Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Hiver 2014 : Cahier des charges, cahier des chances ou cahier des doléances ?

Pour le moment la filière Comté réussit, c’est entendu. Cette réussite est au service de ses membres, les producteurs de lait, les fabricants et les affineurs, et les performances économiques du Comté sont utilisées par la plupart d’entre eux pour se moderniser, c’est-à-dire se donner les moyens de faire mieux demain, une meilleure qualité de lait, de fromage en blanc ou de fromage affiné.

Ce devrait être un cercle vertueux. Mais ça ne l’est pas forcément. La preuve, le Comté subit une forte pression en faveur de la "modernité". Le mot est utilisé astucieusement, qui oserait ne pas être moderne ? D’ailleurs c’est une modernité spontanée qu’expriment les acteurs de la filière, dans la gestion des prairies et du troupeau, dans la belle modernisation des bâtiments agricoles, en améliorant le matériel de fromagerie, en investissant dans de magnifiques caves d’affinage à l’humidité et à la température parfaitement maîtrisées, par la conquête de marchés à l'export, par d’importants programmes de recherche etc. Mais nous sommes sommés d’aller plus loin, et nous découvrons alors toute l’ambiguïté du mot “modernité”, qui se met alors à ressembler à une invitation à la banalisation du produit.

Le cahier des charges, que nous avons construit pendant des années en fonction des valeurs qui nous sont propres et qui ont permis le succès du Comté, devient, pour ses détracteurs, source de cahier des doléances. Le CIGC doit lutter pour le faire appliquer, y compris devant les tribunaux.

Alors en tant que président du CIGC, et au nom de tous ceux qui, producteurs et entreprises, vivent aujourd’hui du Comté grâce au courage de leurs prédécesseurs, je tiens à dire deux choses.

D’une part je rassure l’écrasante majorité de la filière, sur le fait que le CIGC ne faiblira pas sur l’application de ce cahier des charges, et s’opposera à toute astuce permettant de le contourner. Je vais le dire très clairement, les 1 800 kg de concentrés ne seront dépassés chez personne, la traite en libre-service restera interdite dans toute exploitation agricole, les cuves ne dépasseront pas la taille maximum autorisée, le report du lait au froid sera interdit, etc. D’autre part j’invite à la réflexion les membres de notre filière qui sont utilisés par des fournisseurs tiers comme cheval de Troie des intérêts de ces derniers, plutôt que ceux de la filière. Si le succès du Comté existe aujourd’hui, c’est parce que leurs pères ont refusé d’être convaincus par les sirènes de la modernité de l’époque, et ont pu interdire par exemple : l'ensemencement direct, les farines animales, les délais d’emprésurage au-delà de 24 heures, d’autres races que la Montbéliarde-Simmental... Ces choix qui paraissent naturels aujourd’hui, et qui représentent les facteurs de succès, ont été arrachés de haute lutte contre les "modernes" de l’époque. De même, des choix faits aujourd’hui, dépend le succès du Comté à venir.

Notre cahier des charges est un cahier des chances pour nos jeunes et nos successeurs, et il doit être soutenu par tous ceux qui veulent assurer l’avenir de notre filière.

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