Randonnée : jusqu’aux confins du Comté dans l’Ain

Savoureux Circuit Bandeau

N° 15

Face aux Alpes, sur le plateau de Retord, s’étendent les beaux pâturages des contreforts du Jura. Entre Bellegarde et Culoz, de Brénod au sommet du Grand Colombier, ces alpages marquent la limite méridionale de la zone de production du Comté.
Un terroir à découvrir au pas du randonneur, au fil de la Grande Traversée du Jura, qui vous emmènera au cœur des prés, des bois et des lignes de crêtes, au contact d’une nature préservée et sauvage.

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Le circuit en vidéo
Toutes les étapes du circuit

Étape 1.- Première ascension sur le plateau de Retord

Bienvenue au sud des montagnes du Jura et de la zone de production du Comté ! En montant sur le plateau de Retord, vous prendrez pleinement conscience de la typicité des pâturages de l’Ain, et donc, des fromages qui y sont produits. Enfilez vos meilleures chaussures et préparez méthodiquement votre sac à dos, car 5 jours de marche vous attendent pour une traversée aussi sauvage que surprenante !

Si le plateau de Retord est le paradis des bergers en été et celui des skieurs de fond en hiver, il est aussi celui des randonneurs… à pied, à VTT et même à cheval ! Car cet immense espace naturel, parsemé de quelques fermes et villages, est d’abord un grand terrain de jeu sauvage pour tous les amoureux de la nature. Au cœur de ces paysages, nous évoluerons sur les chemins de la Grande Traversée du Jura (GTJ). Cet itinéraire traversant le massif jurassien du Nord au Sud, est l’idéal pour découvrir toute la diversité du plateau, le long des chemins de Grande Randonnée (GR). En suivant les balises rouges et jaunes du GR 509-GTJ et les panneaux d’indication jaunes, partons à l’assaut des contreforts du plateau !

Randonnée de la vallée au plateau

Pour traverser le plateau de Retord de Bellegarde-sur-Valserine au nord, à Culoz au sud, nous choisissons de laisser notre véhicule dans la ville d’arrivée, puis de rejoindre Bellegarde en train. C’est donc confortablement installés dans notre wagon, que nous voyons se dessiner les hauteurs du plateau depuis la vallée. À Bellegarde, tout le monde descend ! De là, nous partons en direction du lieu-dit Le Catray, à 1065 mètres d’altitude. Il paraît qu’on peut y manger une fondue au Comté, en tête à tête avec le plus haut sommet d’Europe…

Notre ascension commence dès la sortie de Bellegarde, que nous avons rejoint en prenant la direction d’Ochiaz depuis la gare. Si moins de 8 kilomètres de marche nous attendent, nous allons affronter un dénivelé positif de 690 mètres ! Et c’est ainsi qu’après une première montée assez raide, nous sortons de la ville pour évoluer dans les prés et les bois, prémices d’un décor typiquement jurassien. Les jeunes chevreuils croisés sur le bord du chemin sont comme un cadeau de bienvenue. Puis, nous traversons le charmant petit village d’Ochiaz, pour arriver au niveau de son église et des ruines de son ancien site.

C’est ensuite la véritable ascension qui débute dans les bois, en prenant garde de bien repérer toutes les balises du GR, parfois à demi-effacées. En gagnant de l’altitude, nous remarquons que les sapins peuplent de plus en plus le paysage. Après moins de trois heures de marche et une dernière montée sportive, nous revenons enfin à la lumière, lorsque le sentier débouche sur l’Auberge Le Catray, tout au bord du plateau de Retord.

Repas montagnard et nuit douillette face au Mont Blanc

À Catray, le panorama est somptueux pour les yeux du profane. Carine Naud, notre hôtesse, se fait d’ailleurs un plaisir de nous présenter « le sommet du Sorgia, Annecy, le lac du Bourget et le Mont Blanc ». Face à ce paysage grandiose, elle a installé notre hébergement d’un soir, dans le chalet Jamaé. Avec son style montagnard, jusque dans les billes de bois qui servent de supports de lampes, la chambre est la promesse d’une douce nuit. D’autant que ce nid douillet et l’auberge témoignent d’une histoire familiale dont Carine nous conte l’origine : « Le Catray est une ancienne ferme, où mes parents ont installé un hôtel-restaurant dès 1967. En 2001, j’ai repris le flambeau, avec à la fois l’auberge et les chambres d’hôtes. Je possède également quelques chevaux et j’accueille les randonneurs de la GTJ à cheval, les marcheurs et les vététistes. »

Après ces instants contemplatifs sous le coucher du soleil, nous allons reprendre des forces ! À la carte de l’auberge, des spécialités montagnardes : fondue au Comté ou au bleu de Gex, raclette, brasérade... C’est Carine elle-même qui se charge de nous régaler : « la cuisine, c’est mon premier métier ! Je choisis toujours des produits locaux, comme le Comté de Poligny, ou authentiques, comme la raclette fribourgeoise. En été, je prépare des plats un peu plus raffinés, en cuisinant des filets de truite rose de Saint-Germain ou des poulets fermiers de l’Ain ». Ce repas est tellement bon que même après une raclette ou une fondue, nous savourons avec délice le crumble maison, accompagné d’un sorbet à la mûre et de Glaces des Alpes.

Dans la fraîcheur de la nuit, nous regagnons ensuite notre chambre en admirant les lueurs de Bellegarde en bas de la vallée. Il est temps pour nous de prendre du repos, pour affronter la longue journée du lendemain !

Infos pratiques

Auberge Le Catray
Route de Cuvéry
01200 Châtillon-en-Michaille
04 50 56 56 25

• Fichier GPX de la randonnée ICI.

• Kota finlandais pour les groupes de 6 à 12 personnes.
• Un pique-nique peut être préparé sur demande.

• Fichier KML de la randonnée ICI.

Étape 2.- 28 kilomètres d’une traite !

Après un délicieux petit déjeuner à Catray, partez à la fraîche pour traverser le plateau d’est en ouest et rejoindre le village de Brénod avant la fin de l’après-midi. Cette journée sera pour vous l’occasion de prendre contact avec les reliefs du plateau, avant de redescendre en pente douce jusqu’aux sources de la fabrication du Comté, au cœur des verts pâturages de l’Ain.

À peine le temps de saluer Carine que nous replongeons directement dans les bois et les prés fleuris du plateau, le long de la GTJ. Puis nous la quittons pour suivre les panneaux qui mènent au col de Cuvéry, en rejoignant la D101, l’une de ces petites départementales – plus fréquentées par les randonneurs et les cyclistes que par les voitures – qui rythmeront notre parcours. Nous reprenons alors le balisage de la GTJ VTT, jusqu’à la D55 que nous suivons par la gauche. Au kilomètre 24, nous tournons à droite pour emprunter un agréable sentier boisé et nous poursuivons sur la GTJ VTT n°8 et le GR, en passant par le lieu-dit du Golet Sapin. Nous reprenons ensuite la D31F que nous suivons jusqu’à ce que les panneaux indiquant Brénod nous invitent à tourner à droite. Nous coupons à nouveau la D31, pour rejoindre le chemin de Jorat, tout en suivant les balisages jaunes qui mènent jusqu’à Brénod.

Au détour des chemins, nous prenons le temps d’observer les scènes de vie du Jura sauvage. Ici, de jeunes renards intrépides jouent au milieu des prés sous le regard de leur mère. Là, une hermine virevolte à la recherche de son repas. Au ciel, différents rapaces planent pour repérer leurs proies. Au terme de cette longue journée, Brénod se dessine du haut d’un calvaire du XIXe siècle. Après une belle descente, nous dépassons l’église et la fromagerie et traversons complètement le village en suivant la principale route sur la droite. Puis nous tournons à gauche, lorsque nous apercevons la pancarte indiquant la ferme « Marie’Ânes »…

Les secrets de la traite à la ferme Massonnet

Nous arrivons à 17h30 à la ferme de Marie et Rémi Massonnet, juste au moment où commence la visite. « La ferme a été créée par mes beaux-parents, Louis et Isabelle, nous explique Marie. Puis, Rémi s’est installé en 2003 et je l’ai rejoint en 2005. » Nous retrouvons ensuite Rémi à l’étable, où nous l’écoutons présenter son métier : « Nous avons fait le choix d’élever des Montbéliardes. Chaque vache produit environ 6 000 litres de lait par an, ce qui est une quantité raisonnable. En fait, je ne recherche pas la performance individuelle à tout prix, mais je travaille avec l’ensemble du groupe, tout en reconnaissant les individualités. D’ailleurs nos vaches ont toutes un prénom. La plus âgée s’appelle Unique et elle a 13 ans. Voici également Biscotte et ses deux filles, Granola et Ferrero. »

Mais il est déjà 18 heures et nous devons nous dépêcher pour ne pas retarder la traite du soir… ni déroger aux habitudes des vaches. Arrivés au milieu de la salle de traite, nous nous trouvons dans une sorte d’arène, à ceci près que le spectacle se déroule en tribune, d’où les vaches nous surplombent de toute part. « Quand une vache est installée, nous attendons 90 secondes avant de brancher la trayeuse, explique Rémi. Cela stimule l’animal et nous laisse le temps de nettoyer ses trayons, puis d’éliminer le premier lait qui a stagné toute la journée. » Une opération que Rémi effectue manuellement : l’occasion pour nous d’apprendre à traire à l’ancienne, en pinçant le trayon en haut, puis en pressant avec les autres doigts pour qu’il se vide… et ainsi de suite ! Si les apprentis fermiers ont parfois un peu de mal, les braves Montbéliardes conservent un calme à toute épreuve. Puis Rémi reprend la main et branche la trayeuse qui émet son bruit caractéristique. Après trois ou quatre minutes et environ 10 litres de lait collectés, la machine se détache et chaque vache repart tranquillement pour l’étable. Il est d’ailleurs temps pour nous de les imiter, afin de découvrir les autres activités de la ferme avec Marie.

« Je me suis laissé un peu emporter, nous confie la jeune femme. J’ai 19 ânes de toutes races – et bientôt 20 –, soit bien plus que ce que j’avais d’abord imaginé. Nous les utilisons pour effectuer des randonnées et pour tirer des traîneaux en hiver. » Avec passion, elle nous détaille les caractéristiques de chaque animal. Et les anecdotes ne manquent pas. « Voici D’George, qui est né le même jour que le royal baby. » Puis, elle nous emmène auprès des cochons et des lapins, que les enfants prennent plaisir à caresser et à nourrir.

La journée se termine dans cette atmosphère paisible, qui nous invite à rejoindre notre refuge pour la soirée. Nous retournons à Brénod, où nous tournons à gauche avant l’église pour gagner la rue En Suirand et la chambre d’hôtes de Marc et Suzanne Gentelet.

Soirée nature à Brénod

En arrivant, nous sommes surpris par l’architecture et la conception des lieux. « Nous avons construit notre maison bioclimatique en 1997 et c’était la première à l’époque sur le plateau », nous expliquent Marc et Suzanne. Pour nos hôtes, les économies d’énergie n’ont plus de secret, de même que la faune et la flore locales. « Je suis accompagnateur en haute montagne, notamment pour la randonnée pédestre et les raquettes en hiver, poursuit Marc. J’anime aussi des activités de tir-à-l’arc, spéléologie, escalade dans les arbres, et même de la cueillette ».

Nous retrouvons d’ailleurs leur goût pour les productions naturelles à table, où Suzanne nous fait profiter de sa cuisine végétarienne, accompagnée de délicieux fromages de la fruitière : « voici des haricots et de la salade du jardin. Nous cuisinons aussi les fleurs, les orties et de nombreuses plantes sauvages comestibles ». S’ensuivent une tarte aux légumes colorée et un flan au chocolat, eux aussi cuisinés avec des produits sains. Juste ce qu’il faut pour passer une nuit légère dans la grande chambre d’hôtes située sous le toit de la maison.

Infos pratiques

Ferme Massonnet – Marie’Ânes
La Gouille
01110 Brénod
04 74 36 00 71

Chambre et table d’hôtes Gentelet
210 pont de la Gorge (En Suirand)
01110 Brénod
04 74 36 05 53

Étape 3.- Le Comté, du lait à l’assiette !

La traite de la veille encore en mémoire, restez à Brénod pour assister cette fois-ci à la naissance, l’enfance et la vie du Comté, dans la fruitière du village. Une matinée bien remplie, suivie d’une randonnée qui vous mènera à nouveau au cœur du plateau de Retord, au gîte des Pelaz, où les traces du Comté ne sont jamais bien loin…

Isabelle Massonnet nous a donné rendez-vous à 9 heures à la fruitière, située comme autrefois en plein cœur du village. Avec entrain et bonne humeur, elle nous guide directement dans la galerie de visite d’où l’on surplombe les fromagers en plein travail. « Les trois cuves que vous voyez produisent de 6 à 10 fromages par jour selon la saison, nous explique-t-elle. Chaque année, nous transformons 3,3 millions de litres de lait. Sachant qu’il faut 420 litres pour faire un fromage, faîtes le calcul ! » Les chiffres nous donnent le tournis ! Près de 8000 fromages sortiraient donc de ces impressionnantes cuves tous les ans ?! Et Isabelle n’en a pas fini : « À Brénod, nous sommes huit sociétaires, soit 15 foyers d’agriculteurs qui produisent du lait et emploient un fromager, un responsable du frottage en cave, deux collecteurs de lait, quatre vendeuses au magasin… »

Du pis de la vache à la table du consommateur, l’organisation est parfaitement rôdée. « La collecte du lait commence le soir. Vers 5 heures du matin, le fromager débute sa journée, en démoulant les fromages de la veille pour les mettre en cave. Pendant ce temps, le lait collecté et qui a été maintenu depuis sa production à 12 degrés, est porté à 30 degrés. Et la fabrication peut commencer. » Toujours précise et pédagogue, Isabelle puise dans son vécu et dans la mémoire du lieu (qui date d’au moins 1850 !) pour donner du sens à chaque geste du fromager ou de l’affineur. « Nous pré-affinons les fromages ici pendant trois semaines, avant de les confier à notre affineur, Juramonts. À partir de 6 mois, nous en récupérons certains pour les laisser vieillir ici. »

Des Comtés que nous retrouvons ensuite au magasin, où nous prolongeons le plaisir gustatif en remplissant notre sac à dos de fromages AOP régionaux, de saucissons artisanaux, miels, etc.

Du pas du randonneur à celui du patineur

Chargés de victuailles pour le pique-nique de midi, nous entreprenons de remonter sur les hauteurs du plateau. Pour ce faire, nous commençons par rebrousser le chemin de la veille, jusqu’à l’intersection entre la D31 et la D39, que nous empruntons sur la droite en direction de Lachat. Nous rejoignons ensuite la D55 par la gauche, avant de tourner rapidement à droite en suivant le balisage jaune et rouge en direction des Plans d’Hotonnes. La direction est ensuite parfaitement balisée et nous la suivons entre les chemins et les sentiers vallonnés qui constitueront désormais le reste du trajet. Au gré des bois et des prés, nous rencontrons de sympathiques Montbéliardes, mais aussi leurs comparses Charolaises qui paissent à volonté et gambadent parfois littéralement à notre rencontre. Arrivés presqu’au terme des 17 kilomètres et des 473 mètres de dénivelé positifs de la journée, nous renouons avec la civilisation en rejoignant les Plans d’Hotonnes. Nous remarquons tout le suite le stade de biathlon de cette célèbre station de ski, où l’on maîtrise autant le planté de bâton que l’ajustement d’une cible. Dans un dernier effort, nous montons jusqu’à notre hébergement du soir fléché sur la droite, à 1100 mètres d’altitude.

La cuisine et la nature : une philosophie

Perchés sur une sorte de balcon naturel dominant les Plans d’Hotonnes, Les Pelaz sont une étape de prédilection pour tous les randonneurs de la GTJ, comme pour les amoureux de la nature séduits par le calme et la beauté des lieux. Situés en zone Natura 2000, ils sont d’ailleurs labellisés écogîte et gîte Panda. Jean-Jacques Bianchi, créateur des gîtes et des chambres d’hôtes des Pelaz, est incollable sur l’environnement ou l’histoire des lieux. « Nous sommes dans une ancienne ferme où l’on fabriquait du fromage et donc du Comté. Je l’ai acquise en 1984 et transformée en gîte en 1986. Bien sûr, je propose des hébergements en été comme en hiver, et les activités varient en fonction de la saison : VTT et randonnée en été, ski, raquettes et chiens de traîneau en hiver. Je propose aussi une yourte, que je transforme en igloo en la recouvrant de neige. »

Jean-Jacques aime cuisiner et par-dessus tout, partager cette passion qu’il considère comme une philosophie. « Je cuisine comme à la maison, avec des produits locaux et bio quand je le peux. Ici, pas de courgettes en hiver ! » Les fromages sont évidemment à l’honneur et le Comté tout particulièrement. « Quand on parle gastronomie sur le plateau de Retord, le produit qui vient à l’esprit, c’est le Comté. Je l’utilise dès que je peux : sur les crozets, dans les gratins dauphinois, les fondues... ». Au repas, Jean-Jacques nous régale d’ailleurs avec un poulet fermier farci à l’ail, une assiette de fromages – garnie de Comté ! – et sa délicieuse tarte aux abricots. De quoi nous rassasier après cette belle journée de randonnée !

Infos pratiques

Fruitière de Brénod
60 place de l’Église 01110 Brénod
04 74 36 01 24

Gîte Les Pelaz
01260 Les Plans d’Hotonnes
04 79 87 65 73

Étape 4.- Une journée en pleine nature

Après une bonne nuit de repos et un copieux petit-déjeuner, vous quitterez Les Pelaz pour rejoindre le chalet d’Arvières. Entre les deux, une randonnée de 18 kilomètres loin de l’agitation du monde vous attend, avant d’arriver sur le site d’une ancienne chartreuse. La quête du Comté serait-elle empreinte de spiritualité ?

Depuis Les Pelaz, nous poursuivons notre route de la veille sur la gauche, avant d’emprunter un sentier à droite en direction du panorama du Mont Blanc. Nous continuons ainsi en suivant le balisage jaune, puis, à la croix des Terments, nous tournons à droite en reprenant la GTJ pédestre et le GR9, que nous ne quitterons plus désormais. Cette première partie de la randonnée, qui nous mène sur une crête, offre une vue imprenable sur les Alpes et leur point culminant. Nous poursuivons ensuite en suivant les directions de la Grande d’en-Haut, puis du Chalet d’Arvières.

Cette journée de marche isolée des habitations permet de ressentir le caractère sauvage et préservé du plateau de Retord. Celui-ci nous réserve d’ailleurs une succession de cartes postales : prés à l’herbe grasse, hautes herbes fleuries, sentiers en lisière de bois, chemins forestiers... On peut même s’essayer au pistage du lynx. Il s’agit d’avoir l’œil (de lynx !) et surtout, de la chance. Sur une piste humide, nous recherchons des traces semblables à celle d’un (très) gros chien, avec quatre doigts visibles et sans marque de griffe. Dans tous les cas, n’ayez aucune inquiétude ! Le lynx est pacifique et n’attaque jamais l’homme.

Le défi de Pascal Gazonnet

La randonnée se termine au chalet d’Arvières à 1250 mètres d’altitude. Surplombant la vallée de l’Arvières, ce gîte atypique occupe l’emplacement d’une ancienne chartreuse du XIIe siècle. Calme et isolé, en plein cœur d’un paysage à couper le souffle, le site favorise la méditation, en accord avec la règle de vie contemplative des chartreux. « Les murs du chalet ont été construits avec les restes de la chartreuse par l’ONF en 1853. Aujourd’hui, le gardien qui y logeait est parti, et je gère les lieux pour l’Office », nous explique Pascal Gazonnet. Heureusement pour nous, ce dernier n’est pas un disciple de saint Bruno. Il nous présente son projet, débordant d’énergie et doté d’un enthousiasme communicatif : « je trouverais dommage d’abandonner ce site. Et puis, développer et faire vivre le chalet d’Arvières est pour moi un défi personnel, un défi de fin de carrière ». Un pari gagnant à en juger par le nombre de randonneurs qui viennent partager un moment convivial à la table du restaurant.

La Colombiade, quel régal !

Car tout en nous parlant, Pascal ne perd pas une minute et prépare le repas pour les 30 couverts du soir. Et il faut dire qu’entre la marche et les bonnes odeurs qui émanent de la cuisine, nos papilles se sont éveillées. Pascal les rassure vite : « Je suis cuisinier de formation et je n’ai jamais quitté les fourneaux depuis l’âge de 14 ans. Le soir je sers à tout le monde de la Colombiade, un plat de mon invention. C’est un gratin de pommes de terre aux girolles, avec du Zarveron, un fromage bio produit à 9 kilomètres d’ici. Je sers ce plat avec de la salade et une assiette de charcuterie. Bien sûr, si vous réservez avant le mardi, je vous préparerai un autre met de votre choix ! »

Pour notre part, nous goûtons à cette fameuse Colombiade, qui vaut l’ascension vers Arvières à elle seule ! C’est ensuite repus que nous allons admirer une dernière fois la vallée et le coucher du soleil, dans le silence de la nuit. Puis nous partons rejoindre notre chambre douillette sous les toits du chalet, pour y rêver paisiblement de l’ascension du lendemain.

Infos pratiques

Gîte Chalet d’Arvières
Site de la Chartreuse d’Arvières
01260 Lochieu
07 60 74 81 60 / 09 82 12 30 13

• 6 chambres / 18 couchages.
• Draps et serviettes en supplément.
• Menus spéciaux et groupes sur réservation.
• Un pique-nique peut être préparé sur demande.

Étape 5.- À l’assaut du Grand Colombier

Si les amateurs de cyclisme connaissent bien la difficulté du Grand Colombier, c’est à pied que vous allez vous frotter aux pourcentages parfois impressionnants de ses pentes. Après une nuit réparatrice et un solide petit déjeuner, c’est parti pour les derniers 17,5 kilomètres de votre périple sur le plateau de Retord !

La journée débute par une descente de moins de 100 mètres de dénivelé, qui longe la réserve biologique intégrale de Saint-Arthaud, du nom du fondateur de la chartreuse. La traversée de l’Arvières marque le début de l’ascension le long du GR, avec une élévation de 364 mètres. La montée, tantôt douce, tantôt sportive, varie les plaisirs entre la forêt, les prés et les crêtes. La dernière partie, qui passe par le col de Charbemènes (1317 m), comporte une montée très raide, entre les arbres et les rochers sur lesquels il faut parfois s’appuyer pour progresser. Cet obstacle franchi, la forêt cède la place aux alpages qui colorent le sommet.

Admirez la vue !

Nous suivons le sentier de la ligne de crête pour arriver au point culminant de notre périple, la Croix du Grand Colombier, à 1531 mètres d’altitude. Inutile de préciser que le panorama vaut largement les efforts consentis pour l’atteindre. D’abord pour le col lui-même, où l’on peut observer un paysage d’alpage. Ces pâturages de montagne accueillent les bovins à partir de la mi-mai pour environ quatre à cinq mois. En plus de fortifier les génisses par une meilleure alimentation et une activité physique constante – regardez-les gambader comme des chamois ! –, l’alpage permet aux agriculteurs de constituer des stocks de foin pour l’hiver dans la vallée. Une pratique essentielle pour la préservation de la vie et des paysages du Jura. Ensuite, en balayant l’horizon, nous profitons d’une vue imprenable sur le Mont Blanc et la chaîne des Alpes, mais aussi sur les lacs du Bourget, d’Annecy et même le Léman, si la météo est favorable...

Retour sur le plancher des vaches

Depuis le sommet, Culoz est dans la vallée, toute petite, et nous commençons à réaliser ce que représentent les 1250 mètres de dénivelé qui nous attendent. Pour commencer, nous passons par la pierre Fillola et la pierre Amion, un passage très abrupt et réservé aux randonneurs aguerris. Les autres pourront sans peine suivre la départementale qui part sur Culoz et rejoindre la GTJ en direction du parking de Fenestrez.

De là, nous entamons une longue descente en lacet sur un chemin empierré. En majeure partie dans la forêt, la descente offre plusieurs points de vue sur les lacs du Bourget et d’Aix-les-Bains, qui constituent des temps de pause appréciables. Arrivés au niveau de la D120, nous empruntons enfin un étroit sentier qui serpente au milieu des buis jusqu’à notre destination finale. Une jolie manière de conclure notre périple de 88 kilomètres au pays du Comté !

Reprenez des forces à la Fromagerie de la Combe du Val

Avant de partir, arrêtez-vous à la fromagerie de la Combe du Val, à Saint-Martin-du-Fresne. Facilement accessible par la sortie n°8 de l’A40, elle vous donnera un délicieux aperçu des spécialités de la région, tout en vous permettant de vous plonger une dernière fois, dans la fabrication du Comté !

Accueillis par Sylvie et Gilles Courtejoie, les gérants de la fromagerie, nous découvrons avec eux le magasin, la fruitière et les caves. « Depuis 1878, on a toujours fabriqué du Comté dans le village, nous expliquent-ils. Mais, dès 1998, nous nous sommes modernisés en reconstruisant les bâtiments ici. Toutefois, nous avons conservé un fonctionnement à l’ancienne, avec 17 sociétaires qui restent propriétaires de la fruitière ».

Ici, on se démène pour satisfaire nos papilles, en transformant 6 millions de litres de lait par an. Gilles nous conduit dans une galerie de visite, qui surplombe les cuves. On peut notamment y visionner un film pédagogique sur la fabrication du Comté. D’ailleurs tous ceux vendus en magasin sont affinés sur place. « C’est notre fierté de mener le produit jusqu’au bout. Les caves abritent 5 000 meules, dont 2 000 sont affinées pour le magasin. » Pour nous le prouver, Gilles nous conduit au milieu des travées où s’affinent les Comté et en profite pour nous présenter Gérard, un être mystérieux qui peut vivre et travailler tous les jours dans les caves sans rechigner. Il s’agit bien sûr du robot qui seconde efficacement les trois fromagers de la fruitière !

Nous entrons ensuite au magasin pour nous ravitailler. « Nous vendons de préférence des fromages AOP et locaux : Beaufort, emmenthal, tome, Reblochon, Mont d’Or, Morbier, bleu de Gex et bien sûr, du Comté ! » Nous hésitons aussi entre les nombreux produits proposés, tels le beurre, la crème et le fromage blanc fabriqués sur place, les savoureuses glaces artisanales, ainsi que les charcuteries et plaisirs sucrés comme le miel et les confitures. « Et n’oubliez pas les quenelles de Nantua ! », ajoute Sylvie. Une autre spécialité locale que nous ne manquerons pas de goûter…

Infos pratiques

Fromagerie de la Combe du Val
Z.A. Les Pellants
01430 Saint-Martin-du-Fresne
04 74 75 70 37

• Visites gratuites tous les jours dans la galerie dédiée, ou guidées avec dégustation le jeudi matin (2 €/pers.).
• E-boutique avec retrait au Drive ou livraison.

Détente et culture après la randonnée !

Le musée du Bugey-Valromey

À moins de 16 kilomètres de Culoz, découvrez le musée départemental du Bugey-Valromey. Dans une ancienne demeure du XVIe siècle, ce musée de terroir revient sur la vie en montagne dans le Bugey (la région de Bellegarde) et le Valromey (autour du Grand Colombier). Les expositions sont consacrées à l’histoire de la région, à la vie des habitants (élevage, agriculture, artisanat, vie domestique…) et au travail du bois tourné, avec une collection d’œuvres d’art anciennes et contemporaine. Situé dans un cadre très nature, le musée est également propice aux balades et aux pique-niques. N’hésitez pas à consulter son agenda en ligne, pour ne pas manquer les expositions et les animations à tester en famille.

Aix-les-Bains et le lac du Bourget

Après les avoir amplement aperçus lors de la randonnée, le lac du Bourget et la ville d’Aix-les-Bains méritent largement le détour. S’il vous en reste la force, les bords du lac se prêtent bien sûr aux balades qui permettent de le découvrir sous tous les angles. Pour vous reposer, direction le Spa Thermal et les eaux bienfaisantes d’Aix-les-Bains, l’une des plus importantes villes thermales en France… sans oublier tous les plaisirs gastronomiques et culturels que réserve cette cité de la riviera alpine !

La ville et le lac d’Annecy

Au bord des eaux bleues de son lac, entre les massifs des Bornes et des Bauges, Annecy est la ville idéale pour un repos bien mérité. Les comtes de Genève et de Savoie ne s’y sont d’ailleurs pas trompé puisqu’ils y ont établi leur résidence il y a bien longtemps. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, la ville possède un patrimoine remarquable, que vous ne manquerez pas de découvrir lors de vos balades à travers ses ruelles et le long de ses canaux. À moins que vous ne préfériez les plaisirs de la baignade ou les promenades en bateau sur le lac !