Haies et affleurements rocheux Paysages du Massif du Jura, une richesse à défendre (printemps 2020)

(publié le 26 mai 2020)

Le recours abusif au casse-cailloux et à l’arrachage des haies, en plus d’être un non-sens agronomique,n’a pas sa place au sein d’une filière Comté qui travaille sur le respect de l’environnement. Devant l’urbanisation grandissante et la perte de terres agricoles sur la zone AOP, le CIGC prône cependant une réflexion globale des partenaires sur l’occupation de l’espace.

Le paysage du Massif du Jura a été façonné par l’agriculture et ses paysans. Cette ressource quasi-millénaire est précieuse pour les producteurs de lait à Comté et ils ont le devoir de la respecter ! L’actualisation du cahier des charges du Comté sur lequel la filière a travaillé ces deux dernières années, intègre de nombreuses mesures inédites en France, favorables à l’environnement. Nature et utilisation des effluents d’élevage, respect des sols et de la qualité des eaux, préservation de la diversité floristique, limitation de l’affouragement en vert, maîtrise de la taille des fermes et des ateliers ... Sans compter les évolutions acquises depuis fort longtemps telles que l’absence d’OGM ou encore la limitation de la productivité laitière par hectare ! Les producteurs de Comté sont précurseurs en de nombreux domaines.
Depuis dix ans, les quatre AOP du massif jurassien – Comté, Morbier, Mont d’Or et Bleu de Gex – mènent des actions de sensibilisation en faveur de l’environnement. La lecture de paysage (à lire ci-contre), réalisée par le géographe Pascal Bérion dans chaque numéro des Nouvelles du Comté, l’illustre bien.

Affleurement rocheux, une règle à respecter.

Le passage du « casse-cailloux », machine qui vise à broyer les pierres pour faciliter le passage de la faucheuse ou pour aménager de nouveaux espaces, est encadré par une réglementation claire, déjà en vigueur dans le Doubs depuis décembre 2019. Toute destruction d’affleurement rocheux doit faire l’objet d’une demande préalable de travaux auprès de la Direction Départementale des Territoires.
La demande est traitée dans un délai d’un mois la plupart du temps. Cette règle, qui a fait l’objet d’un consensus entre l’Etat, les organisations agricoles locales et les associations à but environnemental, est claire. Respectons-la car elle répond à devrais enjeux.
L’utilisation immodérée du casse-cailloux déstructure irrémédiablement les sols et constitue un non-sens agronomique : les pierres broyées modifient la chimie du sol, la terre fine s’enfonce, de sorte que les cailloux ressortent systématiquement au bout de quelques années et la matière organique, moins bien filtrée, dégrade la qualité des rivières. L’arrachage des haies est aussi peu profitable. Effet brise-vent, habitat privilégié d’une faune dévoreuse de campagnols, régulation de l’eau : les bénéfices des haies et pré-bois sont bien connus des producteurs de lait à Comté.


Concilier urbanisation, agriculture et espaces boisés.

Ceux-ci sont conscients que le paysage dans lequel ils évoluent fait la force du Comté. Mais les agriculteurs ne sont pas les seuls aménageurs du paysage et l’utilisation du casse-cailloux pour la construction de lotissements ou de zones commerciales devrait elle aussi être réfléchie ... La zone AOP Comté est constituée à 40 % de terres agricoles, à 40 % de forêts ou pré-bois et à 20 % de maisons, routes, zones artisanales ou commerciales. Chaque année, la zone AOP Comté perd des centaines d’hectares agricoles : plus de mille hectares ont été perdus en 2019, au profit de l’urbanisation. Il suffit d’observer l’évolution de Gilley de 1950 à nos jours (illustrations ci-dessus), pour constater que les agriculteurs ne sont pas les seuls « aménageurs » du paysage. Cet état de fait ne légitime pas l’usage du casse-cailloux à tout va dans les champs. Mais les différents gestionnaires ont l’obligation de réfléchir ensemble sur cette problématique d’avenir, liée à l’environnement : comment gère-t-on dès à présent et collectivement l’occupation de l’espace dans notre zone rurale ?

A Gilley entre 1956 (à gauche) et 2017 (à droite)

(publié le 26 mai 2020)

Gilley 1956
Gilley 2017

 Le géographe Pascal Bérion observe : 

  • un agrandissement des parcelles agricoles sous l’effet du remembrement ;

  • un maintien et un bon entretien des haies sur l’ensemble de la période ;

  • une progression de la forêt au détriment des terres agricoles avec un puissant effet de fermeture du paysage ;

  • une très forte croissance de l’urbanisation résidentielle.

 

Le paysage de Gilley a principalement été modifié par l’urbanisation et le boisement. Toutefois, Gilley présente une évolution plus intense qu’ailleurs sur la zone AOP.