Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Printemps 2013 : 50 ans et beaucoup de solidarité

Il y a 50 ans paraissait le décret créant le CIGC (Comité Interprofessionnel du Gruyère de Comté). C’était l’aboutissement de la lutte opiniâtre de responsables professionnels jurassiens qui dès 1945 créaient le syndicat de défense du Gruyère de Comté.

Eux-mêmes étaient portés par la même détermination que leurs ancêtres quand ils avaient créé les "fructeries" au XIIIe siècle, symbole d’intelligence collective et d’adaptation aux dures conditions de l’époque : l’adage qui exprime si simplement que l’on est collectivement plus fort que quand on est seul, est bien le fil conducteur du Comté et de sa filière jusqu’à ce jour. Les dures conditions d’après-guerre peuvent sans doute être considérées comme une transposition des dures conditions de vie qui régnaient au Moyen-Âge. En tout cas, tout était à reconstruire.

Ce qui apparaît évident aujourd’hui n’existait pas encore. Le Comté ne bénéficiait d’aucune protection de son nom, et les intérêts de ses producteurs, fabricants et affineurs n’étaient portés par personne.

Le Syndicat de Défense du Gruyère de Comté, dès sa création s'est donné pour mission de défendre et de faire respecter la spécificité du Comté, d'engager une action pour obtenir l'AOC et de définir une aire de production.

Quinze ans de sérieuses luttes collectives plus tard, sa mission était achevée : obtention de l’AOC judiciaire en 1952, de l’AOC réglementaire en 1958, puis création du CIGC le 11 juin 1963 au profit duquel il s’effaçait. En plus de son action politique, il avait aussi jeté les bases d’une action publicitaire et d’une action de labellisation des meilleures qualités.

En 1969, au sortir d’une dure période de crise, le CIGC mettait en place le système des contrats, c'est-à-dire une rémunération des fromages en blanc "à la qualité" qui remplaçait la vente à "confront". Ces contrats se sont améliorés depuis mais l’esprit en est toujours le même : créer la confiance et solidifier un partenariat gagnant – gagnant entre le secteur coopératif de la première transformation et le secteur privé de l’affinage.

La suite, on la connaît. L’histoire de l’interprofession est émaillée de constructions collectives dont chacune contribue à la réussite du produit : le plan de régulation de l’offre, la recherche, l’amélioration de la qualité, l’export, les Routes du Comté, etc.

Pour chacune de ces actions, les bases de cette filière restent les mêmes : chacun, qu’il soit privé ou coopératif, de petite ou de grande taille, préfère renoncer à une partie de son intérêt à court terme pour faciliter l’émergence de solutions collectives, constructives d’avenir. Notre dénominateur commun, c’est notre appartenance à une organisation socio-économique, un paysage, une communauté villageoise, une région, une fruitière, une maison d’affinage. Notre Interprofession est au carrefour de ces appartenances, et vit par et pour elles. Notre réussite économique est aux antipodes de l’argent pour l’argent : chacun de nous la réinvestit, qui dans de nouvelles caves d’affinage, qui dans un nouveau matériel de fromagerie, qui dans l’installation d’un successeur... Elle nous permet l’accueil de nouveaux producteurs, elle fait fructifier le capital acquis pour les jeunes générations. Notre région est le champion de France des installations des jeunes agriculteurs.

Le CIGC n’est qu’une des expressions de notre penchant affirmé pour la solidarité. Nous le fêterons le 12 juillet, merci à chacun de retenir cette date.

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