Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Automne 2012 : La menace du parasitisme

La Revue Laitière Française donnait pour titre à l’un de ses articles de septembre “Les AOP en léger recul en 2011” mais ajoutait quelques lignes plus bas : “L’insolente bonne santé du Comté tire largement la croissance des PPC (Pâtes pressées cuites)”. Voilà de quoi se réjouir pour notre filière ; mais il est d’abord nécessaire d’être lucide sur la réalité du marché : la baisse des ventes d’AOP se situe dans un contexte doublement dangereux, avec la baisse du pouvoir d’achat et la sortie échevelée des quotas laitiers. Le supplément d’excédent laitier alimente depuis quelques mois le développement des fromages d’imitation, qui copient plus ou moins franchement les AOP, et qui osent même se prétendre innovants et parfois exportateurs, pour habiller décemment des pratiques, certes légales, mais quand même parasites et de toute façon honteuses quand elles sont le fait de nos propres fabricants. Une prise de conscience de ce fléau est à opérer rapidement, à l’intérieur de nos filières mais aussi dans leur environnement... Les leçons de solidarité qui nous sont faites sont inadéquates car elles aboutissent au nivellement par le bas. En tout cas en ce qui nous concerne, nous tenterons la persuasion, et si c’est nécessaire nous combattrons âprement ces pratiques, le CIGC est là pour ça et c’est ce qu’attend notre filière.

La bonne santé du Comté est aussi une réalité. Mais le Comté n’est pas le seul dans ce cas. Le même numéro de RLF établit le hit-parade parmi les 46 AOP françaises fromagères de celles qui ont connu la plus forte progression des ventes. Parmi les 4 premières il y en a 3 régionales : Comté, Morbier, Mont d’Or. Plus de 9 000 tonnes de progression à elles 3 en 10 ans !

Nous n’en avions nous-mêmes pas conscience et il est important que nos lecteurs le sachent. Non pour plastronner, mais pour en mesurer toute la fragilité. Comme ce sont les mêmes opérateurs qui traitent des 3 AOP, le diagnostic s’impose : la bonne santé des produits est celle de notre collectivité, des producteurs de lait et des fromagers dans leur effort de discipline et de qualité, des entreprises d’affinage et de commercialisation dans leur même effort de qualité et de dynamisme commercial.
C’est le travail de fond qui paie, un travail titanesque lié à un profond respect du consommateur et à une mobilisation de toute la filière. Notre dernière commission économique a réuni 23 participants, des grands groupes aux plus petits fabricants, des partisans de la croissance à ceux de la décroissance. C’est l’approche rendue compatible et marquée du sceau du respect mutuel de toutes ces sensibilités a priori dissonantes qui fait le succès du Comté.
Comme l’annonce ce numéro des Nouvelles du Comté, nous sommes en train d’aborder le marché chinois, chacun mesure l’ampleur de la tâche qui nous attend. L’un des compromis négocié au sein de notre commission économique a été de proposer que les entreprises exportant sur le marché chinois bénéficient dans le cadre de notre plan de régulation de l'offre, des possibilités équivalentes de production supplémentaire.
Nous sommes animés d’une profonde détermination : lutter contre le parasitisme, et maintenir la valeur ajoutée du Comté qui lui permet chaque année l’accueil de nouveaux opérateurs et fait de notre région la championne de l’installation des jeunes agriculteurs. C’est le bon ordre de la solidarité : accueillir parce qu’en progression.

L’inverse n’est pas réaliste.

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