Le paysage nous en dit long... (mai 2016)

Lecture de paysage à Arinthod : l’illustration des vertus des pratiques extensives en Petite Montagne

(publié le 31 mai 2016)

Photo © CIGC/Petit)

• Par Pascal Bérion
Maître de conférences en Aménagement de l’espace et urbanisme
Université de Franche-Comté / Laboratoire ThéMA UMR CNRS 6049

La fruitière d’Arinthod se trouve dans le sud du département du Jura. Son aire géographique s’inscrit dans la bordure occidentale du massif dit de la Petite Montagne.
Le terroir de la fruitière d’Arinthod correspond au plateau de la Valouse qui forme une vaste mais étroite zone légèrement ondulée, s’étirant sur une quinzaine de kilomètres du nord vers le sud pour cinq kilomètres environ d’est en ouest. Les altitudes moyennes sont comprises entre 400 et 450 m. Il est délimité à l’est par les sommets du chaînon montagneuxdits du faisceau d’Orgelet (qui culminent entre 750 et 840 mètres d’altitude) et à l’ouest par ceux des plis du faisceau dit externe dont les altitudes sont comprises entre 650 et 700 m.

Haute valeur écologique

La Valouse est l’élément hydrographique qui structure cet ensemble. Elle incise le plateau pour rejoindre sa confluence avec l’Ain et se dégage une vallée étroite mais de plus en plus encaissée en direction du sud. Son cours est progressivement renforcé par les apports de ruisseaux et petites rivières qui se sont dégagés des vallons perpendiculaires à l’axe de la Valouse (le Valouzon, le Valzin, la Valcombe, la Balme, le Dard ...).
Ils sont principalement localisés au nord d’Arinthod et participent activement au modelage topographique. En direction du sud, les cours d’eau de surface sont plus rares, ils sont souvent intermittents et traduisent le fait que les eaux s’infiltrent dans l’épaisseur du plateau et produisent des formes discrètes d’érosion karstique. Ce terroir possède une haute valeur écologique et appartient au réseau Natura 2000. Il a été récemment marqué par une déprise des terres situées sur des pentes ou des sols peu favorables à l’activité agricole. Ce phénomène semble enrayé, et n’a concerné cette entité que sur ses bordures. Le plateau de la Valouse est situé en retrait des principaux axes de circulation qui traversent le Massif du Jura. La vie économique s’organise autour du bourg d’Arinthod (environ 1 200 habitants) et de l’usine Smoby.

Les villages qui l’environnent sont peu peuplés (moins de 100 habitants en général) et se composent d’unités agglomérées de quelques dizaines de maisons. Certains, comme Lavans-sur-Valouse ou Arinthod disposent d’un ou plusieurs hameaux clairement dissociés du centre du village (Anchay, Néglia, Vogna…). Quelques formes d’habitats dispersés sont observables, principalement des constructions installées en bordure des cours d’eaux, dans les vallons et la vallée de la Valouse dont les eaux servaient à animer moulins, scieries et tourneries. L’habitat rural traditionnel est composé de fermes de polyculture dite « fermes blocs à trois travées de volumes simples ». Ce type d’habitat se compose de trois espaces fonctionnels, le logis, la grange et l’étable. Les dimensions modestes traduisent le fait qu’autrefois les fermes étaient nombreuses et petites. Au sein du terroir de la fruitière d’Arinthod, deux particularités sont à signaler dans l’agencement de ce type d’habitat agricole.

La première est que ces fermes sont très souvent mitoyennes et forment en quelque sorte une rangée, une rue, donnant sur la route principale qui dessert le village. La seconde est que s’observent encore quelques couvertures en tuiles canal, dominantes autrefois, qui traduisent l’appartenance de ce secteur à la zone culturelle matérialisée par les dialectes « franco provençaux ».

Production de céréales autoconsommées

L'occupation du sol du plateau de la Valouse est fortement marquée par les composantes agricoles du paysage. Il s’agit d’un finage d’openfield (de champs ouverts). La consultation d’anciennes photographies aériennes montre une organisation en petites parcelles aujourd’hui restructurées et regroupées sous l’effet des remembrements et de l’agrandissement des exploitations agricoles. Des haies et des bosquets proposent des ruptures dans le paysage. Leur densité est fonction des types de sols qui les supportent. L’épierrement des parcelles a structuré les réseaux de haies qui se sont patiemment construits au gré de l’histoire et de l’occupation par l’homme de ce finage. Les conditions pédoclimatiques sont favorables à la mise en place d’un système de polyculture élevage qui permet à une vingtaine de fermes de produire du lait servant à la fabrication du Comté. Les prairies dominent mais la présence de cultures destinées à la production de céréales autoconsommées par les troupeaux est manifeste.

Cette possibilité assure une grande autonomie aux producteurs de la fruitière. Il apparaît que ce terroir est avant tout occupé et valorisé par des exploitations laitières extensives. En moyenne, les producteurs produisent près de 2 000 litres de lait par hectare. Les faibles densités agricoles ont permis un agrandissement des fermes sans subir une excessive pression foncière. L’intensification des pratiques n’a pas été nécessaire et cela participe d’une relation vertueuse entre l’agriculture et les composantes naturelles de ce terroir. Le partage de la valeur ajoutée apportée par la fabrication du Comté est sans aucun doute la clé de voûte du système économique, social et environnemental de la fruitière d’Arinthod.

Un territoire qui possède, avec l’entreprise MATEC, l’un des deux ateliers français où est fabriquée la fameuse « plaque verte », cette plaque d’identification en caséine que porte obligatoirement chaque Comté, ainsi que de nombreux autres fromages d’appellation dans le monde entier...