> Hubert Borel, responsable de la production chez l'affineur Marcel Petite (Doubs). Il est quotidiennement en relation avec les fruitières. Les producteurs de lait à Comté ont demandé aux affineurs une meilleure valorisation des fromages pour faire face à la hausse des charges dans les exploitations. Les dernières négociations sur les prix ont été difficiles... H B : Il n'est pas possible de demander à un seul maillon de la filière (les affineurs) de tout prendre en charge. Mais on se doit de répondre aux préoccupations des producteurs. Ainsi, les affineurs ont décidé de soutenir le prix de base de la rémunération des fromages pour tout à la fois amener un effet immédiat au regard des problèmes de trésorerie des exploitations, et donner des perspectives sur le long terme d'amélioration de la valeur des fromages. Ce faisant, il faut garder à l'esprit que l'on ne résout pas, mais que l'on déplace une partie du problème évoqué légitimement par les producteurs. Les affineurs ont donc accordé une bonification sur le prix du fromage ? H B : Cette mesure d'accompagnement ponctuel ne modifie pas la répartition de la valeur ajoutée, elle en change momentanément et volontairement les équilibres. Ainsi, la bonification sera dégressive au fur et à mesure que la MPN va augmenter. Les affineurs s'engagent aujourd'hui pour donner une perspective d'amélioration de la valorisation des fromages dans les mois qui viennent, et il faudra un effort de chacun des maillons de la filière pour réussir le challenge dans lequel nous nous sommes mutuellement engagés. Peut-on encore faire progresser la MPN ? H B : Les résultats que l'on retrouve dans la MPN, qui sont par ailleurs de bons indicateurs du marché, peuvent progresser dans le temps. Si l'on veut que les prix augmentent, il faut continuer à tirer la qualité des produits vers le haut. Chaque client estime si le rapport qualité/prix lui convient et les deux rapports sont intimement liés. Tous les acteurs de la filière ont le même intérêt à sortir par le haut. Les affineurs vont-ils pouvoir répercuter cette hausse du prix du fromage ? H B : Les entreprises d'affinage souhaitent que cette amélioration constante des fromages permette de poursuivre cette progression et en parallèle espèrent que les clients comprendront que cet effort est consenti pour stabiliser les exploitations laitières sur les bassins de production de l'AOC. À nous d'avoir, avec les producteurs, les armes pour les convaincre que notre produit mérite, demain, encore mieux qu'aujourd'hui. Pour finir, en un mot, comment qualifier les relations au sein de la filière ? H B : C'est une relation qui se vit, qui se tisse chaque jour, en rencontrant les producteurs et les fromagers dans les coopératives, en suivant les fromages. C'est une relation qui restera saine tant qu'on se dira les choses, dans un échange et une écoute réciproque.
> Gilles Duquet, producteur de lait à Fontain (Doubs) : « Quand je pense à la filière Comté, j'ai d'abord un sentiment de gratitude pour ces hommes qui, avant nous, ont su prendre les bonnes décisions. Ils ont su maintenir une fruitière aux portes de la ville (la fruitière de Fontain près de Besançon), la moderniser, aller de l'avant, tout en gardant une rentablité économique. Aujourd'hui, nous avons un outil local de transformation qui nous donne un certain pouvoir de décision. En fruitière, ce qui fait le prix du lait, c'est le partage de la rémunération des fromages.(...) Être producteur de lait à Comté dans le massif du Jura, je le vois comme une chance. Mais si l'on veut que la filière fonctionne correctement, il faut que tous les maillons soient rémunérés à leur juste valeur, que chacun reste dans sa mission et respecte l'autre. Aujourd'hui, avec le cahier des charges de l'AOC tel qu'il est, et les charges d'exploitations sur lesquelles on ne peut pas faire beaucoup levier et qui seront croissantes, l'incertitude est forte pour ceux qui sont en période d'installation ou d'investissement. S'ils ont investi, c'est qu'ils croient en cette filière, gage d'avenir. Une exploitation en Comté doit être rentable, elle doit pouvoir être moderne et économe. (...) Le principal atout de la filière Comté, c'est d'être organisée, ce qui a quand-même un côté rassurant pour les producteurs, même si l'on n'est pas d'accord avec tout à 100 % ! »
> Jean-François Alixant, président de la coopérative du Lac des Rouges Truites (Jura) : « Cet hiver, toutes les fois qu'on trayait un litre de lait, on perdait de l'argent à cause du coût des aliments achetés... Nos exploitations d'altitude sont fortement dépendantes de la qualité des fourrages et nous ne pouvons pas compenser par d'autres cultures. Privilégier le lait d'été ? Nous serions obligés de réinvestir dans la fromagerie. Donc des charges supplémentaires sur le prix du lait ! (...) Les regroupements d'exploitation ont permis d'optimiser les investissements en bâtiment et les Cuma se sont développées pour le matériel et le ramassage du lait. Mais depuis un an, l'inquiétude s'installe car la hausse des charges d'aliments et de carburant vient pénaliser les trésoreries et le revenu de nos exploitations. Le prix du fromage payé par l'affineur et le prix du lait doivent augmenter et nous permettre de compenser une partie de cette hausse des charges. Pas question de remettre en cause l'AOC et les contrats qui organisent la filière Comté, mais les difficultés actuelles de certains producteurs doivent être prises en compte.(...) La filière telle qu'elle est organisée aujourd'hui a un coût : le maintien de coopératives de 2 à 3 millions de litres de lait est un gage de tradition et un argument de vente mais ce n'est pas aux producteurs de porter seuls cette charge (...) La prime à l'herbe, l'indemnité compensatoire de handicap, c'est important pour nos zones mais indirectement est-ce qu'on ne subventionne pas la grande distribution quand elle prend 41 % de marge sur le produit ? Il faut que les consommateurs en prennent conscience ! »
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