Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Printemps 2006 : +3 = -20

«+3 =-20», c’est l’équation qui signifie qu’une légère augmentation de production (3 %) peut se traduire par une baisse de revenu considérable (-20 %). C’est en effet une loi d’airain universelle qui veut qu’un léger excédent de l’offre sur la demande se traduise par une baisse des prix multipliée par 2, 3, ou 4, et la baisse de revenu connaîtra elle-même des proportions bien plus grandes (-20 % n’est qu’une hypothèse optimiste, elle peut être encore plus dramatique). La question est donc posée : que veulent les producteurs de Comté? Veulent-ils produire quoiqu’il arrive ou vivre de leur métier ?

On peut toujours faire l’autruche, accuser l’Europe, le gouvernement, le CIGC, ceux qui ont quitté la filière Comté il y a 20 ans et y reviennent maintenant. On peut toujours revendiquer ses droits, on peut toujours considérer que ce sont « les autres » qui doivent ralentir leur production, ceux qui sont arrivés seulement il y a deux ans dans la filière etc., les faits sont têtus : + 3 = - 20. On peut toujours préférer écouter ceux qui poussent au contraire, ceux qui disent « produisez tout ce que vous voulez, je m’occupe du reste ». Le résultat sera là, obsédant: + 3 = - 20.

Alors ? Il y a aussi un devoir de lucidité : ce que le marché du Comté demande, ce n’est pas de renoncer à sa fierté, c’est juste un petit effort d’adaptation. La filière Comté est dynamique, les ventes progressent notamment à l’export depuis 1991 sans discontinuer, les prix se sont bien tenus jusqu’à l’année dernière, et la baisse que nous connaissons depuis un an est le début de l’installation de cette terrible équation. Le mouvement est réversible. La forte augmentation de production dans les derniers mois d’hiver, en pâte blanche, est le pire comportement que la filière Comté ait jamais eu depuis longtemps. Il est urgent que chacun prenne ses responsabilités et programme dès à présent une forte baisse de sa production pour l’hiver prochain.

Au cas contraire, nous aurons sans doute encore la satisfaction de nous plaindre, mais nous aurons plus sûrement perdu notre métier et conduit nos successeurs aux bureaux du chômage. Et chacun de nous y aura eu sa part.

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