Les dividendes d’une réussite sont éphémères. De plus, nous avons tous en mémoire de beaux succès, qui se sont étiolés avec le temps. Pas très optimiste, me direz-vous, pour commencer un édito et quel lien avec le Comté ?
Fréquemment et peut-être de façon croissante, les débats dans notre filière sont alimentés de paradoxes. Est-il vraiment nécessaire de s’imposer un cahier des charges et des contrôles d’un tel niveau d’exigences, eu égard à la confiance que nous accordent déjà les consommateurs ? Avec des ventes au rendez-vous, des règles de régulation de l’offre aussi fermes sont-elles justifiées ? Notre marque reconnue « Comté AOP » a-t-elle besoin de tels investissements en communication ? L’exhaustivité dans nos indicateurs de conjoncture est-elle capitale ? De la famille des pâtes pressées cuites, est-il indispensable que le Comté se mobilise à ce point sur l’avenir du lait cru ?
Plus encore en périodes imprévisibles, déjouer les crises (de consommation, d’image, sanitaire, environnementale, économique, sociale), c’est anticiper autant que possible pour les éviter !
Dans notre modèle, collectif par essence, notre pouvoir d’anticipation et d’action est d’abord lié à l’engagement de ses membres dans les instances où ont lieu les débats, où se construisent les consensus et où se prennent les décisions. C’est sans aucun doute notre plus grande force, mais cela peut aussi être une réelle fragilité, si nous n’y prenons pas garde.
Se fixer des règles donne un cadre protecteur, un cap sur le temps long. Oui, les règles contraignent, obligent. Les exemples où elles ne sont plus acceptées ne manquent pas ; les répercussions sont peu enviables. Alors, même si nous bénéficions d’une inertie culturelle, nommer cette menace, c’est anticiper pour la déjouer. C’est sans doute au prix de ces questionnements perpétuels,qui font notre particularisme et la qualité de notre produit, que le Comté a encore été récemment placé, par nos amis crémiers et par les consommateurs, sur le podium des fromages préférés et incontournables. La preuve que les exigences collectives sont récompensées.
Merci à eux, merci à vous.
« Déjouons les crises »