1963/2013, il y a 50 ans naissait le CIGC...

50 ans, ça se fête !

(publié le 13 juillet 2013)

Claude Vermot-Desroches, Président du CIGC, et Stéphane Le Foll, Ministre de l'Agriculture (photo © CIGC T. Petit)

Le Comité Interprofessionnel du Comté a été fondé par décret le 11 juin 1963.

Pour célébrer cet anniversaire symbolique, plus d'un millier de personnes sont venues le 12 juillet à Déservillers, village emblématique considéré comme le berceau du Comté, dire leur attachement au CIGC, un outil précieux pour la filière Comté, bâti autour de 3 idées fortes : solidarité, communication et ancrage au terroir.

Le ministre de l'Agriculture est venu clôturer cette matinée où se sont succédés rétrospective historique, tables-rondes et témoignages. Retour en images sur une journée qui fera date dans l'histoire collective de l'AOP.



Le village de la filière Comté. Village éphémère mais qui donnait à voir les nombreux acteurs qui font cohésion autour du Comté : les producteurs, les coopératives laitières, les fromagers, les affineurs, les pôles techniques et de recherche, l'enseignement, ainsi que les autres AOP franc-comtoises... (Photo © CIGC / T. Petit)
Avec les Amis du Comté sur leur stand. (Photo © CIGC / T. Petit)

Le travail des fromagers a été mis à l'honneur lors d'une fabrication en plein air, sous le regard attentif du ministre. (Photo © CIGC / T. Petit)
Après la visite de l'exploitation d'Emmanuel Coeurdevey, rencontre avec les élus locaux et régionaux. (Photo © CIGC / T. Petit)

(Photo © CIGC / T. Petit)
3 tables-rondes se sont déroulées au cours de la matinée, sur la gestion de l'offre et l'élaboration du cahier des charges, et sur le devenir des interprofessions à la française, avec l'appui de représentants du CNIEL, de l'interprofession des vins de Champagne et des pouvoirs publics, sans oublier les témoignages des membres du CIGC et de la filière Comté. (Photo © CIGC / T. Petit)
(Photo © CIGC / T. Petit)

Parmi les invités à cette journée, des personnalités politiques, des représentants des autres AOP et tous ceux qui sont venus manifester leur solidarité à la filière Comté et à son interprofession. (Photo © CIGC / T. Petit)
Même l'interprofession du Gruyère suisse (et son directeur Philippe Bardet) félicite le Comté pour ses 50 ans d'interprofession ! (Photo © CIGC / T. Petit)

Les 50 ans du CIGC, une occasion rêvée pour son président de remercier publiquement Jean-Jacques Bret, le directeur du CIGC, qui, après plus de 30 années au service de la filière Comté, partira en retraite cet automne...

La manifestation a permis de saluer publiquement l'arrivée du successeur de Jean-Jacques Bret, Jean-Roch Mauzy. (Photo © CIGC / T. Petit)
Le CIGC remercie tous les participants qui ont oeuvré à la préparation et à l'accomplissement de la journée du cinquantenaire. "Cette mobilisation, souligne Claude Vermot Desroches, président du CIGC, a été à l'image de notre filière : animée de solidarité. Et c'est bien cela le secret de la réussite. Solidarité d'une équipe dynamique, compétente et souriante ; solidarité des gens de Déservillers qui nous ont si bien accueillis ; solidarité des agriculteurs de la coopérative du berceau du Comté ; solidarité de toutes les structures participantes (syndicalisme, FDCL, C…C, CTFC, ENIL, INRA...); solidarité du CIVJ venu célébrer le mariage du Comté et des vins du Jura ; solidarité de tous les responsables professionnels agricoles ; et enfin solidarité de beaucoup d'élus politiques qui ont participé à cette journée. Tous ces élans sont moteur pour encore progresser au sein de notre AOP. Vous êtes les acteurs de cette marche en avant. Merci à tous !" (Photo © CIGC / B. Lecourt)

Les grandes dates du CIGC

• Chronologie complète (avec images et vidéo) à consulter ici.

L'allocution d'accueil de Claude Vermot-Desroches, Président

• Document complet à télécharger ici.

Le discours d'orientation de Claude Vermot-Desroches

Photo © CIGC / T. Petit)

"M. le Ministre de l’Agriculture et de la Forêt, M. le Préfet de Région, vous savez combien nous sommes heureux de vous accueillir à Déservillers, qualifiée de berceau du Comté, car c’est en 1272 sur le territoire de cette commune qu’est attestée l’existence d’une fructerie, qui a perduré jusqu’à nos jours en tant que fruitière de Déservillers.

Grâce à votre présence, vous honorez ce patrimoine régional national et européen qu’est la filière Comté. Elle s’est construite au cours des siècles, et j’ai dit tout à l’heure à l’ouverture de cette manifestation toute la gratitude que nous portions à nos anciens, aux générations précédentes qui ont su bâtir notre interprofession, et doter le Comté d’un cahier des charges exigeant et d’un mode d’organisation collective et interprofessionnelle dont on mesure aujourd’hui la pertinence.

Mais avant tout, je voudrais dire ma fierté, ma très profonde fierté, de faire partie de cette filière que j’ai l’immense honneur de présider.

Bien sûr, quelques chiffres fondent cette fierté. En 1990, la filière Comté a commercialisé 29 402 tonnes, en 2012 le tonnage vendu a été porté à 52 204 tonnes : 78% de progression des ventes en 22 ans, et sans brader.
En 2000 le pourcentage de ménage acheteurs était de42%, il est passé à 54% en 2012 : + 1% par an.
Mais notre fierté va au-delà de cette performance purement quantitative. Car cette progression, nous l’obtenons sans à coup, par une fidélisation croissante des consommateurs français et étrangers. Nous la construisons ensemble, industriels laitiers ou petites fruitières, petits ou gros producteurs, militants du progrès ou militants de la tradition, en veillant à toujours être à l’écoute des distributeurs, des crémiers, et bien sûr des consommateurs. Bien sûr, notre quotidien est émaillé de conflits, d’intérêts contradictoires, mais nous les gérons ensemble, dans le respect mutuel. Et notre culture du collectif l’emporte toujours. Il est arrivé que les affineurs soient confrontés à des difficultés financières, alors les producteurs ont su écouter, et accepter une répartition différente de la valeur ajoutée ; la situation inverse s’est également présentée, et les affineurs ont su alors renvoyer l’ascenseur.

Cette filière Comté est celle où la répartition de la valeur ajoutée créée par le produit est la plus équilibrée, pour la simple raison qu’elle se négocie dans le respect et l’écoute de l’interlocuteur. Il en est de même quand nous définissons une campagne de publicité, quand nous négocions un plan de régulation de l’offre, ou une modification de cahier des charges. La règle de fonctionnement d’une interprofession est celle de l’unanimité des collèges, mais c’est un minimum ; en filière Comté, il est implicite que pour obtenir la participation de tous à la réussite du produit, il faut une démocratie bien plus fine, qui respecte et prenne en compte la sensibilité de ceux qui sont minoritaires.

Je crois avoir ainsi résumé les ingrédients du succès de notre AOP : d’une part le Comté est en soi un produit délicieux, d’autre part les hauts standards de qualité et la performance économique qui s’en suit sont obtenus parce que chacun se sent concerné. Et respecté. Et en retour il respecte le produit.

Notre filière AOP régionale, c’est-à-dire Comté, Bleu de Gex, Morbier, Mont d’Or est riche de 2700 exploitations agricoles, de 160 fromageries, de 15 maisons d’affinage. En 2012,le chiffre d’affaire de cette filière a été de 460 millions d’euros, dont la majeure partie est destinée à la rémunération des opérateurs locaux. Cela représente 5000 emplois strictement liés à ces 3 fonctions. En plus, une estimation des emplois de proximité (techniciens conseil, fournisseurs locaux, services etc ..) qui y sont directement liés nous fait estimer à 7500 emplois assurés par ces AOP sur le territoire. Soit 1 emploi pour 9 tonnes de fromage AOP.

Les fromageries et affineurs de nos 4 AOP, ont commercialisé 50 000 t en 2000, et 66 000 tonnes en 2012. Une progression de 16 000 tonnes. Soit en 11 ans une progression potentielle de 1700 emplois. Certes mon calcul est très estimatif, peu importe, il ne saurait cacher une réalité, celle de la formidable contribution à l’aménagement du territoire que nos filières AOP assurent.

Mais loin de nous de faire preuve d’autosatisfaction, si je m’attarde sur cette mine d’emplois largement méconnue et ignorée, comme s’il fallait absolument faire du nouveau pour être visible, c’est que notre filière est menacée par de multiples et graves dangers :
• Le premier est la sortie des quotas laitiers. Elle est théoriquement assumable, puisqu’avant que les quotas laitiers n’existent, la production laitière franc-comtoise n’augmentait spontanément que de 1% par an. Par contre, elle devient problématique quand tout l’arsenal juridique communautaire qui l’accompagne est organisé pour nous empêcher de réguler la production laitière. On voudrait vider de son sens l’AOP que l’on ne s’y prendrait pas autrement... Bien sûr nous disposons en Comté d’un dispositif de régulation de l’offre fromage, mais quelle supercherie pour le consommateur si en même temps le lait peut être produit à volonté.
• Le deuxième danger est celui de la gangrène des imitations. Il est en partie lié au premier puisque la sortie des quotas augmente l’offre laitière et pousse grand nombre de laiteries à chercher des diversifications tous azimuts. Le Comté n’est pas le seul à être imité, autant à l’international qu’à l’intérieur de sa filière. Le Morbier, le Parmigiano Reggiano, le Reblochon, toutes les AOP qui gagnent en notoriété sont la cible du parasitisme, que des produits français haut de gamme tels les parfums ont su traduire en termes de perte considérable d’emplois.
• Le troisième danger est celui de l’ignorance. Tant aux propres acteurs de nos filières qu’aux décideurs, il faut dire et redire que ce formidable gisement d’emplois non délocalisés que représentent les filières AOP est en danger. La surproduction juridiquement organisée, et l’imitation généralisée, nécessitent des réponses collectives, et notamment publiques, autres que celles auxquelles nous sommes confrontés depuis quelques années. Nous ne doutons pas que nos représentants nationaux à Bruxelles agissent sur le plan réglementaire. Mais nous avons besoin d’une prise de conscience plus nette de ce que ces emplois sont en danger, et donc d’une solidarité publique beaucoup plus active en faveur des AOP. Pourquoi ne pas assurer une promotion active en faveur des produits AOP auprès de la restauration collective, comme c’est le cas en faveur des produits bio, et y bannir les produits d’imitation ? Pourquoi ne pas limiter l’usage des marques régionales aux filières où il n’y a pas d’AOP-IGP régionale ? Pourquoi ne pas afficher dans les objectifs des politiques nationale et régionale des ambitions de développement et de soutien aux entreprises qui sont en AOP comme c’est le cas pour la filière Bio ? De manière générale, il est indispensable de réintroduire dans le discours et les pratiques publiques la certitude que ces filières AOP-IGP sont un patrimoine fragile qui a besoin de solidarité plus que de concurrence déloyale...

Votre présence atteste d’ailleurs de votre appui à la cause de nos AOP, facteurs tangibles d’aménagement du territoire. La filière Comté progresse grâce à la solidarité interne qui lui donne sa cohésion, mais grâce aussi au capital de solidarité dont elle bénéficie. Ces deux ingrédients sont importants pour nous permettre de concilier la préservation de notre organisation socio-économique si particulière avec les exigences d’un monde moderne que l’on ressent par trop déshumanisé. Notre cinquantenaire que vous allez conclure constitue une étape sur ce parcours de la transmission patrimoniale, et je tiens à redire à tous ma reconnaissance pour votre présence, qui nous est extrêmement précieuse."

• Document complet à télécharger ici.