Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Hiver 2009 : De la nécessité de toujours se battre

Ca y est ! Nos élevages sont menacés par une nouvelle mode : parce qu’ils sont extensifs, ils sont accusés d’être incapables de nourrir la planète, ils produisent des quantités scandaleuses de méthane et occupent de la surface au détriment de la nature. Bien sûr, les producteurs de zones herbagères vont en rire, car ils savent ce que nos agricultures de massif montagneux apportent à la collectivité. Ils ont pourtant tort, cette mise en accusation est portée très sérieusement par des experts nationaux et internationaux, dont on peut supposer certains liens avec les grands groupes de fabricants d’aliments du bétail.

Il va donc falloir se justifier, et prouver l’évidence, ce qu’apportent les prairies naturelles en termes de structuration des paysages, de maintien de la biodiversité, de non pollution, etc. Et j’ai bien dit, nous allons devoir le prouver scientifiquement, car nous sommes déjà en position défensive, les systèmes extensifs commencent à être disqualifiés, y compris en France. C’est bien sûr scandaleux, mais j’invite nos éleveurs à ne pas se laisser gagner par l’écoeurement, car sur ce nouveau scandale comme nous l’avons fait sur les précédents, nous allons nous battre. Il faut accepter, que désormais, ce genre d’abus soit une loi de fonctionnement de la société, qui fait partie du paysage. Une seule réaction possible donc, c’est la recherche, seuls ou à plusieurs, pour contrer aussi vite que possible de tels dérapages.

Le budget annuel "recherche" du Comté, de 160 000 euros, est maintenant consacré en grande partie à la réponse aux attentes de la société : prouver que les fromages au lait cru sont bons pour la santé, démontrer que les acides gras des fromages d’herbe sont bons pour la santé, trouver des modes d’alimentation des animaux qui permettent d’échapper aux OGM, prouver que les produits avec du goût sont les meilleurs modérateurs de la consommation et limitent les excès, prouver que le Comté est exempt de contaminants et étudier de manière préventive, avec l’Université de Franche-Comté, les mécanismes de transferts de l’environnement au sol puis à la plante, etc. évidemment, le Comté n’est pas esseulé mais il sera d’autant mieux défendu qu’il sera acteur dans ces recherches multiples, en partenariat avec de nombreuses équipes de recherche, INRA et Universités, aux côtés d’autres AOC françaises ou étrangères.

Sur cette question environnementale, c’est donc de manière scientifique que nous allons démontrer, en solidarité avec les autres AOC réunies au sein du CNAOL, les contributions positives de nos productions de terroir à la qualité environnementale. Il y a urgence, car il convient d’empêcher que s’établisse, en France et en Europe, un système de normes au seul service du producteur californien gavant un troupeau à 12 000 litres de moyenne laitière de céréales, de sous-produits industriels et de tourteaux, OGM bien entendu.

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