Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Hiver 2011 : La filière Comté et M. Jourdain

La protection de l’environnement est une cause mondiale et il est bien normal que nos filières d’élevage traditionnelles soient sollicitées. Il faut admettre qu’elles ne le sont pas dans des termes adaptés à la réalité : le logo “HVE” (Haute Valeur Environnementale), le logo HVN (la Haute Valeur Naturelle), l’étiquetage environnemental... Toutes ces initiatives sont de la technocratie au service des puissants. Il n’y a qu’à lire le rapport de la FAO qui, rapportant la production des équivalents CO2 aux quantités produites, conclut que la famélique vache indienne qui produit à peine plus de 1 000 litres de lait par an est 3 à 4 fois plus polluante que la vache américaine à 10 000 litres par an nourrie intensivement en hors-sol à partir de céréales et de soja. Et les bilans carbone actuels, établis dans nos exploitations, ne font pas le distinguo entre le soja produit aux USA et celui produit en Bourgogne !

Nous rions jaune, car nous avons l’intime conviction que depuis des décennies notre cahier des charges et nos pratiques nous font faire de la protection environnementale sans le savoir. Il suffit de contempler nos paysages et de nous ressourcer dans nos prairies pour comprendre notre contribution à l’environnement.

Pour autant nous ne pouvons ignorer ce débat et quoi qu’il en soit des injustices faites à nos filières traditionnelles, nous devons non seulement nous défendre, mais aussi participer à l’élan général de préservation de l’environnement. Le fait de savoir que les dés sont en partie pipés ne nous exonère pas de notre responsabilité.

Ainsi même si la Franche Comté est la région où l’épandage d’azote minéral est en moyenne le plus faible (30 Unités d’azote par ha/an), nos marges d’amélioration sont encore grandes. Nous pouvons privilégier l’azote organique fixé durablement dans le complexe argilo humique dont le risque de déperdition dans la nappe est réduit. Par ailleurs, même si le cahier des charges de nos AOC régionales plafonne la quantité d’aliments complémentaires à 1 800 kg/vache et par an, nous avons encore de bonnes marges de réduction de ces aliments grâce à une bonne gestion de nos systèmes herbagers. Nous devons réaliser des bilans carbone et cibler les points de réduction possible de l’émission des gaz à effet de serre, etc.

Certes nos marges de progrès sont peut-être plus faibles que dans le cas des systèmes intensifs, certes nous voyons avec inquiétude les pollueurs d’hier faire de la réduction de leur pollution des arguments marketing, mais il est quand même de notre devoir impérieux de réduire les intrants. Car la logique du Comté c’est celle du long terme, et la préservation de l’environnement est naturellement au coeur de notre logique de transmission patrimoniale.

La filière Comté s’est engagée dans une série d’actions visant à la réduction et des intrants et des déchets. C’est la manière la plus pérenne de considérer notre métier et de répondre aux attaques ponctuelles dont nous sommes l’objet. Nous les trouvons sur le moment injustes car nous avons envie de dire à ceux qui s’en prennent au Comté que s’ils parviennent à nous décrédibiliser ils feront le lit des produits concurrents bien moins respectueux de l’environnement. Nous devons être déterminés au progrès environnemental, considérant que notre patrimoine, c'est non seulement le Comté mais aussi la nature qui le produit.

Et cela nous autorise à espérer des écologistes la même solidarité : Comté et qualité environnementale du massif du Jura sont les éléments d'un même patrimoine collectif et peuvent constituer solidairement notre cause commune.

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