Jean-Marie Pobelle,#témoin et acteur

(publié le 21 décembre 2008)

Agriculteur en retraite, amoureux du patrimoine et passionné par les vaches, ce Doubiste de 66 ans est depuis 25 ans le maire de la commune de Loray et conseiller général de son canton. Il a vécu de près la construction de la filière Comté quand il était président de la Chambre d’agriculture du Doubs.

L'oeil malicieux et l'air faussement désinvolte tranchent avec ce que l'on connaît du parcours hors norme de cet homme. Jean-Marie Pobelle a été président de la coopérative fromagère de Loray, président de la coopérative La Chevillotte et président de la Chambre d'agriculture du Doubs de 1974 à 1989. D'autres engagements suivront : en 1989, il devient maire de son village et en 1992, conseiller général du canton de Pierrefontaine-les-Varans. Deux fonctions qu'il continue d'exercer à ce jour. Il sera également élu président de la caisse départementale de Crédit agricole du Doubs, puis président du Crédit agricole de Franche-Comté au moment de la fusion en 1991 et il le restera jusqu'en 2001.

Un temps d’avance

Jean-Marie Pobelle est d'abord le premier élu de sa commune. Et ça, il y tient. C'est même avec une certaine fierté qu'il vous emmène visiter ce petit bourg de 400 habitants, parle de l'aménagement des routes, de son patrimoine. « Un agriculteur dans un conseil municipal, c'est l'âme du village », aime-t-il rappeler. D’autant qu’il doit souvent faire preuve de persuasion à l'échelon intercommunal pour défendre la cause agricole quand il s'agit d'implanter une porcherie, accélérer la création d'une ZAC pour accueillir une usine de préemballage de Comté ou participer à des réunions sur Natura 2000. L'homme, à la haute stature, semble infatigable. Première coopérative mise aux normes sanitaires, première communauté de communes, Jean-Marie Pobelle préfère avoir un temps d'avance, imposer le tempo. Il garde encore un pied dans la ferme et aide volontiers ses deux fils. « Sa passion, c'est l'élevage, explique Lucienne, son épouse, comme pour l'excuser. Il a toute la généalogie du troupeau dans la tête. Encore maintenant, c'est lui qui fait les accouplements. »

« C’était comme entrer en religion » 

Jean-Marie Pobelle a été président de la coopérative fromagère de Loray de 1976 à 1998 avec comme fromager Jean-Marie Boillon, décédé depuis. « Président et fromager, le couple qui gère la fromagerie... », une belle image qui montre l'attachement presque viscéral qu'il porte au Comté. Il évoque sans complexe la genèse de l'AOC qu'il a vécu de près en tant que président de la Chambre d'agriculture du Doubs. « Avant les années 1965-1970, faire du Comté c'était comme entrer en religion. Le cahier des charges et les règles de qualité du produit n'étaient pas arrêtés, les gens avaient l'esprit de vendeurs de lait. Il a fallu construire l'AOC, structurer l'offre, se battre contre les industriels qui disaient que les fruitières étaient des structures dépassées alors qu'elles sont le fruit du terroir. En 1964, la DDAF a emmené les jeunes agriculteurs visiter de grandes structures d'Emmental en Allemagne, nous disant presque : « c'est ça l'avenir. Nous n'avons pas succombé à ces sirènes... », se rappelle Jean-Marie Pobelle. Il se souvient également de l'époque où il était vice-président du CIGC et du travail réalisé par les présidents de l'interprofession, Pierre Vallet et Yves Goguely. Il évoque celui « qui a beaucoup aidé », le directeur de la DRAF en 1975, René Poly, qui fut plus tard le conseiller d'Edgar Pisani. « Il avait compris notre démarche et déclarait qu'il voulait faire du CIGC ce que le CIVC est aux vins de Champagne ! Il a aussi permis la reconnaissance officielle du décret de l'AOC au niveau du ministère. »

La culture du mutualisme

« La filière Comté, c'est toute la culture du mutualisme : on partage la recette et on s'entraide. Les AOC essaient de résister mais partout ailleurs on a tout "largué". Idem pour les banques, c'est l'actionnaire qui prime sur la production », s'emballe celui qui fut pourtant à la tête d'une grande banque régionale. Il n'en démord pas : « La responsabilité du gestionnaire d'argent devient nécessaire et nous avons besoin de régulation ». Il fait le parallèle avec la filière Comté qui doit maintenir des outils de régulation, garder ses acteurs locaux que sont les affineurs et veiller à ce que le produit ne se transforme pas avec les nouvelles machines, le travail du sol et la gestion des systèmes fourragers qui changent. « Nous devons préserver le Comté, c'est notre minerai !