Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Hiver 2013 : Aider la chance

Je suis très heureux d’adresser à tous, membres de la filière Comté ou de son environnement, des voeux de réussite et de développement harmonieux.

S’agissant de voeux adressés à la filière Comté on aurait tendance à lui dire « pourvu que ça dure ». Des décennies de crise et de doute sur notre avenir ont inscrit dans nos gênes une prudence salutaire, le succès d’aujourd’hui est recueilli avec humilité. On en sait la fragilité. C’est pourquoi, tout en remerciant les producteurs de lait, les responsables de fromagerie, les fromagers et les affineurs, pour la contribution de chacun à la réussite d’aujourd’hui, nous ne saurions en même temps trop souligner la très grande précarité dans laquelle nous sommes.

En toile de fond, nous sommes inquiets des effets potentiellement très graves de la sortie des quotas, heureusement nous travaillons d’arrache-pied à en réduire la portée, nous sommes en train d’élaborer des accords interprofessionnels, une action sur le terrain et une charte, autant d’initiatives susceptibles de maintenir bien vivants les fondamentaux de notre AOP.

Et puis s‘ajoute la profonde inquiétude que nous nourrissons vis-à-vis de notre cahier des charges : nous en avons posé les premières bases dès l’année 2000, sept ans d’instruction ont abouti à la parution au JO du 11 mai 2007 du nouveau décret du Comté. Nous attendons désormais son agrément par la commission européenne. À cette lenteur administrative, que nous comprenons tout en en signalant la difficulté pour les exploitations et les entreprises de gérer cette incertitude, s’ajoute bien sûr l’insécurité créée par l’accueil de nos propositions par la commission européenne. Nous souscrivons totalement à la préoccupation qu’elle nous a déjà exprimée de ne devoir accepter que des clauses liées à la qualité. L’incertitude demeure quant à l’acception du terme. Pour notre AOP et ce depuis des siècles, la qualité c’est bien sûr le goût du produit, sa finesse de pâte. Mais c’est aussi sa diversité qui comme dans les vins AOP fait de la dégustation de chaque Comté la découverte d’un équilibre organoleptique qui lui est propre ; c’est aussi le respect de son environnement, de la diversité floristique et de la microflore naturelle du lait. C'est pourquoi le Comté a opté pour une limitation de l'intensification, totalement admise par le secteur viticole AOP, et tellement implicite et évidente pour le consommateur.

L’autre incertitude c’est l’acceptation de notre plan de régulation par la commission européenne. Cet examen va se faire dans le cadre du tout nouveau Paquet lait, et notre AOP devrait être la première à présenter un dossier. Nous sommes bien sûr de ce fait inquiets, bien que confiants car les 16 ans de plan de campagne écoulés montrent à l’envi que ce plan de régulation est une source de progrès et d’ouverture considérable, la régulation de la croissance nourrit la croissance, pour peu, ce qui est notre cas, qu’elle signifie ouverture aux nouveaux arrivants. C’est que le Comté, élément clef du patrimoine public, n’a jamais oublié sa vocation première, celle qu’assignent à l’AOC-AOP et la loi française et le règlement communautaire, à savoir celle de la satisfaction du consommateur et tout à la fois de l’aménagement du territoire. C’est parce que nous professionnels de notre filière avons doté le Comté d’un cahier des charges exigeant qu’il réussit de manière aussi nette, et c’est parce qu’il dispose d’une régulation de l’offre qu’il peut mettre cette réussite au service de son territoire.

2013, c’est donc bien pour nous une année charnière et chacun peut compter sur la détermination de cette filière et des responsables professionnels pour que cela dure...

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