
Juillet 2008. Après un parcours chaotique, la loi sur les OGM a été définitivement adoptée le 22 mai par le Parlement. Quel est impact pour la filière Comté ? Le CIGC n’a pas légitimité à se prononcer sur le sens général de la loi, car sa compétence se limite au seul Comté. Et sur ce plan, je tiens à rappeler que nos producteurs se sont engagés, pour l'AOC, à ne pas cultiver d’OGM, à ne pas utiliser des aliments étiquetés OGM, pour répondre à la demande sociétale et pour être en cohérence avec le maintien des usages locaux, loyaux et constants. Les AOC peuvent-elles interdire la culture d'OGM dans leur zone de production ? Cela aurait été, pour nous, la protection la plus pertinente. C’est d’ailleurs dans ce sens, qu’en 2007, nous avons envisagé d'interdire toute culture OGM sur le territoire d’une AOC ayant pris, dans son décret, des mesures afférentes au “non OGM”. Mais nous avons abandonné cette idée avant même que le débat parlementaire ne se tienne, en raison de son incompatibilité avec le droit communautaire. Nous avons noté avec intérêt que le débat parlementaire l’a repris par certains amendements qui ont eu leur moment de célébrité mais qui ont disparu de la version adoptée. Ce qui nous importe, c'est de pouvoir produire notre AOC en toute liberté. Avez-vous obtenu des moyens pour garantir cette liberté ? Nous avons obtenu, avec l’appui de M. Pélissard, député du Jura, le maintien de la clause suivante : « Lorsque cela est nécessaire à la protection d’un signe d’identification de la qualité et de l’origine mentionné au 1° de l’article L. 640-2, l’organisme de défense et de gestion concerné ou l’Institut national de l’origine et de la qualité propose à l’autorité administrative toute mesure particulière de renforcement de cette protection concernant les organismes génétiquement modifiés. » L’organisme de défense et de gestion de l’AOC, c’est le CIGC. Il sera donc consulté systématiquement avant l’implantation d’une culture OGM de plein champ sur le territoire de l’AOC Comté et pourra proposer des mesures de protection. Bien sûr, ce n’est pas l’idéal. Il ne pourra que proposer et l’administration décidera. Et il ne sera pas possible d'aller jusqu’à l’interdit. Ceai étant, le CIGC exerce son activité en France et doit se plier aux règles du jeu de ce pays. Dans ce cadre, j’estime que nous avons obtenu ce que nous pouvions au mieux espérer. Certaines questions restent en suspens comme la définition du “sans OGM” ? Je pense que le mieux est l’ennemi du bien. Lorsque ce seuil européen de 0,9 % était à l’époque en discussion pour l'étiquetage “sans OGM”, nous avions constaté que les pro-OGM étaient les premiers à pousser pour un seuil beaucoup plus restrictif de 0,1 %. Ce comportement paradoxal est pourtant facile à décrypter. Plus le seuil est bas, moins est plausible la mise en place concrète de filières non OGM. Je trouve que 0,9 % c’est déjà exigeant et en ce qui nous concerne je préférerais que l’on s’en tienne là. Quelle est la stratégie de la filière Comté concernant les aliments du bétail "non OGM" ? Nous travaillons avec la plupart des fournisseurs d’aliments du bétail de notre zone AOC, et cela depuis plus de 10 ans. Ceux-ci ont été jusqu’à présent solidaires de notre démarche, et je les en remercie, en s’efforçant de ne fournir aux exploitations que des aliments garantis PCR négatifs (à moins de 0,9 %)*. Nous nous rencontrons 2 fois par an et au cours de notre réunion de début avril, ils nous ont alertés sur une anomalie de la réglementation étiquetage : le pourcentage d'OGM ne se calcule pas par rapport au poids total de l’aliment, mais ingrédient par ingrédient. Ce qui conduit à ce qu’un aliment sans soja risque de dépasser le seuil de 0,9 % et qu'il faille l'étiqueter “OGM”, pour peu qu’il soit contaminé par une quantité infime de soja OGM, car dans sa catégorie ce dernier est 100 % OGM ! C’est aberrant. J’espère que nos responsables politiques et de l’administration pourront agir pour que cette anomalie disparaisse. Les fabricants d’aliments peuvent compter sur le soutien de nos AOC sur ce point de la réglementation de l'étiquetage. Mais l'augmentation des prix des céréales et des tourteaux est énorme et j'observe parfois une tendance à vouloir rendre notre démarche responsable de ces évolutions de prix. * Présence d'OGM inférieure à 0,9 %, non détectable par l'analyse. PCR : en français “Réaction en Chaîne par Polymérase”, technique d'analyse qui permet d’obtenir rapidement une quantité importante et exploitable d’un segment précis d’ADN. |