au travail monumental de celles qui, très nombreuses, font le quotidien de cette filière, mais toujours pas celui des médias... Je suis donc tout spécialement heureuse que quelques-unes parmi celles-ci, soient aujourd’hui mises à l’honneur dans ce thème spécial. Je suis certaine que désormais plus visible, la moitié féminine de la filière, déjà très respectée, saura mieux se faire connaître et porter toujours plus haut les couleurs du Comté.
Véronique Rivoire-Spahis Vice-présidente du CIGC --> A lire également le dossier spécial "Le Comté au féminin pluriel" ! | Haut de page p |
Hiver 2010 : Évoluer sans perdre son âme | Depuis plusieurs mois, le président de l’interprofession du Comté que je suis est invité par les médias à émettre un avis sur le sort d’Entremont. Nous sommes tous très concernés par l’avenir de la branche Comté d’Entremont qui traite le tiers du tonnage de notre filière et mon refus de répondre aurait pu être mal interprété. Mais chacun conviendra que c’est un exercice très délicat, car l’interprofession du Comté est au service de l’AOC et à l’écoute de tous les opérateurs de sa filière. Pourquoi donc y revenir dans cet éditorial ? C’est parce que je veux rappeler qu’on peut être « grand groupe » et agir en conformité aux intérêts d’une filière traditionnelle, par sa politique qualité et par sa politique d’investissement. Nous devons donc éviter le piège de la diabolisation et avoir confiance en nos valeurs. J’en profite pour souligner une caractéristique de notre filière rarement évoquée : celle de l’évolution du capital de ses entreprises. En effet, en Comté nous sommes aux antipodes de l’évolution de nombreux autres secteurs où la rémunération du capital se fait au détriment de l’investissement industriel. C’est un atout précieux et nous devons nous réjouir à chaque inauguration de caves d’affinage ou de fromageries rénovées. Et je dis ici ce que mes interviewers ont rarement repris : ce comportement d’investisseur est général à la filière Comté, touchant tout autant les coopératives fromagères, les artisans fromagers, les affineurs traditionnels et les grands groupes tels Entremont et Lactalis. Savourons notre chance, le Comté est perçu par tous comme un capital précieux dont il est l’intérêt partagé de faire fructifier les rameaux plutôt que de les vider de leur substance. Chacun a bien sûr intérêt au succès du Comté, mais, pour ce faire, respecte le produit en cherchant à devenir meilleur. Et d’ailleurs, il convient de souligner que ce qui se passe au niveau du capital financier vient aussi de se passer au niveau de l’investissement immatériel mais primordial qu’a été l’élaboration d’un nouveau cahier des charges. Il y a eu bien sûr des négociations, parfois musclées autour de telle ou telle clause, il faut s’en réjouir car la négociation est l’élément constitutif du respect de l’autre, mais finalement il y a accord total pour que notre nouveau décret hausse encore le niveau d’exigence et d’authenticité du Comté. Nombreux sont parmi nous ceux qui se souviennent de l’inquiétude qui nous a habités lors de l’arrivée des groupes extra-régionaux au début des années 1990. Nous craignions de perdre notre âme. 15 ans après, nous savons que nous ne l’avons pas perdue. Je vois, parmi les causes de cette évolution, le fait que, d’une part, nous avons privilégié la discipline à s’appliquer à soi-même plutôt que de vouloir réduire l’autre, et d’autre part, il n’est pas impudique de dire que nous avons respecté nos nouveaux interlocuteurs comme eux-mêmes ont su respecter une filière et un produit qui fonctionnait bien. C’est de l’intérêt bien pensé, il n’y a pas lieu de s’en offusquer, bien au contraire. Cela montre la force de notre filière qui, grâce à ces acculturations successives et réciproques, peut évoluer sans renoncer à elle-même. Cela peut durer longtemps encore, à la condition que nous gardions à l’esprit que notre succès d’aujourd’hui, c’est l’infini respect du produit qui nous lie, et par conséquent le respect du consommateur. Et il est primordial que tous les opérateurs et équipes en place dans la filière, quelle que soit leur antériorité, travaillent côte à côte et solidairement et s’investissent dans la préparation de l’avenir du Comté. | Haut de page p |
Automne 2009 : Crise du lait et AOP | La filière laitière française affronte une baisse du prix du lait, qui met en péril l’équilibre financier des exploitations et fait craindre une vaste restructuration du secteur laitier, avec la disparition de l’exploitation familiale au profit d’une agriculture plus industrielle. Mon propos n’est pas de porter un jugement, mais plutôt de souhaiter ardemment que nos filières AOP, et notamment celle du Comté, échappent à cette évolution, et ce pour plusieurs raisons. La première est celle de l’attente du consommateur. Parmi ses raisons d’achat, il y a la « proximité », la garantie que l’AOP qu’il achète a bénéficié de soins artisanaux tout au long de la chaîne d’élaboration. Le Comté bénéficie d’un important capital de sympathie grâce à la passion que nous mettons ensemble pour élaborer ce fleuron de la gastronomie, affineurs, fromagers, et bien sûr producteurs. Le Comté perdrait beaucoup s’il n’était plus porté par la logique patrimoniale de l’exploitant, attaché à son village et à sa fruitière, à ses terres et à la qualité de ses prairies, fier de son troupeau de vaches de race Montbéliarde ou Simmental française, et avant tout soucieux de transmettre son outil à la génération suivante, avec le souci d’être encore environné demain par des voisins plutôt que par des hectares. La seconde raison est également identitaire, elle tient à la nature de la protection de l’AOP. En effet, parmi les attendus du règlement communautaire définissant l’AOP, il y a l’aménagement du territoire et sa capacité à faire vivre des régions défavorisées. Les communautés nationale, et maintenant européenne, attendent comme contrepartie de la protection du nom du produit, que les filières qui en bénéficient optimisent l’emploi y compris et surtout dans des zones difficiles. Renoncer à cet objectif serait perdre une partie de notre raison d’être. Bien entendu, la condition sine qua non c’est la rémunération du plus qualitatif apporté par l’AOP. La satisfaction du consommateur en est la première condition. Mais elle n’est pas suffisante. Pour que les AOP soient capables de remplir les fonctions que j’ai décrites, il faut aussi leur épargner les situations catastrophiques de surproduction pendant lesquelles les acteurs, fermes, fromageries et affineurs, n’ont plus les moyens d’assumer les contraintes du cahier des charges, et disparaissent du paysage patrimonial. Si nous pensons qu’au jeu du « produire toujours plus pour gagner moins » les producteurs européens mettent en péril l’existence même de leur exploitation, c’est encore plus vrai pour les AOP. Il est donc impératif que le législateur communautaire leur donne le minimum de moyens juridiques pour au moins maîtriser leur croissance. Le CIGC y oeuvre activement au sein du Comité national des appellations d’origine laitière (CNAOL) et surtout dans le cadre de l’association internationale « oriGIn ». Une réunion avec les parlementaires européens, le 29 septembre dernier à Bruxelles, a été l’occasion de sensibiliser ces derniers à la nécessité de la maîtrise de la croissance. | Haut de page p |
Eté 2009 : Il y a un an, la “Grande Coulée” | Le 17 juillet 2008 à Champagnole, la filière Comté célébrait le cinquantenaire du décret attribuant le statut d’AOC au Comté. Une meule fut fabriquée avec un échantillon de lait issu de chacune des fromageries présentes, symbolisant ainsi les 10 siècles du rituel collectif des coulées, et célébrant la capacité de la filière à l’organisation collective. Cette célébration fut émaillée par une manifestation d’agriculteurs mécontentés par la forte augmentation du prix des intrants et parce qu’ils jugeaient insuffisante l'augmentation des prix du lait à Comté, en regard des fortes augmentations de prix dont avait bénéficié le lait industriel. Un an après le bilan s’est inversé : le prix du lait à Comté a continué sa progression régulière et celui du lait industriel descend aussi bas qu’il a pu monter il y a quelques mois seulement. Il ne s’agit pas ici de tirer un sentiment de supériorité ou de revanche de cette inversion. Car en tant qu’agriculteur, j’imagine et partage l’angoisse de ceux dont le prix du lait s’établit désormais à 280 euros/tonne. Au nom de la filière Comté, je leur dis toute ma solidarité. Je souhaite seulement en tirer quelques leçons : avec juste raison, le Président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, réclame un minimum de maîtrise de la production pour le secteur laitier. En effet, la libéralisation des quotas avec leur suppression programmée est une pure catastrophe. Elle “tiers-mondise” le secteur laitier. Le secteur mondial des matières premières agricoles a connu de nombreuses années d’écroulement des cours, à des niveaux de plus en plus bas, créant ruine et famine, au nom de la compétitivité. Alors bien sûr il y a de temps en temps, comme pour le lait en 2008, des périodes de flambée des prix, mais il ne faut pas se cacher que sur le long terme, c’est l’appauvrissement pour l’écrasante majorité. Nos décideurs communautaires qui bénéficient de la sécurité de l’emploi et de salaires confortables décident pour les autres de l’appauvrissement et de l’insécurité. Ma deuxième réflexion s’adresse aux opérateurs de la filière eux-mêmes : malgré tous les ingrédients qui construisent notre succès (amélioration de la qualité, communication, respect de l’environnement, etc.) – et qui nous sont attribuables –, il faut avoir l’humilité de savoir que nous tenons une partie de notre succès à la maîtrise de la croissance de notre production. Il faut donc à la fois tenir au plan de campagne et nous rappeler, nous producteurs de lait à Comté, que sur le long terme, c’est la modération de la croissance de la production laitière qui restera notre meilleur atout. Car il tombe sous le sens qu’on ne peut pas, et produire à volonté sans lien avec la réalité du marché, et bénéficier de prix élevés. Le savoir-faire de la filière Comté c’est d’avoir su faire des producteurs de lait, des producteurs de fromage responsables. Les difficultés que rencontrent les autres doivent nous servir d'enseignement : nous devons conserver précieusement cette originalité. | Haut de page p |
Printemps 2009 : Constructeurs d'avenir | Théoriquement tout va bien : le prix moyen du Comté s’est fortement amélioré, le prix payé au producteur est de l’avis général, satisfaisant, les stocks en cave d’affinage sont sains. Pratiquement, l’incertitude demeure : la production a repris à un rythme élevé, et le maintien de l’équilibre va donc dépendre de la capacité des ventes à suivre le mouvement. La nouvelle équipe du CIGC, nommée pour 3 ans par arrêté ministériel, prend donc les rênes dans une période favorable au consensus. Cette équipe est à l’image de la filière, marquée par la plus grande diversité qui soit, avec des représentants de grands groupes laitiers qui côtoient des présidents de petites fromageries, des affineurs traditionnels, un crémier haut-savoyard, des leaders syndicaux. L’expérience nous indique que l’intérêt collectif, en faveur du Comté et de sa valorisation, leur permet assez facilement de travailler en commun. C’est toujours l’intérêt du produit sur le moyen terme qui l’emporte, et jamais ne l’a emporté la logique du court terme que l’on rencontre dans d’autres secteurs productifs. En témoignent les politiques d’investissement qui prévalent dans les fromageries et dans les maisons d’affinage, et aussi les politiques d’investissement dans un cahier des charges exigeant, dans la publicité et dans la recherche, qui caractérisent notre filière. Les turbulences de 2008 nous ont prouvé la pertinence des choix qui font partie de la culture patrimoniale de la filière Comté : alors qu’il y a un peu plus d’un an, les prix des produits agroalimentaires flambaient, nos maisons commerciales ont choisi la voie de la hausse raisonnable. Bien leur en a pris, puisqu’aujourd’hui, le Comté a maintenu le niveau de ses ventes et de ses prix, alors que dans bien d’autres secteurs la chute a succédé à la flambée des cours. Et quand les producteurs ont été confrontés aux conséquences catastrophiques de la hausse des prix des intrants, c’est une attitude de concessions réciproques qui a permis aux producteurs et aux maisons commerciales de trouver un compromis. Je suis très fier de présider à nouveau l’interprofession d’une telle filière. Nous avons tous conscience que nous sommes des usufruitiers du produit, que sa bonne santé actuelle est le fruit du travail des équipes précédentes au cours des décennies passées. Et c’est pourquoi nous nous sentons portés par une telle logique, renonçant à l’attitude purement revendicative qui ferait de nous d’irresponsables consommateurs du succès chèrement acquis. Et c’est bien dans cette attitude de constructeurs d’avenir que va s’inscrire la nouvelle équipe du CIGC. | Haut de page p |
Hiver 2009 : De la nécessité de toujours se battre | Ca y est ! Nos élevages sont menacés par une nouvelle mode : parce qu’ils sont extensifs, ils sont accusés d’être incapables de nourrir la planète, ils produisent des quantités scandaleuses de méthane et occupent de la surface au détriment de la nature. Bien sûr, les producteurs de zones herbagères vont en rire, car ils savent ce que nos agricultures de massif montagneux apportent à la collectivité. Ils ont pourtant tort, cette mise en accusation est portée très sérieusement par des experts nationaux et internationaux, dont on peut supposer certains liens avec les grands groupes de fabricants d’aliments du bétail.
Il va donc falloir se justifier, et prouver l’évidence, ce qu’apportent les prairies naturelles en termes de structuration des paysages, de maintien de la biodiversité, de non pollution, etc. Et j’ai bien dit, nous allons devoir le prouver scientifiquement, car nous sommes déjà en position défensive, les systèmes extensifs commencent à être disqualifiés, y compris en France. C’est bien sûr scandaleux, mais j’invite nos éleveurs à ne pas se laisser gagner par l’écoeurement, car sur ce nouveau scandale comme nous l’avons fait sur les précédents, nous allons nous battre. Il faut accepter, que désormais, ce genre d’abus soit une loi de fonctionnement de la société, qui fait partie du paysage. Une seule réaction possible donc, c’est la recherche, seuls ou à plusieurs, pour contrer aussi vite que possible de tels dérapages. Le budget annuel "recherche" du Comté, de 160 000 euros, est maintenant consacré en grande partie à la réponse aux attentes de la société : prouver que les fromages au lait cru sont bons pour la santé, démontrer que les acides gras des fromages d’herbe sont bons pour la santé, trouver des modes d’alimentation des animaux qui permettent d’échapper aux OGM, prouver que les produits avec du goût sont les meilleurs modérateurs de la consommation et limitent les excès, prouver que le Comté est exempt de contaminants et étudier de manière préventive, avec l’Université de Franche-Comté, les mécanismes de transferts de l’environnement au sol puis à la plante, etc. évidemment, le Comté n’est pas esseulé mais il sera d’autant mieux défendu qu’il sera acteur dans ces recherches multiples, en partenariat avec de nombreuses équipes de recherche, INRA et Universités, aux côtés d’autres AOC françaises ou étrangères. Sur cette question environnementale, c’est donc de manière scientifique que nous allons démontrer, en solidarité avec les autres AOC réunies au sein du CNAOL, les contributions positives de nos productions de terroir à la qualité environnementale. Il y a urgence, car il convient d’empêcher que s’établisse, en France et en Europe, un système de normes au seul service du producteur californien gavant un troupeau à 12 000 litres de moyenne laitière de céréales, de sous-produits industriels et de tourteaux, OGM bien entendu. | Haut de page p |
Automne 2008 : Le Comté, crise ou réussite ? | La filière Comté vient de connaître de fortes tensions. Les données du problème sont connues. Les producteurs de lait subissent une augmentation considérable des prix des charges, que le Comté, malgré une réussite exceptionnelle depuis 20 ans et reconnue par tous, ne suffit pas à compenser. Il s’en suit que de nombreuses exploitations sont mises en difficulté. La colère d’un certain nombre de producteurs s’est récemment tournée contre le CIGC, avec la perturbation de la Grande Coulée à Champagnole, le 17 juillet, puis l’envahissement des locaux du CIGC, le 3 septembre. La colère est compréhensible, même si elle est injustement dirigée contre le Comté, faute de pouvoir se tourner contre des mécanismes anonymes à l’origine de ces augmentations de prix et contre une société française qui ne veut pas payer à son prix une alimentation de qualité, ignorant les angoisses des exploitations familiales et des responsables de PME qui se battent pour survivre. L’idéal serait aussi que cette période de crise amène à la réflexion les agriculteurs eux-mêmes : un travail doit être poursuivi pour améliorer l’efficience économique des exploitations avec l’appui convergent des organismes de conseil et des fournisseurs de l’agriculture. Les agriculteurs doivent pouvoir être fiers non pas uniquement de leurs performances techniques mais aussi de leur professionnalisme consacré à la maîtrise des coûts. Mais la nécessité d’une issue est si urgente, que c’est le Comté, en tant que seule planche de salut, qui est appelé à la rescousse. Et les affineurs ont été invités à trouver une issue, et à payer plus. Ont été engagées de dures négociations, car nos affineurs et industriels sont eux-mêmes soumis à la pression de la grande distribution. Un accord a été trouvé, les producteurs ont obtenu un supplément significatif de rémunération du fromage en blanc, bien sûr inférieur à ce qu’ils espéraient, mais comprenant que c’était le maximum possible, au-delà duquel nos maisons commerciales seraient dangereusement affaiblies. Au contraire, cet accord étant trouvé, nous devons aujourd’hui les soutenir dans leurs négociations commerciales et leur manifester la plus grande solidarité possible. Je ne puis que dire ma fierté d’appartenir à cette filière, capable de surmonter une telle crise. Le respect mutuel, manifesté par chacune des parties, est le même respect que celui que nous manifestons vis-à-vis des générations futures, en leur léguant une filière où la viabilité de chaque opérateur est une préoccupation pour les autres, voisins, fournisseurs ou clients. | Haut de page p |
Eté 2008 : Faire face aux augmentations des charges | Les producteurs de lait sont en colère, les entreprises de l’agroalimentaire sont en colère. Tout augmente, les prix des engrais, des aliments du bétail, du fuel, etc. Cela est partout pareil et donc la colère est générale dans le secteur laitier européen. C’est une colère légitime puisque les prix de vente des produits laitiers, bien qu’en augmentation, ne parviennent pas à couvrir aussi rapidement les augmentations de charges. Et cela sera d’autant plus difficile qu’avec la loi de modernisation économique, nos affineurs, comme toutes les PME, vont être un peu plus affaiblis dans leur capacité de négociation. Il y a donc de quoi être en colère de voir les exploitations agricoles et les PME de l’agroalimentaire être ainsi pris en otage dans la lutte contre l’inflation alors qu’elles en sont les premières victimes. Mais sous peine d’erreurs graves pour l’avenir, il ne faut pas se tromper de combat. La filière Comté, dans une pareille situation, doit faire preuve d’un supplément de solidarité, si elle veut passer le cap. C’est grâce aux efforts de tous, de qualité et de dynamisme commercial, et à l’action de l’interprofession, que le Comté connaît depuis des années des indices de vente remarquables, qui font que les stocks sont bas, ce qui permet à nos commerciaux d’être moins fragilisés sous la pression de la grande distribution. Le poids des charges supplémentaires induites par la hausse des prix des intrants, et même si le cahier des charges du Comté en plafonne les quantités, fragilise nos trésoreries. Cela peut nous rendre nerveux et revendicatif. Pour autant, ce n’est pas la faute de la filière Comté, ni de ses producteurs, ni de ses fromageries, ni de ses affineurs et commerciaux, ni de son interprofession, ni du Comté lui-même. Le succès du produit qui se constate sur le marché chaque jour, est le fruit de l’action de tous. Si nous voulons passer ce cap difficile, il convient de toute façon de ne pas s’en prendre à ce qui marche et au contraire faire front ensemble en s’appuyant sans hésiter sur nos valeurs communes, l’amour du travail bien fait, l’obsession de la qualité, le respect du consommateur et de ses attentes, et la solidarité entre nous, producteurs, fromageries et affineurs. En dépend la poursuite de la progression de nos ventes et de leur valorisation. | Haut de page p |
Printemps 2008 : Il y a urgence et urgence ! | Comme le Comté, la filière du même nom prend son temps. Bien plus : elle prend le temps de progresser. En témoigne la sérénité avec laquelle elle a abordé l’embellie des prix du lait spot. Après avoir atteint les 500 euros/tonne, ils sont redescendus début mars à un niveau à peine supérieur aux 200 euros/tonne ! Je n’en dirai pas plus à ceux qui, il y a si peu, nous conseillaient d’être plus réactifs. Pendant le même temps, les prix du Comté ont augmenté de l’ordre de 5 %, pas plus certes, mais c’est du solide, les prix du lait vont encore progressivement s’améliorer ; nos producteurs auront vu leur sort progresser sans que soient affaiblies leurs entreprises, puisqu’en filière Comté il y a partage du marché, des difficultés comme des succès. Notre sens du temps ne saurait pourtant signifier notre apathie, et de guerre lasse je prends tous nos lecteurs à témoin : le nouveau règlement d’application (RA) du Comté comme son nouveau décret ont été votés par le Comité National des Produits Laitiers de l’INAO le 1er décembre 2006. Le décret a été publié au Journal Officiel le 11 mai 2007 ; en revanche, nous attendons toujours la parution du RA. Depuis 16 mois, nous sommes dans le vide juridique le plus complet, entre un nouveau décret et un ancien RA, rendus incapables de répondre aux interrogations qui chaque semaine nous sont faites sur le texte qui s’applique. Bien mieux, nous sommes tenus par l’administration de construire, dans des délais précis, de nouveaux plans de contrôle basés sur les textes réglementaires. Comprenne qui pourra ! En tout cas, par respect pour tous les acteurs de la filière Comté et de son environnement, nous avons décidé de consacrer ce numéro des Nouvelles du Comté à la nouvelle réglementation du Comté, parution au Journal Officiel ou pas. Et nous l’appliquerons telle qu’exposée. | Haut de page p |
Hiver 2008 : Le Comté durable ! | Notre filière Comté est inévitablement soumise aux tensions qui traversent le secteur agroalimentaire, et plus généralement la société. La difficulté la plus récente est celle qui concerne les prix. Depuis plus de 15 ans le Comté permet d’assurer un prix de lait supérieur à la moyenne française de l’ordre de 15 à 20 %. Ce n’est pas indu, car cette rémunération permet de compenser les surcoûts dûs aux conditions climatiques difficiles de notre région, et ceux dûs aux exigences du cahier des charges. Cette situation plutôt saine n’empêche pas pourtant certains producteurs de douter de la pertinence du choix de produire de l’AOC car ils ont vu ces derniers mois le prix du lait standard augmenter. À ceux qui doutent, il est donc nécessaire de rappeler quelques fondamentaux : — la logique du Comté, c’est celle du long terme. Depuis des décennies les opérateurs de la filière Comté, fromagers, producteurs de lait et affineurs ont résisté à leur plus grand profit aux effets de mode. Pour construire leur revenu, ils ont fait confiance à leurs propres valeurs, celle d’une agriculture peu intensive, facteur de biodiversité et respectueuse de l’environnement, celle du maintien de leurs fromageries, les modernisant tout en gardant une transformation au lait cru, sans additif ni colorant, avec un ensemencement basé sur la flore naturelle des laits, celle d’un partage du marché équilibré entre les producteurs et les maisons de transformation et d’affinage et assurant aux uns et aux autres une part raisonnable et proportionnée de la valeur ajoutée. Cette confiance en ses propres valeurs et cette constance dans la politique choisie pour le produit sont les éléments des succès à venir. Le Comté est un produit très adapté aux nouvelles demandes de la société. Grâce à son cahier des charges, il répond spontanément aux demandes nouvelles qui sont faites au secteur productif sous le vocable de développement durable : un respect de la biodiversité de la flore et de la microflore, une transformation laitière très proche des lieux de production, une évidente fonction d’aménagement du territoire avec des activités de production et de transformation réparties sur tout le territoire, une précieuse source d’emplois qualifié ; — le Comté est un produit dont la notoriété s’étend au-delà des frontières et s’exporte de plus en plus parce que séduisant des parts de population à la recherche du goût et de produits authentiques. En 2006, les exportations ont progressé de plus de 500 tonnes ; — la filière Comté est une filière solidaire et fortement soutenue par tout son environnement régional. Ainsi armée, elle a su jusqu’à présent s’adapter à tous les grands challenges posés au secteur agroalimentaire : mises aux normes d’hygiène dans les années 1990, anticipation des crises de confiance dans l’agroalimentaire grâce à son cahier des charges «aliment» et la relation contractuelle créée avec les fabricants d’aliments du bétail, développement de l’accueil touristique dans les sites de fabrication et d’affinage, diversification de son offre pour s’adapter aux évolutions de la distribution et de la clientèle, réponses aux exigences de la traçabilité avec la généralisation des démarches de qualification, etc. Cette capacité d’adaptation est rendue possible parce que chacun se sent responsable du produit et accepte de fournir les efforts qu’il convient à son propre niveau. Grâce à tout cela, depuis plus de 15 ans le marché du Comté et les prix de vente de la filière progressent modestement mais régulièrement, au fur et à mesure de la conquête de nouveaux consommateurs et de l’amélioration de l’image du produit. Et il n’y a pas de raison que pour l’avenir cela s’arrête. Ce qui doit constituer notre projet, c’est la poursuite de cet effort, en ayant conscience certes de notre fragilité, mais aussi de nos atouts, dont notre attachement aux fondamentaux de la filière est sûrement l’une des pièces majeures. | Haut de page p |
Automne 2007 : l'AOC, un long fleuve tranquille ? | Suffirait-il de deux événements ponctuels, la flambée du prix du lait spot et les mauvaises conditions de récolte du fourrage au cours de l’été dernier, pour que l’on s’interroge sur la pertinence de la filière Comté ? Nous qui depuis 1992 subissons la pression très forte des candidatures à l’entrée dans cette filière, aurions matière à nous étonner. En espérant d’ailleurs que ce ne soient pas les mêmes personnes qui hier nous reprochaient de ne pas accueillir assez rapidement les nouveaux producteurs et qui aujourd’hui voudraient que le CIGC autorise l’enrubannage ou l’apport de mélasse sur le fourrage. La force des producteurs, des fromagers et des affineurs de la filière Comté, s’alimente à leur histoire : celle de la résistance aux effets de mode. Depuis 30 ans, nous refusons la pression du court terme. Pendant les années 1980, on nous conseillait vivement d’adopter le modèle tourteau – ensilage, et de renoncer à nos fruitières pour les remplacer par quelques usines, puis il aurait fallu autoriser les farines animales et encore l’emprésurage après 48 heures ! L’énumération des prétendues « modernités » qui nous ont été proposées n’en finirait pas. Nous avons en général ignoré ces conseils, et avons le plus souvent fait le contraire : interdiction des farines animales, limitation de la zone de collecte, emprésurage ramené à 24 heures après la traite etc. Bien plus, nombreuses sont les fromageries touchées par des problèmes de fabrication qui à l’époque ont choisi de résister un an, voire deux ou trois ans, avec un prix de lait plus faible que celui du lait tout venant, tout simplement en raison d’une volonté du maintien de l’outil et soutenues par une évidente foi dans leur propre modèle de développement. | |
La réussite économique du Comté est depuis 1992 une réponse confirmant la pertinence de privilégier le moyen terme. Les conseilleurs ne sont en général pas les payeurs. C’est pourquoi la filière Comté malgré un stock fourrager insuffisant n’autorisera pour les vaches laitières ni l’enrubannage ni l’ajout de mélasse. Au contraire, elle fera la chasse à ceux qui passeraient outre. Tous les choix sont respectables, celui du modèle AOC comme celui du lait industriel. Par contre, il faut ensuite être cohérent, et ne pas courir d’un modèle à l’autre au gré des variations conjoncturelles. Voilà plus de 15 ans que les consommateurs, les restaurateurs, les journalistes, les crémiers et distributeurs nous soutiennent et que les prix du lait à Comté sont de 15 à 20 % supérieurs au prix moyen français. Et sans rire, on nous regarde gravement parce que le prix du lait spot flambe en raison de la sécheresse australienne ! L’AOC Comté, c’est d’abord un projet. Nous avons la chance d’avoir hérité de fruitières, d’exploitations et de maisons d’affinage qui forment le tissu de notre activité actuelle et représentent une belle chance pour les générations à venir. Il n’est pas à l’ordre du jour de renoncer à cet héritage et de courir après la rentabilité à court terme. Nous avons compris que la spéculation était dans tous les domaines à la mode. Nous laisserons passer cette mode comme les précédentes. Le producteur nomade qui passe d’un système à l’autre, n’hésitant pas à désorganiser une fromagerie pour aller vers plus rentable, puis quelques années après revendiquant ses « plaques vertes » existe sans doute, mais il n’est pas du tout représentatif. Je préfère penser à la très grande majorité des acteurs de la filière qui malgré les incertitudes, et par-delà les difficultés du moment, y sont enracinés et assument au quotidien et avec ténacité, les luttes qui doivent être menées pour que notre collectivité progresse encore. Les fromages AOC franc-comtois ont décidé de resserrer les rangs. Premier essai transformé avec la création du Centre Technique des Fromages Comtois (CTFC) qui succède au Comité Technique du Comté. | Haut de page p |
Eté 2007 : Un nouveau cahier des chances pour le Comté | Cette bonne nouvelle est, je l’espère, source de multiples promesses. Le décret du 11 mai 2007 est le fruit d’un très long travail de maturation. Sept années ! Sept années durant lesquelles ont été organisées d’innombrables réunions, consultations, investigations chiffrées, avis d’experts, rencontres très animées, les uns trouvant que le CIGC était trop permissif, les autres contestant vigoureusement ce qui leur paraissait comme des contraintes excessives. De cette fermentation « ascétique » mais conviviale et collective, il en sort un texte sans doute imparfait mais équilibré, dans la droite ligne des modifications réglementaires précédentes.
Il en fut de ce décret comme des précédents, la filière AOC Comté se doit d’anticiper l’avenir, avec une obsession, la confiance du consommateur : le ferment du succès du Comté, c’est le consommateur qui le détient, et rien n’est moins acquis que sa confiance. À quoi serviraient les modernisations de nos exploitations agricoles, de nos fromageries et de nos caves d’affinage, si elles se faisaient au détriment de cette confiance et donc du prix du produit. La filière Comté est donc condamnée à s’adapter aux contraintes d’aujourd’hui sans décevoir l’attente du consommateur en terme de « produit local, loyal et constant ». La perspective de la sortie des quotas, que l’on sait inéluctable et sans doute plus proche que prévu, et l’attention de plus en plus exigeante des consommateurs vis-à-vis de l’authenticité d’une AOC, ont servi de toile de fond aux évolutions réglementaires proposées. Le CIGC a notamment défini une stratégie de type viticole AOC, avec un plafonnement du rendement laitier à l’hectare, et une limitation quantitative et qualitative des intrants (engrais, aliment etc.). Chacune des mesures arrêtées a fait l’objet d’un scénario identique : proposition du CIGC, circularisation, puis prise en compte des remarques, contributions, contestations, de toute nature, qu’elles viennent d’organismes professionnels, de services techniques, d’instances politiques, d’entreprises ou même de particuliers.
Le Comté a eu en plus la chance de bénéficier d’une commission d’enquête INAO de qualité, qui a travaillé de manière complètement indépendante du CIGC, et qui a su exercer à son égard une forme d’exigence sans concession mais réaliste.
Ce décret doit être considéré comme un atout supplémentaire pour préparer l’avenir et une valeur transmissible à nos enfants. Il est bien sûr loin de résoudre tous les problèmes. Le nouveau cahier des charges du Comté est incontestablement plus contraignant. Le pari posé par l’équipe de professionnels qui anime le CIGC est que ce cahier des charges exerce la fonction qu’il a déjà remplie lors de la précédente décennie, d’être un cahier des chances.
Je ne peux que saluer l’extraordinaire travail collectif fourni à l’occasion de cette maturation, et remercier tous ceux qui par leurs exigences et remarques ont contribué à en faire un instrument efficace de préparation de l’avenir. | Haut de page p |
Printemps 2007 : La nouvelle politique de contrôle en AOC | 2007 sera l’année de préparation de la réforme des politiques de contrôle des AOC voulue par les pouvoirs publics. Les conséquences en seront à la fois positives et négatives. Le premier mérite de cette réforme sera de renforcer la crédibilité des AOC françaises, sérieusement mise à mal depuis de nombreuses années. En effet, l’objectif est de rompre avec le principe, par le passé intangible pour l’INAO, de contrôle par les professionnels eux-mêmes. Le reproche qui lui était fait, justifié pour certaines AOC, était de déboucher sur des pressions de contrôle très faibles, ou sur des contrôles de complaisance. Le nouveau principe est basé sur le contrôle par organisme tiers, dont le mérite attendu sera le sérieux et l’impartialité. Le Comté ne peut que se réjouir de la tendance générale. Il reste à se soucier de ses conséquences concrètes pour la filière. La première inquiétude se rapporte aux coûts supplémentaires considérables que cette réforme va générer. La raison en est simple : d’un contrôle ciblé sur les points à problème, il s’agit désormais de passer à un contrôle réalisé chez tous les opérateurs à priori. Dans une filière comme celle du Comté où les grands dossiers conflictuels relèvent du passé (refus de la Holstein, abandon de l’ensilage, réduction du délai d’emprésurage à 24 heures…), et où l’organisation en fruitière est en soi un facteur de transparence et d’autodiscipline spontanée, systématiser un contrôle sur tous les points de la réglementation et chez tous les opérateurs va constituer un luxe. Certes, même si cette systématisation peut permettre de détecter quelques anomalies de comportement, et donc être positive, on pressent le prix à payer ! La deuxième inquiétude porte sur le fond : le risque d’une intervention par organisme tiers est celui d’un caractère formel, contrôle papier portant plus sur la capacité de l’agriculteur ou du fromager à tenir correctement ses fichiers qu’à agir dans l’esprit de l’AOC et la recherche de l’excellence. Il faut en effet affirmer avec force que l’identité de l’AOC serait bien mise à mal si chaque opérateur se contentait de respecter les minima ou maxima inscrits dans sa réglementation. Pour essayer de limiter les deux risques ainsi énoncés d’un contrôle formel au coût exorbitant, il y a une planche de salut, celle de l’autocontrôle des opérateurs (qui suppose un sérieux effort d’enregistrement par chacun) et du contrôle interne organisé par la filière. Plus ils seront développés, plus le contrôle « externe » pourra se limiter à vérifier qu’ils sont bien mis en oeuvre. Heureusement la filière Comté a déjà largement anticipé le développement de ces contrôles amont, grâce à l’exigence spontanée des producteurs, fromagers et affineurs, et depuis quelques années dans le cadre des démarches de qualification. Ces démarches seront à systématiser, toujours avec l’appui précieux des syndicats de contrôle laitier et des Chambres d’Agriculture. Elles garderont leur orientation initiale qui était de privilégier la dynamique de progrès collectif, comme ce fut le cas de manière bien appréciable, au cours des cinq dernières années. | Haut de page p |
Hiver 2007 : Nous avons préparé l'avenir | Le vote positif du Comité National des Produits Laitiers de l’INAO du 1er décembre 2006 sur le contenu des projets de décret et règlement d’application relatifs à l’AOC Comté est une excellente nouvelle. Ce nouveau dispositif réglementaire dote la filière Comté d’un nouvel atout très précieux. Pour l’Interprofession du Comté, il s’est agi de préparer l’avenir de la filière face aux bouleversements auxquels le secteur agroalimentaire est confronté, avec une libéralisation de la Politique Agricole Commune (PAC), une plus grande ouverture des frontières, et parallèlement une exigence croissante du consommateur, de qualité et d’authenticité.
Les objectifs de ces évolutions réglementaires ont donc été : • Un renforcement de la qualité et du lien au terroir ; • Une confirmation du caractère extensif et artisanal de la production du Comté ; • Une ouverture vers de nouveaux modes de consommation tout en maintenant l’authenticité du produit ; • Une action déterminée en faveur du maintien du maximum d’agriculteurs, de fromageries et d’affineurs, car la diversité des opérateurs est un facteur de réussite de l’AOC Comté.
Au contraire des accusations de protectionnisme et de passéisme dont nous avons été l’objet, le futur décret constitue un élément de modernité. Le vrai passéisme, ce serait de chercher à produire toujours plus dans des structures toujours plus grandes. La vraie modernité, la nôtre, c’est de produire toujours mieux, une plus grande qualité possible, en s’appuyant sur les hommes et femmes qui constituent la filière.
Bien sûr, les négociations pour parvenir à un consensus sur des mesures sensibles comme les limitations de production à l’hectare ou le maintien de structures artisanales de transformation ont parfois été longues et difficiles. Je comprends que quelques mécontentements demeurent. Mais je suis persuadé que d’ici peu, la filière sera unanimement fière des nouvelles fondations ainsi posées, parce qu’elle aura la preuve tangible que le respect accru de sa propre authenticité, et par conséquence du consommateur, sont le meilleur investissement qui soit.
J’adresse donc un grand merci à tous, acteurs de la filière et de son environnement, qui avez contribué à l’élaboration de ce nouveau dispositif réglementaire. Un grand merci à ceux qui ont su faire des concessions, portés par un sentiment d’appartenance plus fort que la défense de leur strict intérêt particulier. Un grand merci à tous ceux qui ont compris et nous ont soutenu dans cet élan vers plus de modernité. Dans ce contexte, nous mesurons le poids de la responsabilité qui nous incombe de porter plus avant le Comté vers sa mission essentielle, celle de permettre de vivre décemment dans ce beau terroir du Massif Jurassien, avec l’appui toujours croissant du consommateur. | Haut de page p |
Automne 2006 : Malgré la sécheresse, le Comté privilégie la qualité | En dépit de quelques demandes pressantes faites au CIGC, l’ensilage et l’enrubannage resteront interdits, aux vaches laitières et aux génisses. Les agriculteurs sont souvent confrontés à des situations de crise, climatiques ou parfois sanitaires comme récemment la grippe aviaire. On sait le poids d’angoisses que supportent ceux qui en sont victimes : récoltes impossibles, ventes interrompues, ont des conséquences désastreuses et durables sur des exploitations dont la survie peut être remise en cause. Dans le cas d’une AOC, les conséquences peuvent être plus lourdes encore, car peut être en jeu l’image de l’AOC. On l’a bien vu récemment avec la grippe aviaire, la production du Poulet de Bresse AOC se voyait quasi remise en cause dans son identité même, puisqu’interdite « d’élevage en plein air ». Et il fallut qu’heureusement l’INAO admette à l’époque des systèmes dérogatoires, bien acceptés par tous, y compris par les consommateurs. La sécheresse de l’année 2003 est dans de nombreuses mémoires car elle a touché de larges pans de l’agriculture française, pénalisant la récolte de nombreuses productions végétales. La zone Comté ne fut pas épargnée puisque la récolte fourragère fut en large partie anéantie. L’interprofession du Comté s’est alors efforcée de trouver des compromis, en donnant aux agriculteurs la souplesse nécessaire au maintien de l’outil de production, tout en apportant la garantie au consommateur d’une préservation de l’identité même du produit. La clef de voûte du compromis fut : des souplesses données pour l’alimentation des animaux non en lactation, et aucune dérogation pour les vaches laitières. Le CIGC a abordé les problèmes de 2006 dans le même esprit, mais de manière différente puisqu’après un mois de juillet éprouvant, la repousse de l’herbe fut permise par les pluies des mois d’août, et sa récolte par l’ensoleillement de septembre. De plus l’expérience de 2003 a milité pour une certaine prudence : le constat alors de quelques fermentations butyriques inopportunes a laissé penser que certains ont utilisé pour les vaches laitières l’ensilage qui n’avait été pourtant autorisé que pour les génisses. Par ailleurs, l’augmentation de la distribution d’aliment complémentaire au cours de l’hiver 2003-2004 a eu pour effet de coûter cher aux producteurs, de diminuer la qualité des fromages et de contribuer ensuite à l’excès de stocks constaté au cours de l’hiver 2004-2005. Il était donc normal que les mesures dérogatoires soient d’une moindre ampleur. Toujours en n’admettant aucune dérogation pour les vaches laitières, la souplesse sera limitée à l’alimentation des génisses, avec la possibilité d’utiliser de la mélasse sur la paille. Rappelons que l’ensilage et l’enrubannage pour les génisses resteront interdits pour tous les animaux du troupeau laitiers (génisses comprises). Le CIGC comprend qu’une telle rigueur crée quelques mécontentements, mais la très large majorité de la filière partage cette certitude que la confiance du consommateur, liée à une amélioration constante de la qualité et au respect de l’identité terroir du Comté, constitue l’élément constitutif de son avenir. Dans ce domaine de l’AOC comme dans beaucoup d’autres, ce qui est décisif est cette primauté du long terme sur le court terme. | Haut de page p |
Eté 2006 : Cultivons nos différences ! | Dans ce numéro, Les Nouvelles du Comté concentrent les projecteurs sur la fruitière. La raison en est simple, il faut cultiver sa différence. Quand au cours des années soixante-dix et quatre-vingts les conseilleurs de tout bord nous expliquaient qu’avec nos fruitières et notre AOC, nous appartenions au passé et n’avions aucun avenir, ils se contentaient de nous appliquer les ingrédients d’une réussite extérieure (on parlait alors du modèle hollandais ou du modèle breton) et éphémère. Certes, à l’époque, les valeurs dont nous sommes porteurs, à savoir la solidarité et l’artisanat, n’avaient pas le vent en poupe, et la mode était plutôt à la concentration et à la réussite individuelle. Sur le plan général, cela a d’ailleurs aujourd’hui peu changé, mais l’abandon du soutien communautaire aux produits industriels, conjugué avec un revirement du comportement des consommateurs, ont rendu justice à des produits authentiques comme le Comté. Tous, y compris ceux qui parmi nous ont choisi la voie industrielle, tenons à nos fruitières villageoises. D’abord, elles font partie de notre histoire et l’on ne renonce pas à une partie de son patrimoine sans prendre un risque sérieux de perte d’identité. Mais surtout la fruitière se révèle un grand ferment d’efficacité. Les témoignages recueillis dans ce numéro des Nouvelles du Comté attestent du formidable pouvoir de responsabilisation des agriculteurs et fromagers qu’elle exerce. Autant de fruitières, et autant de gérances, c'est-à-dire autant d’équipes d’hommes et de femmes qui dans leurs villages se mobilisent comme des chefs d’entreprise pour gérer l’investissement, le personnel, la qualité, les relations avec les fournisseurs et avec les clients, les contraintes administratives, etc. Quelle formidable école de formation et de dignité ! Quelle belle publicité aussi pour le Comté, car ne doutons pas que l’engouement des prescripteurs, journalistes, critiques gastronomiques, responsables administratifs ou politiques, pour ce fromage AOC, ne tient pas uniquement à ses qualités gustatives. Quand ils visitent notre filière, ses fromageries et ses caves d’affinage, ils sont saisis par l’authenticité des hommes et ont envie de soutenir ce combat qui est celui de la pérennité de nos outils. Car il s’agit bien d‘un combat, lequel par définition n’est jamais terminé. Nous avons à peine passé le cap des mises aux normes d’hygiène, qu’il faut absorber les 35 heures, puis le traitement des eaux usées. Cela n’en finit jamais. Depuis toujours, nos gérances sont confrontées à une suite de nouveaux défis, générés par une administration et une société qui sont saisies par la boulimie normative, toujours si peu adaptée à l’atelier artisanal. Pourtant, et même si nous avons la faiblesse de découragements passagers, la fruitière demeure un élément essentiel de la filière Comté, et déterminant pour sa réussite. Je fais le voeu que ce numéro des Nouvelles du Comté qui leur est consacré soit un élément qui contribue à la détermination des présidents de fromageries et de ceux qui les assistent : vivre au pays, maintenir un tissu de fromageries villageoises sur tout le massif jurassien, être maître de son destin et continuer cette formidable aventure collective, née il y a mille ans, de mise en commun du fruit du travail de chacun pour résister aux difficultés d’un environnement parfois peu aimable. | Haut de page p |
Printemps 2006 : +3 = -20 | «+3 =-20», c’est l’équation qui signifie qu’une légère augmentation de production (3 %) peut se traduire par une baisse de revenu considérable (-20 %). C’est en effet une loi d’airain universelle qui veut qu’un léger excédent de l’offre sur la demande se traduise par une baisse des prix multipliée par 2, 3, ou 4, et la baisse de revenu connaîtra elle-même des proportions bien plus grandes (-20 % n’est qu’une hypothèse optimiste, elle peut être encore plus dramatique). La question est donc posée : que veulent les producteurs de Comté? Veulent-ils produire quoiqu’il arrive ou vivre de leur métier ? On peut toujours faire l’autruche, accuser l’Europe, le gouvernement, le CIGC, ceux qui ont quitté la filière Comté il y a 20 ans et y reviennent maintenant. On peut toujours revendiquer ses droits, on peut toujours considérer que ce sont « les autres » qui doivent ralentir leur production, ceux qui sont arrivés seulement il y a deux ans dans la filière etc., les faits sont têtus : + 3 = - 20. On peut toujours préférer écouter ceux qui poussent au contraire, ceux qui disent « produisez tout ce que vous voulez, je m’occupe du reste ». Le résultat sera là, obsédant: + 3 = - 20. Alors ? Il y a aussi un devoir de lucidité : ce que le marché du Comté demande, ce n’est pas de renoncer à sa fierté, c’est juste un petit effort d’adaptation. La filière Comté est dynamique, les ventes progressent notamment à l’export depuis 1991 sans discontinuer, les prix se sont bien tenus jusqu’à l’année dernière, et la baisse que nous connaissons depuis un an est le début de l’installation de cette terrible équation. Le mouvement est réversible. La forte augmentation de production dans les derniers mois d’hiver, en pâte blanche, est le pire comportement que la filière Comté ait jamais eu depuis longtemps. Il est urgent que chacun prenne ses responsabilités et programme dès à présent une forte baisse de sa production pour l’hiver prochain. Au cas contraire, nous aurons sans doute encore la satisfaction de nous plaindre, mais nous aurons plus sûrement perdu notre métier et conduit nos successeurs aux bureaux du chômage. Et chacun de nous y aura eu sa part. | Haut de page p |
Hiver 2006 : Fiers du Comté | L’équipe du CIGC vient d’être renouvelée, et l'assemblée plénière du 9 décembre 2005 m’a fait l’honneur de me confier à nouveau la responsabilité de président. La tâche est lourde, mais le challenge est toujours aussi passionnant. Cette nouvelle équipe profondément renouvelée a immédiatement exprimé sa volonté de s'engager dans tous les dossiers qui alimentent la vie de la filière. Poursuivre le travail promotionnel réalisé depuis plus de 20 ans; développer toujours davantage la recherche ; optimiser le travail effectué depuis plus d'une décennie sur les marchés extérieurs qui exigent encore plus de moyens et de suivi; réfléchir en permanence à la maîtrise de notre offre: voilà les grands dossiers sur lesquels nous portons nos efforts. La cohésion de la filière doit rester sous haute vigilance car au nom du profit immédiat et de l'individualisme, l'édifice peut aussi se fissurer. Le maintien de nos nombreuses fruitières et entreprises d’affinage est partie intégrante du challenge pour conserver l'originalité du Comté. La fin d’année 2005 a été marquée par plusieurs décisions et avis de justice, législatifs et réglementaires (1), qui sont autant d’événements qui démontrent que, lorsque la filière est capable de se rassembler, elle est efficace. Alors que l'agriculture a été malmenée à Hong Kong, nous devons dans notre Massif Jurassien continuer à promouvoir une alternative crédible, avec un produit au cahier des charges de plus en plus exigeant qui en retour bénéficie de la confiance croissante du consommateur. La reconnaissance dont nous bénéficions dans les instances nationales et internationales sur notre fonctionnement et nos orientations politiques est de nature à nous guider quand le doute s'installe. Et le Comté continuera à être notre fierté régionale. | Haut de page p |
Automne 2005 : Les prix du Comté | Ces derniers temps, nous avons pu constater des écarts de prix « consommateurs » considérables : de 6 à 36 euros le kilo! Qu’en penser ? Les bas prix ? Ils mettent à coup sûr la filière en grand danger. L’on sait les risques d’un bradage de lots : l’effet boule de neige qui se répercutera sur toute la filière. Dans ce contexte, l’équilibre du marché est notre souci permanent. Lutter pour élargir les débouchés, développer la publicité, adapter la production aux capacités de vente : les derniers numéros des Nouvelles du Comté sont largement revenus sur toutes ces initiatives. Les prix élevés ? Il faut relativiser l’importance de ces offres à plus de 30 euros/kg : elles sont très marginales en tonnage et peuvent être justifiées par un investissement important comme un affinage très prolongé. Ces prix élevés n’ont-ils pas aussi la vertu symbolique de tirer l’ensemble des autres Comtés vers le haut ? C’est pourquoi, sous réserve d’une rémunération correcte des maillons de la filière et d’une non généralisation du prix élevé, celui-ci est favorable au Comté et bénéficie indirectement à tous. Avec une production supérieure à 50 000 tonnes, il n’y a pas qu’un seul, mais un grand nombre de marchés de Comté. Dans ce contexte, il est impératif de ne pas trop subir la pression des prix. Le nombre important de maisons d’affinage est alors un atout. Leur diversité permet d’aller d’une vente « quantitative » à prix moyennement rémunérateur, à une vente à haute valeur ajoutée ciblée sur des clientèles spécifiques. Au final, battons-nous ensemble, producteurs et affineurs, pour vendre plus et ne produisons pas plus que nous ne vendons. C’est la condition première et impérative d’un prix rémunérateur. | Haut de page p |
Eté 2005 : Le Comté est-il lié à l'Europe ? | Quelles sont les conséquences pour le Comté des événements liés à l’évolution de l’Union européenne : la PAC, puis le Traité Constitutionnel? Apparemment aucune, sauf sur un point : le libéralisme communautaire qui a focalisé tant d'hostilité porte, dans le domaine agricole, un nom, celui de la surproduction organisée. Le découplement des aides communautaires comporte derrière son paravent de moralité – ne pas aider ceux qui produisent beaucoup –, une réalité très tangible : produire toujours plus. Avec la course à l'échalote que l'on connaît : baisse des prix, augmentation de la productivité, amplification de l'exode rural. Grâce à l'AOC, l'effort d'autolimitation de la production peut payer. Mais à l'expérience, on sait que, même dans une filière où l'esprit collectif est aussi bien développé que dans celle du Comté, il est difficile d'obtenir de tous de participer à l'effort. C'est pourquoi il y a alors besoin d'un coup de pouce réglementaire pour rendre obligatoire à 100% des opérateurs, ce que 85% d'entre eux feraient spontanément. Et c'est là qu'intervient le Traité Constitutionnel. Le traité de Rome de 1956 est « anti maîtrise de l'offre ». Mais, concernant l'AOC, un certain nombre d'attendus ou de précédents montrent que des exceptions sont concevables quand il s'agit de préserver un haut niveau de qualité et de pérenniser un patrimoine collectif. S’il doit y avoir une renégociation du Traité Constitutionnel, les AOC pourraient souhaiter que la France et les pays latins agissent pour que soient jetées des bases plus solides à la préservation du patrimoine que constituent leurs AOC. | Haut de page p |
Printemps 2005 : La force du Comté | En juillet 2004 se dessinaient les contours d’une crise de grande ampleur : stocks trop élevés, fragilité d’une maison d’affinage, baisse de la consommation intérieure. Pourtant la situation du marché tend maintenant à se redresser. Les ingrédients de ce redressement? Le dynamisme et le sens de la responsabilité collective de la filière. Pour 2004, la baisse des achats a d’abord été compensée par les ventes vers la restauration collective et les plats cuisinés. Ensuite, les effets des actions menées à l’export depuis plusieurs années portent leurs fruits. Parallèlement, le diagnostic d'une probabilité de crise étant établi, les producteurs et les transformateurs ont accepté une nette augmentation de la cotisation interprofessionnelle, limitée à un semestre, afin de se donner les moyens de deux campagnes publicitaires supplémentaires. De plus, grâce à l'acceptation par 80 fromageries de participer à un dégagement volontaire, 470 tonnes de fromage ont pu être soustraites au marché. Signe d’un sens des responsabilités d'autant plus remarquable que 100 autres fromageries n'ont pas suivi. Enfin, les mentalités changent. Des responsables des FDSEA, des JA et de la Confédération Paysanne remettent en cause la pertinence de la réalisation à tout prix de «son» quota. Etre producteur de lait à Comté, c'est être pour partie responsable du revenu que cette AOC peut apporter. Nous devons un grand merci et notre admiration à tous ceux qui, par leur contribution, ont fait reculer cette crise. | Haut de page p |
Hiver 2005 : La volonté et la nécessité d'informer | Lorsque nous présentons notre filière, nous ne manquons jamais de noter que nous unissons 3200 exploitations agricoles, 180 ateliers de fabrication et 20 maisons d’affinage. Nous avons également autour de nous des partenaires de plus en plus présents qui entendent aussi participer à la vie, aux travaux et bien sûr aux succès du Comté. Ce plus grand engouement induit une demande de plus en plus forte en matière d’information sur la vie du Comté. Cette demande nous amène à moderniser et rationaliser notre communication. Notre commission information s’est donc attelée à l’ouvrage pour vous proposer un renouvellement rédactionnel des Nouvelles du Comté - qui fusionnent avec Carnet de Routes, le journal des Routes du Comté - et une refonte de la maquette. Ces évolutions doivent permettre à un plus grand nombre de partager et d’échanger sur l’actualité de notre filière. La nécessité de nous ouvrir plus largement sur les consommateurs - les acteurs du destin de nos territoires - est également très présente. En résumé, le Comté s’identifie tellement au massif du Jura et à ses habitants que chacun veut amener sa pierre à l’édifice. C’est donc avec vous tous, pour vous tous, que nous allons, certes modestement, mais avec une volonté affirmée, faire vivre les (nouvelles) Nouvelles du Comté. A vous tous pour votre engagement, votre travail, votre intérêt, au nom de toute la filière du Comté, je vous présente, ainsi qu’à tous vos proches, mes meilleurs voeux pour l’année 2005. | Haut de page p |
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