Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Eté 2012 : Notre force, la solidarité

Les fondamentaux du marché du Comté sont favorables : les ventes ont augmenté de 2,3 % en 2011 et leur croissance s'est même amplifiée au premier semestre 2012. En 20 ans, nos ventes ont crû de 20 000 tonnes.

Il serait bien prétentieux d'expliquer une réussite qui est extrêmement fragile. Nous préférons considérer que nous avons beaucoup de chance car nos pères nous ont légué une interprofession structurée, des entreprises dynamiques, un cahier des charges exigeant. Nous avons aussi une conviction, c'est que notre force, ce sont notre solidarité et l'esprit de confiance qui s'exercent entre producteurs, entre producteurs et fromageries, et entre fromageries et affineurs. Je l'affirme, notre force, c'est celle du village gaulois. Égoïsmes, orgueils mal placés et conflits à l'intérieur, mais organisation économique structurée autour du collectif et du respect mutuel, fondé sur un sentiment d'appartenance multiforme, à son village, à sa région, à sa fromagerie, à sa maison d'affinage, etc.

Le sens de cette réussite ne se mesure pas à un prix de lait éclatant : nos prix de fromage et de lait aujourd'hui permettent à nos outils de tourner. Point. Nous ne souhaitons pas que nos prix de lait augmentent plus que l'inflation.Les raisons en sont simples. Notre bien le plus précieux, c'est la fidélité du consommateur et nos prix doivent rester à sa portée. Nous devons conjuguer prix et tonnage. Pendant les années 1990 grâce à la croissance de son tonnage, le Comté a permis à 13 fromageries de la moitié nord du Doubs qui étaient en Emmental de perdurer en passant en Comté : en 2011, à elles 13, elles ont fabriqué 7 500 tonnes de Comté ! Aujourd'hui ce mouvement de reconversion de fromageries est achevé, mais le Comté accueille encore beaucoup de nouveaux producteurs : 46 en 2011 !

Ainsi en étant un facteur déterminant de la vitalité d'un territoire, le Comté remplit le contrat passé avec la société qui lui a accordé l'AOP.

Mais il est un autre contrat que le Comté remplit, c'est celui de son plan de campagne. Parce que les pouvoirs publics nous autorisent à encadrer notre croissance, tout en nous obligeant au principe de l'ouverture aux nouveaux opérateurs, notre tonnage s'accroît sans cesse, d'où cette fonction d'accueil éclatante que nous essayons d'assumer en répartissant l'effort de modération sur tous les opérateurs. Ni protectionniste, ni ultralibéral, notre plan de campagne nous a installés depuis presque 20 ans sur le fil du rasoir de la croissance obligée mais modérée. Cela nous amène à la pleine question du sens. La réussite n'est que sclérose si elle n'est pas faite pour être partagée, avec nos voisins, avec nos anciens, avec nos successeurs.

Mais notre avenir est aussi fait de fragilités et d'incertitudes. Il est sûr que la suppression des quotas est l'écueil le plus menaçant, car il peut signifier afflux de production littéralement "dénué de sens", parce que non rentable pour l'exploitant, catastrophique pour l'image du produit et écrouleur de cours. Gageons que les premiers éléments d'organisation auxquels nous travaillons tous ensemble, en solidarité y compris avec les filières non AOP, nous permettrons de garder le cap de l'humble réussite au service du bien collectif.

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