Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Printemps 2009 : Constructeurs d'avenir

Théoriquement tout va bien : le prix moyen du Comté s’est fortement amélioré, le prix payé au producteur est de l’avis général, satisfaisant, les stocks en cave d’affinage sont sains. Pratiquement, l’incertitude demeure : la production a repris à un rythme élevé, et le maintien de l’équilibre va donc dépendre de la capacité des ventes à suivre le mouvement.

La nouvelle équipe du CIGC, nommée pour 3 ans par arrêté ministériel, prend donc les rênes dans une période favorable au consensus. Cette équipe est à l’image de la filière, marquée par la plus grande diversité qui soit, avec des représentants de grands groupes laitiers qui côtoient des présidents de petites fromageries, des affineurs traditionnels, un crémier haut-savoyard, des leaders syndicaux. L’expérience nous indique que l’intérêt collectif, en faveur du Comté et de sa valorisation, leur permet assez facilement de travailler en commun. C’est toujours l’intérêt du produit sur le moyen terme qui l’emporte, et jamais ne l’a emporté la logique du court terme que l’on rencontre dans d’autres secteurs productifs. En témoignent les politiques d’investissement qui prévalent dans les fromageries et dans les maisons d’affinage, et aussi les politiques d’investissement dans un cahier des charges exigeant, dans la publicité et dans la recherche, qui caractérisent notre filière.

Les turbulences de 2008 nous ont prouvé la pertinence des choix qui font partie de la culture patrimoniale de la filière Comté : alors qu’il y a un peu plus d’un an, les prix des produits agroalimentaires flambaient, nos maisons commerciales ont choisi la voie de la hausse raisonnable. Bien leur en a pris, puisqu’aujourd’hui, le Comté a maintenu le niveau de ses ventes et de ses prix, alors que dans bien d’autres secteurs la chute a succédé à la flambée des cours. Et quand les producteurs ont été confrontés aux conséquences catastrophiques de la hausse des prix des intrants, c’est une attitude de concessions réciproques qui a permis aux producteurs et aux maisons commerciales de trouver un compromis.

Je suis très fier de présider à nouveau l’interprofession d’une telle filière. Nous avons tous conscience que nous sommes des usufruitiers du produit, que sa bonne santé actuelle est le fruit du travail des équipes précédentes au cours des décennies passées. Et c’est pourquoi nous nous sentons portés par une telle logique, renonçant à l’attitude purement revendicative qui ferait de nous d’irresponsables consommateurs du succès chèrement acquis. Et c’est bien dans cette attitude de constructeurs d’avenir que va s’inscrire la nouvelle équipe du CIGC. 

Tous les éditoriaux