Les frères Gürtner#à l'école du Comté

(publié le 01 août 2013)

Dessin © CIGC / S. Rubini.
"Dans cette chaîne de la transmission de la culture Comté qui relie les hommes de métiers différents entre eux, nous remercions tout particulièrement nos anciens élèves et les maîtres de stage, d'apprentissage, agriculteurs et fromagers... Sans oublier les présidents successifs du CIGC qui sont venus échanger avec les jeunes, leur expliquer la valeur ajoutée apportée par le cahier des charges du Comté et ses évolutions." Photo © CIGC / T. Petit

"Le Comté est l'essence même de notre enseignement." Michel et Jean-Pierre Gürtner ont su tirer les leçons d'une filière AOP qui fut le berceau de leur famille.

On les retrouve dans le petit magasin de la fromagerie de Levier, qui donne sur la place de la mairie. Car c'est là que tout a commencé. D'origine suisse, le grand-père puis le père ont été fromagers en ces lieux. Une dynastie de fromagers dont l'histoire s'entremêle avec celle des origines du vachelin, devenu Gruyère puis Comté.

Le grand-père est arrivé en 1908 car il y avait du chômage en Suisse. À la fin de la guerre 14-18, ce sont les fromagers suisses qui sont venus suppléer aux manques de bras. Mais ils sont aussi arrivés avec leur mentalité et ont su moderniser la production. Malgré un profond attachement pour le métier de fromager, Michel et Jean-Pierre ont choisi, eux, la voie de l'enseignement, toujours en lien avec le lait et les fromages. Une partition qui se joue à 4 mains, chacun avec sa sensibilité propre.

Mordu de photographie

Jean-Pierre est enseignant en biologie et socioculturel au Lycée Agricole de Levier. Un métier qui le maintient au plus près des jeunes et des changements de génération, auxquels il s'adapte. Les jeunes d'aujourd'hui ne jurent que par l'image ? Il leur donne de l'image ! Pour faire comprendre le socle de l'organisation collective du Comté, il ressort sa collection de cartes postales anciennes de fromageries et les affiches publicitaires du Comté. "À travers ces documents, on entame la discussion sur les fruitières, les caves d'affinage, l'aspect social du métier, ce qui a changé ou pas..."

Mordu de photographie (il possède une incroyable photothèque sur les paysages franc-comtois), Jean-Pierre a aidé ses élèves à réaliser un livre où ils étaient pris en photo dans les prés ou à côté de leurs vaches. Un beau cadeau pour ces jeunes, dont beaucoup se destinaient à être agriculteurs, et qui ont compris '"qu'en descendant du tracteur (leur passion, il faut l'avouer, avec les vaches), l'agriculteur paraît plus accessible et prend conscience de l’environnement." C'est aussi l'occasion de faire un zoom sur les paysages façonnés par les AOP fromagères de la région et sur la culture de l'herbe, essentielle au Comté. On peut faire passer beaucoup de choses par l'image... En parallèle, Jean-Pierre est également conseiller général du canton de Levier.

Marquer son temps

Michel, lui, a été responsable de la halle technologie laitière et agroalimentaire de l'ENIL de Mamirolle pendant 20 ans et il enseigne encore l'économie et l'informatique. Sa passion pour le métier de fromager, il a su la transmettre. Avec le souci d'aider les jeunes à trouver leur voie. "Jean-Pierre m'envoyait des élèves en stage, pour qu'ils se familiarisent un peu avec la fabrication, la bactériologie. On leur parlait propreté des fermes, qualité du lait... Certains sont devenus fromagers !"
Michel insiste sur "la responsabilité, l'engagement, particulièrement dans le fonctionnement des coopératives, l'envie de bouger, ne pas être attentiste." Pour que ces jeunes développent "une ambition collective positive", qu'ils "marquent leur temps". Une maxime que les frères Gürtner se sont appliqués à eux-mêmes en s'investissant dans l'animation du village et du canton.

Conviction

Les frères Gürtner partagent une conviction : le Comté est un patrimoine, mais par contre "facile à casser", si l'on n'y prend pas garde ! "On a commencé d'enseigner avec l'instauration des quotas laitiers et quand on sera parti en retraite, ils auront disparu ! On essaie, à notre niveau, d'y préparer les jeunes, pour qu'ils ne partent pas plein pot dans la production et ne bradent pas cette richesse commune", ajoute Michel. Ce qui lui fait le plus chaud au coeur, après 38 ans de carrière, c'est d'être accueilli, au petit matin dans une fromagerie, par un ancien élève qui lui propose de faire le décaillage. Un vrai gage de confiance !