Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Eté 2009 : Il y a un an, la “Grande Coulée”

Le 17 juillet 2008 à Champagnole, la filière Comté célébrait le cinquantenaire du décret attribuant le statut d’AOC au Comté. Une meule fut fabriquée avec un échantillon de lait issu de chacune des fromageries présentes, symbolisant ainsi les 10 siècles du rituel collectif des coulées, et célébrant la capacité de la filière à l’organisation collective. Cette célébration fut émaillée par une manifestation d’agriculteurs mécontentés par la forte augmentation du prix des intrants et parce qu’ils jugeaient insuffisante l'augmentation des prix du lait à Comté, en regard des fortes augmentations de prix dont avait bénéficié le lait industriel.
Un an après le bilan s’est inversé : le prix du lait à Comté a continué sa progression régulière et celui du lait industriel descend aussi bas qu’il a pu monter il y a quelques mois seulement. Il ne s’agit pas ici de tirer un sentiment de supériorité ou de revanche de cette inversion. Car en tant qu’agriculteur, j’imagine et partage l’angoisse de ceux dont le prix du lait s’établit désormais à 280 euros/tonne.

Au nom de la filière Comté, je leur dis toute ma solidarité.

Je souhaite seulement en tirer quelques leçons : avec juste raison, le Président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, réclame un minimum de maîtrise de la production pour le secteur laitier. En effet, la libéralisation des quotas avec leur suppression programmée est une pure catastrophe. Elle “tiers-mondise” le secteur laitier. Le secteur mondial des matières premières agricoles a connu de nombreuses années d’écroulement des cours, à des niveaux de plus en plus bas, créant ruine et famine, au nom de la compétitivité. Alors bien sûr il y a de temps en temps, comme pour le lait en 2008, des périodes de flambée des prix, mais il ne faut pas se cacher que sur le long terme, c’est l’appauvrissement pour l’écrasante majorité. Nos décideurs communautaires qui bénéficient de la sécurité de l’emploi et de salaires confortables décident pour les autres de l’appauvrissement et de l’insécurité.

Ma deuxième réflexion s’adresse aux opérateurs de la filière eux-mêmes : malgré tous les ingrédients qui construisent notre succès (amélioration de la qualité, communication, respect de l’environnement, etc.) – et qui nous sont attribuables –, il faut avoir l’humilité de savoir que nous tenons une partie de notre succès à la maîtrise de la croissance de notre production. Il faut donc à la fois tenir au plan de campagne et nous rappeler, nous producteurs de lait à Comté, que sur le long terme, c’est la modération de la croissance de la production laitière qui restera notre meilleur atout. Car il tombe sous le sens qu’on ne peut pas, et produire à volonté sans lien avec la réalité du marché, et bénéficier de prix élevés. Le savoir-faire de la filière Comté c’est d’avoir su faire des producteurs de lait, des producteurs de fromage responsables. Les difficultés que rencontrent les autres doivent nous servir d'enseignement : nous devons conserver précieusement cette originalité. 

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