Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Printemps 2007 : La nouvelle politique de contrôle en AOC

2007 sera l’année de préparation de la réforme des politiques de contrôle des AOC voulue par les pouvoirs publics. Les conséquences en seront à la fois positives et négatives.

Le premier mérite de cette réforme sera de renforcer la crédibilité des AOC françaises, sérieusement mise à mal depuis de nombreuses années. En effet, l’objectif est de rompre avec le principe, par le passé intangible pour l’INAO, de contrôle par les professionnels eux-mêmes.
Le reproche qui lui était fait, justifié pour certaines AOC, était de déboucher sur des pressions de contrôle très faibles, ou sur des contrôles de complaisance. Le nouveau principe est basé sur le contrôle par organisme tiers, dont le mérite attendu sera le sérieux et l’impartialité.
Le Comté ne peut que se réjouir de la tendance générale. Il reste à se soucier de ses conséquences concrètes pour la filière.

La première inquiétude se rapporte aux coûts supplémentaires considérables que cette réforme va générer. La raison en est simple : d’un contrôle ciblé sur les points à problème, il s’agit désormais de passer à un contrôle réalisé chez tous les opérateurs à priori. Dans une filière comme celle du Comté où les grands dossiers conflictuels relèvent du passé (refus de la Holstein, abandon de l’ensilage, réduction du délai d’emprésurage à 24 heures…), et où l’organisation en fruitière est en soi un facteur de transparence et d’autodiscipline spontanée, systématiser un contrôle sur tous les points de la réglementation et chez tous les opérateurs va constituer un luxe. Certes, même si cette systématisation peut permettre de détecter quelques anomalies de comportement, et donc être positive, on pressent le prix à payer !

La deuxième inquiétude porte sur le fond : le risque d’une intervention par organisme tiers est celui d’un caractère formel, contrôle papier portant plus sur la capacité de l’agriculteur ou du fromager à tenir correctement ses fichiers qu’à agir dans l’esprit de l’AOC et la recherche de l’excellence. Il faut en effet affirmer avec force que l’identité de l’AOC serait bien mise à mal si chaque opérateur se contentait de respecter les minima ou maxima inscrits dans sa réglementation.
Pour essayer de limiter les deux risques ainsi énoncés d’un contrôle formel au coût exorbitant, il y a une planche de salut, celle de l’autocontrôle des opérateurs (qui suppose un sérieux effort d’enregistrement par chacun) et du contrôle interne organisé par la filière. Plus ils seront développés, plus le contrôle « externe » pourra se limiter à vérifier qu’ils sont bien mis en oeuvre.
Heureusement la filière Comté a déjà largement anticipé le développement de ces contrôles amont, grâce à l’exigence spontanée des producteurs, fromagers et affineurs, et depuis quelques années dans le cadre des démarches de qualification.

Ces démarches seront à systématiser, toujours avec l’appui précieux des syndicats de contrôle laitier et des Chambres d’Agriculture. Elles garderont leur orientation initiale qui était de privilégier la dynamique de progrès collectif, comme ce fut le cas de manière bien appréciable, au cours des cinq dernières années.

Tous les éditoriaux