Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Automne 2006 : Malgré la sécheresse, le Comté privilégie la qualité

En dépit de quelques demandes pressantes faites au CIGC, l’ensilage et l’enrubannage resteront interdits, aux vaches laitières et aux génisses.

Les agriculteurs sont souvent confrontés à des situations de crise, climatiques ou parfois sanitaires comme récemment la grippe aviaire. On sait le poids d’angoisses que supportent ceux qui en sont victimes : récoltes impossibles, ventes interrompues, ont des conséquences désastreuses et durables sur des exploitations dont la survie peut être remise en cause. Dans le cas d’une AOC, les conséquences peuvent être plus lourdes encore, car peut être en jeu l’image de l’AOC. On l’a bien vu récemment avec la grippe aviaire, la production du Poulet de Bresse AOC se voyait quasi remise en cause dans son identité même, puisqu’interdite « d’élevage en plein air ». Et il fallut qu’heureusement l’INAO admette à l’époque des systèmes dérogatoires, bien acceptés par tous, y compris par les consommateurs.

La sécheresse de l’année 2003 est dans de nombreuses mémoires car elle a touché de larges pans de l’agriculture française, pénalisant la récolte de nombreuses productions végétales. La zone Comté ne fut pas épargnée puisque la récolte fourragère fut en large partie anéantie. L’interprofession du Comté s’est alors efforcée de trouver des compromis, en donnant aux agriculteurs la souplesse nécessaire au maintien de l’outil de production, tout en apportant la garantie au consommateur d’une préservation de l’identité même du produit. La clef de voûte du compromis fut : des souplesses données pour l’alimentation des animaux non en lactation, et aucune dérogation pour les vaches laitières.

Le CIGC a abordé les problèmes de 2006 dans le même esprit, mais de manière différente puisqu’après un mois de juillet éprouvant, la repousse de l’herbe fut permise par les pluies des mois d’août, et sa récolte par l’ensoleillement de septembre. De plus l’expérience de 2003 a milité pour une certaine prudence : le constat alors de quelques fermentations butyriques inopportunes a laissé penser que certains ont utilisé pour les vaches laitières l’ensilage qui n’avait été pourtant autorisé que pour les génisses. Par ailleurs, l’augmentation de la distribution d’aliment complémentaire au cours de l’hiver 2003-2004 a eu pour effet de coûter cher aux producteurs, de diminuer la qualité des fromages et de contribuer ensuite à l’excès de stocks constaté au cours de l’hiver 2004-2005.

Il était donc normal que les mesures dérogatoires soient d’une moindre ampleur. Toujours en n’admettant aucune dérogation pour les vaches laitières, la souplesse sera limitée à l’alimentation des génisses, avec la possibilité d’utiliser de la mélasse sur la paille. Rappelons que l’ensilage et l’enrubannage pour les génisses resteront interdits pour tous les animaux du troupeau laitiers (génisses comprises).

Le CIGC comprend qu’une telle rigueur crée quelques mécontentements, mais la très large majorité de la filière partage cette certitude que la confiance du consommateur, liée à une amélioration constante de la qualité et au respect de l’identité terroir du Comté, constitue l’élément constitutif de son avenir. Dans ce domaine de l’AOC comme dans beaucoup d’autres, ce qui est décisif est cette primauté du long terme sur le court terme.

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