Les éditoriaux#de Claude Vermot-Desroches

Automne 2017 : Bâtisseurs de paysages

Durant cet été, j'ai beaucoup dialogué avec les éleveurs de notre massif et je les ai sentis humiliés, dépités, révoltés. L’impression d'être en permanence épiés, contrôlés. Ce qui a mis les feux aux poudres, c'est une vidéo sur YouTube qui, d'une façon maladroite, vantait les mérites d'une marque de tracteurs entrainant un casse-cailloux. Rapidement, certaines presses avides de succès ont enflammé le microcosme jurassien clouant le Comté au pilori, en tant que responsable de tous les malheurs. Les scientifiques se sont alors sentis obligés d'en remettre une couche.

Personne aujourd'hui ne remet en cause le travail de défrichage que les moines ont opéré il y a bientôt 10 siècles. Il n'y avait pas de présence humaine sur notre massif. Plus près de nous, l'épierrage avec construction de murets est l'oeuvre de paysans qui voulaient exploiter des prairies. Ont-ils été condamnés pour autant en ces temps-là ?

Aujourd'hui la diminution des prairies continue au profit de l'urbanisation à une vitesse jamais atteinte, les forêts et la friche gagnent aussi des centaines d'hectares par an. Les agriculteurs souhaitent avoir des conditions de travail meilleures.
Notre limitation individuelle de la productivité laitière, décidée suite à la conférence de la Loue, ne nous permet pas de compenser ces pertes qui équivalent en cumul à 800 hectares par an soit 240 tonnes potentielles de Comté (pour une valeur monétaire de l'ordre de 1,8 million d'euros). Nous nous sentons trahis. Ainsi, j'invite tout le monde à prendre un peu de hauteur, d'objectivité, de réalisme et de faire aussi un peu confiance aux paysans qui fabriquent à eux seuls les paysages.

Bien sûr, beaucoup d'amélioration des pratiques agricoles doivent encore s'opérer afin de parfaire le respect de cette nature que les agriculteurs aiment plus que tout. Nous devons relever le défi de l'environnement et de la biodiversité. Ne nous attendez pas au carrefour de la polémique médiatique, mais bien là où nous vivons et travaillons chaque jour : sur nos paysages jurassiens.

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