Les éditoriaux d'Alain Mathieu

Printemps 2014 : nul n'est prophète en son pays

Au cours des dernières années, nous assistons au développement d’un contraste tout à fait étonnant. D’un côté la filière Comté est louangée pour sa réussite économique, son ancrage au terroir, son respect du consommateur et son sens de la solidarité : le cinquantenaire du CIGC célébré à Déservillers le 12 juillet 2013 a de ce point de vue marqué les esprits, étant un point d’orgue dans la célébration des valeurs qui ont inspiré nos pères et qui sont portées par les héritiers que nous sommes.

D’un autre côté, la presse quotidienne régionale relate à l’envi les mises en cause dont nous sommes l’objet de la part des défenseurs de la qualité des eaux de nos rivières régionales. Même si ces accusations sont l’émanation d’une minorité, elles n’en sont pas moins préoccupantes, car leurs auteurs ont de leur propre aveu pris le Comté en otage : pour se faire entendre, rien n’est supérieur en termes d’efficacité que de planter ses dents dans le fleuron de l’identité régionale, le Comté.

Il faut aller au-delà de la révolte que ces critiques nous amènent spontanément. Le rapport d’experts sur la qualité des eaux de la Loue peut constituer une bonne base de travail : il y a plusieurs causes de dégradation, et parmi elles, est citée l’agriculture. L’on remarquera que les experts ne parlent pas de Comté, ce qui est logique, ils parlent d’agriculture. Le problème de la dégradation des eaux est d’ailleurs un problème général à la France et n’est spécifique à aucun produit, mais c’est un problème majeur car il ne sera pas solutionné à court terme. Si un appel aux décideurs doit être fait c’est bien celui-ci, quelle politique et quels moyens mobiliser pour assumer une évolution structurelle des fermes françaises ?

Dans cette lutte contre la dégradation de l’environnement qui devra mobiliser sans doute des moyens financiers importants, le Comté veut évidemment apporter sa contribution à la qualité de son terroir. L’unique arme dont il dispose pour cela est celle du cahier des charges : dès le décret du 11 mai 2007 il fut la première AOC en France à proposer un plafonnement de la fertilisation azotée, retenant pour cela un double plafond, 120 unités d’azote total /ha/an, dont 50 unités maximum pour l’azote minéral. C’était en 2007. Saisi ultérieurement de la question du lisier, le Comté a donc souhaité une amélioration de son cahier des charges. Il a demandé une expertise à des scientifiques pour lui permettre de codifier dans le cahier des charges les conditions d’utilisation de cette fumure. Cette expertise est en cours et nous en tirerons conséquence dès que nous en connaîtrons la teneur.

Mais au lieu de nous dénigrer il faut nous soutenir : en cette période de sortie des quotas, et de cloisonnement total entre les services de la commission européenne, nous avons les pires difficultés à faire admettre à Bruxelles le principe du plafonnement de la productivité laitière/ha, qui est pourtant la clef de la défense de la qualité environnementale. Et pendant le même temps, un fonctionnaire européen, mais d’un autre service, vient constater les dégâts faits à la Loue !

Nous allons prendre le problème à bras le corps et pour cela, nous attendons le soutien ferme et sans ambiguïté des représentants politiques et administratifs locaux, comme de ceux de l’Union Européenne.

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