Manifeste pour le respect des valeurs du Comté (7 mars 2016)

Mobilisation intersyndicale contre le robot de traite en Filière Comté en soutien à la Coopérative Fruitière de Pierrefontaine-les-Varans, 7 mars 2016 à Vercel (Doubs)

(publié le 07 mars 2016)

Photo © CIGC / T. Petit.
Les 1500 t-shirts produits pour l'occasion ont tous été vendus au profit de la coopérative de Pierrefontaine pour financer les actions de justice. Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.

Les quatre syndicats agricoles (Confédération Paysanne, FDSEA, JA et Coordination Rurale du Doubs, du Jura et de l'Ain) et le CIGC ont appelé ce lundi 7 mars à un rassemblement pour soutenir les valeurs du Comté et dire non au robot de traite.

Cette mobilisation solidaire historique de la Filière a réuni plusieurs centaines de personnes dans la petite salle des Fêtes de Vercel-Villedieu-le-Camp (Doubs), et plus de 1000 signatures ont été recueillies au bas du manifeste suivant :

Dans un monde laitier en crise, le Comté apparait comme une triple réussite :

Economique, avec un niveau de prix qui permet de rémunérer tous les acteurs de la filière et d’investir afin de pérenniser les outils de production.

Sociale, avec un maintien de l’emploi en milieu rural et une dynamique remarquable des installations.

Environnementale, avec une agriculture à caractère extensif préservant la biodiversité.

Ce triple succès a été rendu possible par l’application d’un cahier des charges strict, lequel à la fois :

• Traduit les valeurs ancestrales de la filière que sont la solidarité, la responsabilité et l’exigence qui en font sa richesse et doivent nous engager à l’humilité.

• Garantit au consommateur la promesse de la naturalité d’un produit artisanal à préserver, riche en goûts, fruit des savoir-faire des hommes et des femmes de la filière.

Son contrôle régulier par un organisme certificateur est gage de sérieux.

Pérenniser le succès du Comté passe par le respect du cahier des charges véritable clé de voute de notre filière.

C’est pourquoi, nous, agriculteurs :

• refusons tout ce qui vient de mettre à mal cet édifice. Nous sommes sans cesse volontaires pour engager des recherches ou améliorer notre produit et moderniser des phases de son élaboration.
• refusons d’utiliser des systèmes de production qui remettent en cause les valeurs fondamentales de notre AOP au premier rang desquels figure le savoir-faire.
sommes résolus à endiguer toute atteinte à l’édifice construit par nos aïeux, véritable poumon économique et social du Massif Jurassien.

Ainsi, en qualité de producteurs, nous approuvons sans aucune réserve et soutenons avec force la résolution du CIGC prise à l’unanimité de ses membres le 27 novembre 2015, qui confirme explicitement l’interdiction du robot de traite.

Nous voulons aussi par la signature de ce manifeste, apporter notre soutien plein et entier à la coopérative de Pierrefontaine-les-Varans qui est mise en grave difficulté en raison d’une décision de justice à laquelle collectivement par la voix du CIGC, nous nous opposons.

Le combat continue !

Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.

Discours de Claude Vermot-Desroches, Président du CIGC

Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.
Photo © CIGC / T. Petit.

• Téléchargeable ici au format PDF.

Chers producteurs, chers fromagers, chers affineurs, chers amis,

Merci pour votre présence ici ce matin.

Mes remerciements s’adressent aux producteurs qui, dans un élan de solidarité, ont absolument tenu à organiser ce soutien à la coopérative Fruitière de Pierrefontaine-les-Varans dans ses moments si difficiles pour ses adhérents, son conseil d’administration et surtout son Président.

Ce rassemblement n’est pas celui de quelques paysans complètement à côté de la plaque et délibérément réactionnaires !

Non, ce n’est pas cela !

C’est la rencontre des acteurs de la filière Comté qui veulent que les valeurs de solidarité, de persévérance, d’exigence, de vision à long terme, prennent le dessus sur une fâcheuse tendance à suivre aveuglément ce que le soit disant modernisme nous propose de consommer.

J’oserais même dire que ce rassemblement n’a pas grand-chose à voir avec la famille Jeanningros qui assignent en justice la coop de Pierrefontaine et le CIGC. Non. Ce rassemblement, c’est celui d’une communauté regardée par tout le Massif du Jura, par toute la France, mais aussi par quelques un au niveau Européen et mondial.

Oui, notre filière est observée par tous, au regard de sa réussite, de son sérieux, de sa solidarité et bien sûr avant toute chose de son produit exceptionnel qu’est le Comté.

Je voudrais au préalable rappeler ma pleine solidarité aux producteurs de lait qui ne sont pas en AOP. Ils vivent des moments terribles. Certains espéraient que l’arrêt des quotas laitiers et la croissance de la consommation mondiale allaient leur offrir un avenir radieux. Ils ont investi en conséquence, monté des projets de développement. Que de désillusions ! Aujourd’hui tout est laminé.

Je voudrais aussi témoigner devant vous. Hélas, le bénéfice de mon âge me permet sans prétention de vous mettre en garde. Il n’y a pas si longtemps que le Comté permet une économie florissante. Pour ma part, je ne l’ai observé sur ma propre exploitation que depuis 1998. Cela signifie que tous les jeunes agricultrices et agriculteurs de moins de 42 ans n’ont jamais connu la crise. Quand on sait que 42 ans est la moyenne d’âge de la filière Comté, cela donne des frissons ! Plus de 50% des agriculteurs dans de l’AOP risquent de ne pas avoir les bons réflexes devant le premier problème économique.

La réussite de la filière est issue de nombreux facteurs :

• La qualité de son fromage grâce au travail :
- bien sûr des éleveurs présents auprès de leurs vaches et attentifs à la conduite de leur troupeau,
- des fromagers de plus en plus formés et compétents,
- des affineurs qui ont su au fil des années, avec le concours de formidables collaborateurs, le concours précieux du CTFC gagner pied à pied les lettres de la noblesse « qualité »

• Un travail acharné pour développer des marchés durables et rémunérateurs, bien au-delà de nos frontières Françaises ou Européennes

• D’importants efforts de communication pour faire connaitre le Comté, fidéliser les clients et se démarquer

• Un esprit de partage de la valeur ajoutée sans cesse menacé

• Un plan de maitrise de l’offre qui évite des à-coups de production, si douloureux dans les années 80.

• Des travaux de recherche sur tous les enjeux sanitaires, techniques, économiques et sociaux

• Et enfin le positionnement du Comté haut de gamme et populaire à la fois.

Ceci n’est pas un dû !

C’est la reconnaissance par les consommateurs des engagements des producteurs dans le sérieux d’un cahier des charges que j’appelle cahier des chances !

Celui-ci répond à des demandes sociétales. Le Comté, ce n’est pas une production de lait que les entreprises doivent ramasser et payer à un prix minimum pour le transformer avec un process automatisé.

Non, c’est la juste récompense d’une promesse.

Et cette promesse, c’est :

Un gout inimitable, cette photo du massif Jurassien ou des Montbéliardes broutent ces vertes prairies, ce modèle artisanal ou producteurs, fromagers, affineurs parlent qualité, gouts, partage. C’est tout cela que les consommateurs achètent.

Ce modèle qui respecte l’environnement, qui maintien des usages locaux, loyaux et constants et qui est à la pointe de la modernité, c’est tout simplement ce que nos grands penseurs appellent le développement durable.

La filière Comté doit sa réussite à son organisation et sa gestion collective. Elle doit continuer à le faire.

Si chacun vient y réaliser son marché, si chacun décide ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu’il veut, alors c’est le chaos assuré !

Le Comté, c’est un tout et votre rassemblement, notre rassemblement, c’est celui d’une communauté cohérente autour du Comté. Nous avons devant nous des défis tellement importants que l’affaire du robot apparaît comme anecdotique.

De plus en plus populaire, le Comté va subir encore plus d’assauts à travers des copies, des attaques sur le lait cru, des attaques sur les graisses d’origine animale, le bien être animal, la pollution.

Nous devrons anticiper et répondre à tous les enjeux et obstacles se présentant. Nous devrons innover, étudier et anticiper toutes les évolutions. Mais jamais, jamais le Comté ne se fera imposé une technique si celle-ci va à l’encontre de nos valeurs, si celle-ci va à l’encontre des intérêts collectifs de notre filière !

Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour écrivait Confucius. Pour pérenniser notre économie et notre réussite, nous sommes condamnés à opérer des choix : celui de la forte l’augmentation des volumes ou celui du renforcement de la valeur ajoutée.  Mais attention ! Nous ne gagnerons pas sur les deux tableaux.

Des entreprises autour de nous s’intéressent à la production de fromages à pâtes pressées cuites, car il est tentant de proposer des fromages sans doute moins bons, mais à 4 ou 5 € moins cher. Des jours difficiles se préparent. Je rappelle pour ceux qui l’oublieraient que nous sommes dans une économie libérale. Nous devons donc nous démarquer, afficher nos différences, occuper une place de choix auprès des consommateurs pour qu’ils exigent l’original à la copie !

Les demandes et exigences en matière sanitaire, la non utilisation d’antibiotiques ou de pesticides seront de plus en plus fortes. Nous devons aussi répondre à ces enjeux. Nous devons anticiper et non subir. Nous devons sans cesse améliorer nos pratiques d’élevage. C’est un impératif !

Mais notre futur, c’est à nous tous de le bâtir ! C’est vous qui devez tracer l’avenir du Comté ! Arrêtons de subir !

Votre présence aujourd’hui exprime pleinement cette volonté. mais celle-ci est bafouée et ce n’est pas tolérable. Je mets aussi en garde les jeunes et même les moins jeunes qui pensent : le robot pourquoi pas ?

Si le CIGC l’a interdit, il a de vraies raisons, des raisons aussi bien techniques que liées à nos valeurs attachées au modèle que nous défendons qui font vivre le massif jurassien ! Pour nous, c’est bien la place de l’Homme et les savoir-faire qui priment !

Arrêtons de traiter le lait cru comme quelque chose de banal ! La traite au lait cru, est un geste technique qui demande de vraies compétences !

Arrêtons de penser que la façon de produire le lait est la même qu’ailleurs ! En effet, si tel était le cas, cela reviendrait à exprimer l’idée selon laquelle le Comté serait une imposture et qu’il peut se produire dans n’importe quel endroit du monde. Or c’est tout le contraire !

Je vous rappelle qu’une AOP est une exception, une tolérance reconnue mais pas un droit que toute personne ne peut piller.

J’en appelle aussi à tous, à respecter l’AOP car j’observe tout de même quelques dérives en matière de productivité, intrant, affouragement en vert ou que sais-je... Je vous le rappelle, le Comté ce n’est pas le supermarché dans lequel on prend que ce qui nous intéresse ! C’est cela le prix de la réussite !

Pour terminer, permettez-moi d’avoir une pensée pour la famille Jeanningros, qui s’est enfermée dans une attitude suicidaire, aidée en cela par des avocats qui voient un marché juteux dans l’attaque de nos règles communes et par des installateurs de matériel peu scrupuleux ! Je vous demande de surtout de ne pas les agresser mais plutôt, pour ceux qui en ont l’occasion, de leur dire qu’ils se trompent et qu’il n’est jamais trop tard pour reconnaitre ses erreurs et retrouver la grande famille du Comté.

Merci à vous toutes et tous.

Je compte beaucoup sur vos engagements, dans vos élevages, vos fruitières vos caves pour continuer à défendre le poumon de l’économie jurassienne !

Longue vie au Comté !