Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Printemps 2012 : Capital prairies

L'arrivée du printemps et le plaisir des beaux jours s'accompagnent pour nous, agriculteurs d'une satisfaction naturelle, celle du réveil de nos prairies. En peu de temps, la pousse de l'herbe s'accélère, la floraison explose, et vient le temps de la fenaison, qui mobilise toute notre inquiétude car nous savons le caractère primordial, pour la qualité du Comté et l'équilibre des comptes de nos exploitations, d'un stock de fourrage satisfaisant en qualité et en quantité.

Ce n'est pas par hasard que ce que nos prairies fournissent aux vaches laitières soit nommé la "ration de base". Nous sommes non seulement éleveurs de Montbéliarde ou de Simmental, notre métier, c'est aussi d'être éleveurs d'herbe. Dans cette herbe réside tout un potentiel nutritionnel en énergie et en protéines. L'étude de la comptabilité de nos exploitations démontre facilement que leur rentabilité est prioritairement liée à une bonne valorisation de l'herbe. C'est donc notre premier devoir.

Mais la gestion de cette prairie doit elle-même se garder des excès de l'intensification. Car de la même façon que le cep de vigne lie les vins AOC à leur cru, la prairie est notre lien au terroir. Et comme dans le secteur viticole, il doit être préservé et renforcé : ni prairies à l'abandon, ni prairies trop intensifiées ; l'authenticité de notre lien au terroir réside dans l'équilibre, qui permet l'expression de la diversité, et est à la source de la richesse organoleptique du produit. Le foisonnement des couleurs de la flore printanière en constitue une expression symbolique.

Le respect de l'authenticité du lien que le Comté entretient avec son terroir est un des ingrédients de son succès. Nous devons, par nos pratiques, en tenir compte et nous attacher à produire mieux, avant de produire plus, tout en contribuant au respect de l'environnement. Alors que la sortie des quotas constitue une tentation bien compréhensible d'augmentation de la production laitière, nos techniciens d'élevage viennent opportunément nous rappeler que 70% des exploitations présentent un système fourrager non sécurisé, à la merci donc du moindre accident climatique. Dans ce contexte, il sera beaucoup plus rentable de modérer sa production laitière et d'améliorer la sécurité du système fourrager. D'ailleurs, de nombreux producteurs peuvent déjà témoigner qu'une prairie permanente bien gérée, grâce à sa multitude d'espèces botaniques différentes, a une capacité de résistance et d'adaptation aux errements climatiques bien supérieure aux prairies dont l'intensification a réduit le spectre floristique.

Le Comté est une AOP qui réussit, l'augmentation des ventes de 2,3 % en 2011 le confirme, avec des prix qui progressent également régulièrement. Nous y voyons une confirmation de la pertinence des choix de rigueur que nous faisons dans notre cahier des charges. Avec la préférence donnée au qualitatif par rapport au quantitatif, avec le réseau de fruitières et de maisons d'affinage qui maillent notre terroir, avec la passion qui nous mène tous dans l'exercice de notre métier, la prairie permanente fait partie du capital qui ensemence la réussite du Comté. Il est important que nous ayons à coeur d'en préserver l'intégrité.

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