Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Eté 2011 : Produire plus pour gagner moins ?

La sortie des quotas est programmée pour 2015, mais, avec les actuelles attributions de quotas supplémentaires, les conséquences se font déjà sentir aujourd’hui dans nos filières AOP, et nous nous trouvons plus tôt que prévu dans l’obligation d’affronter les conséquences de cette libéralisation. Pourtant, le très net renforcement du cahier des charges, inscrit dans le décret du Comté du 11mai 2007, avec notamment un encadrement quantitatif et qualitatif des intrants (fertilisants et aliments), et une limitation de la productivité laitière, a constitué une première anticipation nous permettant d’ancrer le Comté dans ses valeurs et d’éviter tout dérapage productiviste.

Le plan de campagne du Comté, qui nous permet d’encadrer la croissance, constitue un deuxième garde-fou. Par expérience l’on sait qu’il peut juguler les crises, mais l’on sait aussi qu’il ne peut pas empêcher la régression des prix, si l’offre est en décalage trop marqué avec la demande.
Il faut clairement affirmer que, sans autodiscipline de la part des producteurs, ces deux dispositifs n’empêcheront pas à eux seuls, une baisse de la valeur ajoutée dégagée par notre filière. Chaque producteur doit limiter sa production et accepter de coller aux réalités technico-économiques.

Ainsi, en ce qui concerne la sécheresse, ceux qui perdront le plus d’argent sont ceux qui refuseront d’éliminer les quelques vaches en trop dans leur troupeau et qui voudront acheter « à n’importe quel prix » les aliments nécessaires pour traire tout leur quota laitier.

Pour la sortie des quotas laitiers, perdront du revenu ceux qui veulent traire trop de lait. Il est plus rentable de privilégier le qualitatif sur le quantitatif. L’augmentation de production laitière se fera en effet au détriment des pratiques qualitatives de l’éleveur, soit par un excès d’effectif de vaches, source prouvée de diminution des performances du troupeau, soit par une augmentation des quantités d’aliments complémentaires achetés. Double peine: la fromagerie qui collectera plus de lait qu’elle ne peut valoriser en AOP, le vendra inévitablement à un prix plus faible qui diminuera soit directement soit indirectement le prix payé au producteur de lait.

Mais pour les quotas la facture de ce dysfonctionnement sera encore plus lourde, car est en jeu toute la crédibilité de notre AOP. Le Comté a atteint son niveau de prix actuel parce qu’il bénéficie de la confiance du consommateur, et répond aux attentes de la société. Vouloir plus de quantité sans coller au marché et sans tenir compte des attentes du consommateur se fera au détriment du prix payé au producteur, et dans des proportions tellement importantes que l’on ne pourra que regretter un immense gâchis.

Je puis témoigner qu’au CIGC, en phase avec les attentes sociétales et les contraintes du marché, nous oeuvrerons pour que se poursuive l’organisation originale de notre filière, qui a toujours jusqu’à présent résisté aux mirages du « toujours plus », et considéré que la vraie modernité se situait moins dans la cylindrée des tracteurs ou le nombre de postes de la salle de traite que dans l’écoute respectueuse de son environnement, du terroir aux attentes du marché.

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