Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Automne 2008 : Le Comté, crise ou réussite ?

La filière Comté vient de connaître de fortes tensions. Les données du problème sont connues. Les producteurs de lait subissent une augmentation considérable des prix des charges, que le Comté, malgré une réussite exceptionnelle depuis 20 ans et reconnue par tous, ne suffit pas à compenser. Il s’en suit que de nombreuses exploitations sont mises en difficulté. La colère d’un certain nombre de producteurs s’est récemment tournée contre le CIGC, avec la perturbation de la Grande Coulée à Champagnole, le 17 juillet, puis l’envahissement des locaux du CIGC, le 3 septembre.

La colère est compréhensible, même si elle est injustement dirigée contre le Comté, faute de pouvoir se tourner contre des mécanismes anonymes à l’origine de ces augmentations de prix et contre une société française qui ne veut pas payer à son prix une alimentation de qualité, ignorant les angoisses des exploitations familiales et des responsables de PME qui se battent pour survivre. L’idéal serait aussi que cette période de crise amène à la réflexion les agriculteurs eux-mêmes : un travail doit être poursuivi pour améliorer l’efficience économique des exploitations avec l’appui convergent des organismes de conseil et des fournisseurs de l’agriculture. Les agriculteurs doivent pouvoir être fiers non pas uniquement de leurs performances techniques mais aussi de leur professionnalisme consacré à la maîtrise des coûts.
Mais la nécessité d’une issue est si urgente, que c’est le Comté, en tant que seule planche de salut, qui est appelé à la rescousse. Et les affineurs ont été invités à trouver une issue, et à payer plus.

Ont été engagées de dures négociations, car nos affineurs et industriels sont eux-mêmes soumis à la pression de la grande distribution. Un accord a été trouvé, les producteurs ont obtenu un supplément significatif de rémunération du fromage en blanc, bien sûr inférieur à ce qu’ils espéraient, mais comprenant que c’était le maximum possible, au-delà duquel nos maisons commerciales seraient dangereusement affaiblies. Au contraire, cet accord étant trouvé, nous devons aujourd’hui les soutenir dans leurs négociations commerciales et leur manifester la plus grande solidarité possible.

Je ne puis que dire ma fierté d’appartenir à cette filière, capable de surmonter une telle crise. Le respect mutuel, manifesté par chacune des parties, est le même respect que celui que nous manifestons vis-à-vis des générations futures, en leur léguant une filière où la viabilité de chaque opérateur est une préoccupation pour les autres, voisins, fournisseurs ou clients.

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