Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Automne 2009 : Crise du lait et AOP

La filière laitière française affronte une baisse du prix du lait, qui met en péril l’équilibre financier des exploitations et fait craindre une vaste restructuration du secteur laitier, avec la disparition de l’exploitation familiale au profit d’une agriculture plus industrielle. Mon propos n’est pas de porter un jugement, mais plutôt de souhaiter ardemment que nos filières AOP, et notamment celle du Comté, échappent à cette évolution, et ce pour plusieurs raisons.

La première est celle de l’attente du consommateur. Parmi ses raisons d’achat, il y a la « proximité », la garantie que l’AOP qu’il achète a bénéficié de soins artisanaux tout au long de la chaîne d’élaboration. Le Comté bénéficie d’un important capital de sympathie grâce à la passion que nous mettons ensemble pour élaborer ce fleuron de la gastronomie, affineurs, fromagers, et bien sûr producteurs. Le Comté perdrait beaucoup s’il n’était plus porté par la logique patrimoniale de l’exploitant, attaché à son village et à sa fruitière, à ses terres et à la qualité de ses prairies, fier de son troupeau de vaches de race Montbéliarde ou Simmental française, et avant tout soucieux de transmettre son outil à la génération suivante, avec le souci d’être encore environné demain par des voisins plutôt que par des hectares.

La seconde raison est également identitaire, elle tient à la nature de la protection de l’AOP. En effet, parmi les attendus du règlement communautaire définissant l’AOP, il y a l’aménagement du territoire et sa capacité à faire vivre des régions défavorisées. Les communautés nationale, et maintenant européenne, attendent comme contrepartie de la protection du nom du produit, que les filières qui en bénéficient optimisent l’emploi y compris et surtout dans des zones difficiles. Renoncer à cet objectif serait perdre une partie de notre raison d’être.

Bien entendu, la condition sine qua non c’est la rémunération du plus qualitatif apporté par l’AOP. La satisfaction du consommateur en est la première condition. Mais elle n’est pas suffisante. Pour que les AOP soient capables de remplir les fonctions que j’ai décrites, il faut aussi leur épargner les situations catastrophiques de surproduction pendant lesquelles les acteurs, fermes, fromageries et affineurs, n’ont plus les moyens d’assumer les contraintes du cahier des charges, et disparaissent du paysage patrimonial. Si nous pensons qu’au jeu du « produire toujours plus pour gagner moins » les producteurs européens mettent en péril l’existence même de leur exploitation, c’est encore plus vrai pour les AOP. Il est donc impératif que le législateur communautaire leur donne le minimum de moyens juridiques pour au moins maîtriser leur croissance. Le CIGC y oeuvre activement au sein du Comité national des appellations d’origine laitière (CNAOL) et surtout dans le cadre de l’association internationale « oriGIn ». Une réunion avec les parlementaires européens, le 29 septembre dernier à Bruxelles, a été l’occasion de sensibiliser ces derniers à la nécessité de la maîtrise de la croissance.

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