Randonnée : sur les routes du Comté au pays de l’Or blanc...

Savoureux Circuit Bandeau

N° 26

Rien de plus logique que les Routes du Comté croisent les anciens chemins du sel...
En remontant le Sentier des Gabelous,
entre Arc-et-Senans et Salins-les-Bains, partez sur les traces de ces deux produits nés du sol comtois, qui ont, chacun à leur manière, marqué tout un territoire…

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Le circuit en vidéo
Toutes les étapes du circuit

Étape 1.- Découverte de la Saline royale d’Arc-et-Senans

Suivre le Sentier des Gabelous, c’est remonter le saumoduc, la longue canalisation qui reliait jadis les salines de Salins-les-Bains et d’Arc-et-Senans. Extraite à Salins-les-Bains, la saumure était en effet acheminée à la Saline royale, par cet ouvrage long de 21,25 kilomètres construit à la fin du XVIIIe siècle. Surveillé par des gabelous (les douaniers responsables du commerce du sel et de l’impôt sur le sel, la Gabelle), le saumoduc aboutissait près de la Saline royale d’Arc-et-Senans, un ensemble architectural singulier, aujourd’hui classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Nous commençons notre périple par la visite de la Saline royale d’Arc-et-Senans. Dès l’extérieur, les bâtiments nous semblent imposants et cette première impression se confirme lorsque nous pénétrons à l’intérieur. C’est là que notre guide débute ses explications : « La Saline a été construite entre 1775 et 1779, des travaux d’une durée relativement courte pour l’époque, d’autant que le site s’étend sur huit hectares. Ce projet a été commandé par Louis XV pour répondre à une demande croissante en sel et parce que la Grande Saline de Salins-les-Bains ne pouvait être ni agrandie ni modernisée. Le site d’Arc-et-Senans est vite choisi pour sa proximité avec la forêt de Chaux – le bois étant utilisé pour produire le sel – et avec la Suisse, dans l’espoir de développer un commerce avec la République de Genève.

La Saline étant une manufacture royale, il fallait signer une architecture majestueuse et imposante. Le roi a donc fait appel à l’architecte le plus courtisé de l’époque, Claude-Nicolas Ledoux. C’est à lui que l’on doit ces 11 bâtiments en forme de demi-cercle parfaitement symétrique. Chacun répond à une fonction précise : la maison du directeur, les deux bernes (pour produire le sel), les bureaux des administrateurs et des gabelous, les berniers où logeaient les sauniers [les ouvriers], la maréchalerie, le bâtiment des gardes, etc. Tout autour des bâtiments de l’arc de cercle, des jardins étaient destinés aux ouvriers, pour leur fournir de la nourriture et leur offrir une distraction saine. Enfin, toute la Saline était entourée d’un mur d’enceinte de 1100 mètres de circonférence, afin de l’isoler de l’extérieur. »

Un chef d’œuvre d’architecture industrielle

Notre guide nous emmène ensuite visiter les différents bâtiments ouverts au public. Elle nous fait remarquer au passage les sculptures présentes sur les murs de chaque bâtiment : des urnes d’où l’eau salée jaillit, marquant la fonction du site pour le visiteur. « Nous commençons par le bâtiment le plus chargé en éléments architecturaux, la maison du Directeur. Elle se caractérise par son imposante colonnade qui permet des jeux d’ombre et de lumière évoluant au fil de la journée. Au sommet, sur le fronton, vous remarquerez cet oculus qui symbolise le pouvoir du directeur, vers lequel tous les regards se portent et exerçant sa surveillance sur tous. » Aujourd’hui, cette maison abrite des expositions temporaires à l’étage et une exposition permanente sur le sel à la Saline au rez-de-chaussée.

À l’intérieur, nous en apprenons davantage sur la production du sel : « La Franche-Comté est une terre où le sel est exploité depuis 7000 ans. Cet élément a toujours été essentiel pour la conservation des aliments, la médecine, l’élevage, le traitement des peaux, etc. D’où l’importance de maîtriser son exploitation, en extrayant le sel des eaux salées, grâce à une évaporation et à une cristallisation par la chaleur. Or, les eaux salées (la saumure) étaient présentes à Salins-les-Bains et non à Arc-et-Senans. D’où la mise en place d’un saumoduc entre les deux sites : vous pouvez en voir ici un tronçon. Voici également des gravures représentant le dur travail des sauniers au sein des deux grandes bernes, où ils transformaient la saumure dans huit grandes poêles métalliques. »

Notre visite se poursuit au sein de l’ancienne tonnellerie, dans le musée consacré à Claude-Nicolas Ledoux. Une soixantaine de maquettes y retracent le travail de cet architecte, urbaniste et utopiste des Lumières. Nous commençons par admirer la reconstitution de sa première proposition pour la Saline, refusée par Louis XV, puis les différents édifices tirés de son Traité d’Architecture, pour beaucoup détruits au XIXe siècle ou jamais réalisés, comme sa ville idéale de Chaux, son cimetière semi-enterré, ses écoles, etc.

Après cette passionnante visite guidée, nous sommes libres de déambuler dans les autres espaces, comme la berne ouest, remarquable à la fois pour son architecture et sa charpente en béton armé réalisée par l’architecte Julien Polti dans les années 1930. Nous découvrons également les jardins ouvriers évoqués par notre guide, aujourd’hui investis du mois de juin au mois de septembre par des établissements d’enseignement de l’Est de la France et de Suisse. Ce festival des Jardins est chaque année l’occasion pour les visiteurs d’admirer les créations merveilleuses et imaginatives des élèves dans le cadre exceptionnel de la Saline.

Infos pratiques

Saline royale d’Arc-et-Senans
Grande Rue 25610 Arc-et-Senans

• Fichier GPX de la randonnée ICI.

03 81 54 45 45
www.salineroyale.com

• Fichier KML de la randonnée ICI.

Pour débuter votre randonnée, nous vous recommandons de laisser votre véhicule à Salins-les-Bains, puis d’emprunter le TER (bus) qui vous emmènera directement devant la Saline royale.

Étape 2.- Randonnée d’Arc-et-Senans à Buffard

Pour remonter le Sentier des Gabelous, deux options s’offrent à vous : suivre le sentier de 21 kilomètres fléché par Terra Salina, ou opter pour une version plus longue de 28,5 kilomètres, en suivant les gabelous figurés sur les pancartes. Si le premier sentier peut se faire d’une traite, le second permet de passer une première soirée à Buffard, sur les traces du Comté…

Cette première après-midi de randonnée débute à la Saline royale d’Arc-et-Senans. Devant l’ancienne manufacture de sel, nous allons suivre le Sentier des Gabelous sur 8,5 kilomètres, avant d’effectuer un petit détour de 2,5 kilomètres jusqu’à Buffard. Nous n’avons qu’à suivre le parcours du Sentier des Gabelous, doté d’un dénivelé peu important et jalonné de différents panneaux explicatifs. Nous commençons par un circuit au sein d’Arc-et-Senans, passant auprès de l’ancien bâtiment de graduation, qui permettait d’augmenter la teneur de l’eau en sel. Puis, nous arrivons à proximité de la Loue, où nous découvrons les techniques mises en œuvre pour faire traverser la rivière au saumoduc. La marche se poursuit alors paisiblement jusqu’à Champagne-sur-Loue, entre les prés des Montbéliardes et les vignes du haut Val d’Amour. Arrivés au centre du village, nous laissons le Sentier des Gabelous sur notre droite pour traverser à nouveau la Loue. Nous prenons ensuite immédiatement à droite et dépassons le village pour rejoindre la ferme pédagogique des Deux Collines.

La ferme des Deux Collines d’une seule traite

Dès notre arrivée, nous sommes reçus par Céline, qui nous invite à effectuer avec elle les travaux de la ferme. Après des études dans la médiation et l’éducation à l’environnement, cette dernière s’est découvert une vocation pour le monde agricole en rencontrant son mari, Thomas, éleveur de Montbéliardes et agriculteur depuis 2011. En plus de ces activités, Céline a développé l’élevage des ânes, complétant celui des lapins, des poules, des chèvres et des cochons. « Nous aimons bien l’idée d’être auto-suffisants grâce aux animaux de la ferme », commente Céline. Mais trêve de discussions, nous devons nous mettre au travail !

Après avoir nourri les lapins, nous passons aux poules en leur fabricant une sorte de pâtée à base de maïs, d’eau et de pain. Pendant qu’elles l’avalent goulument, nous ramassons les œufs dans le poulailler. Nous suivons ensuite Céline auprès des ânes, Vénus et Donald, puis des chèvres, Coopadou et Cabriole.

Mais voici déjà l’heure de s’occuper des Montbéliardes. Céline commence par nous montrer le tank à lait, qui maintient le liquide à 12 °C. Après avoir goûté le lait frais, nous partons à la rencontre des 50 vaches du troupeau. Nous saluons au passage Mandarine et Mirabelle, avant de leur servir leur nourriture favorite en complément de l’herbe et du foin : les céréales. Après cette tâche physique, nous partons vers la salle de traite, devant laquelle les vaches attendent en manifestant une certaine impatience. Sous la direction de Céline et Thomas, nous nettoyons leurs trayons, avant d’éliminer le premier lait à la main, puis de brancher la machine à traire ! Une opération qui semble plaire aux Montbéliardes, car elles repartent ensuite apaisées vers leur étable.

Pause gourmande à l’Auberge de Buffard

Nous devons également quitter Céline et Thomas, car notre estomac crie famine ! Après la randonnée et toutes ces activités, nous nous dirigeons vers le centre du village, à l’Auberge de Buffard tenue par Michel Belin et son fils Loïc. Michel possède un parcours atypique, puisqu’après des études agricoles et d’agro-alimentaire, il part travailler deux ans au Cameroun, avant de diriger une usine pendant 20 ans. Il finit par démissionner et réaliser un projet qui lui tient à cœur : la création d’un restaurant. En 2001, il ouvre son auberge dans sa propre maison, une ancienne ferme comtoise, à l’emplacement de son salon et de sa cuisine ! Si l’établissement a été largement réaménagé depuis, avec une magnifique terrasse, l’esprit culinaire est resté le même : « J’ai toujours préparé une cuisine familiale, voire même une cuisine de grand-mère, pour beaucoup de plats, nous explique Michel Belin. Je suis autodidacte, tout comme mon employé, Hervé, à qui personne n’a voulu donner sa chance en raison de son handicap. »

La générosité est vraiment le maître mot chez Michel et Loïc Belin. Elle se retrouve dans la carte, où les produits locaux et les préparations maison sont à l’honneur : « Comme je suis issu de la charcuterie, j’aime préparer les terrines, les jambons persillés, les jambons braisés au Macvin, etc. », précise Michel. Des plats que nous retrouvons dans le menu du Charcutier, côtoyant les menus du Terroir, du Gastronome et du Gourmet. Pour nous remettre de notre journée, nous choisissons ce dernier et nous régalons de la délicieuse croûte aux Morilles, du Filet de truite au Vin Jaune, du plateau de fromages et des desserts du chef !

Une nuit douillette au Détour

Pour clore cette belle journée, nous nous rendons non loin de l’Auberge, aux chambres d’hôtes du Détour. Au sein d’une ancienne maison viticole de caractère, avec sa tourelle et son architecture préservée, Joël Roy a aménagé là un véritable havre de paix. « Je suis très sensible à la nature et à l’environnement, raconte Joël Roy. À Buffard, nous sommes en zone Natura 2000, au cœur du val de Loue. Les visiteurs sont à la fois près des sites touristiques majeurs de la Franche-Comté et dans un domaine où ils peuvent se reposer, en profitant de la tranquillité des lieux ».

Nous goûtons d’ailleurs à ce calme dans l’une des 5 chambres 3 épis du Détour. C’est donc complètement reposés que nous dégustons, le lendemain matin, le copieux petit déjeuner élaboré par Joël Roy, à partir de produits locaux et, si possible, bio. Ce dernier prépare également des repas – lorsque ses visiteurs ne se rendent pas à l’Auberge de Buffard – et régale ses convives de fondues au Comté, viandes longuement mijotées, petits plats cuits dans le four à pain, etc.

Infos pratiques

• Ferme des Deux Collines
Route de Port Lesney
25440 Buffard
06 83 47 85 00
www.les2collines.fr

• Visites guidées sur réservation.

Auberge de Buffard
5 Grande Rue 25440 Buffard
06 60 48 67 87

Le Détour
27 rue de Besançon 25440 Buffard
03 81 57 50 77

Étape 3.- Du Sentier des Gabelous à l’hôtel-restaurant des Deux Forts

Pour cette seconde journée de randonnée, retournez sur vos pas jusqu’à Champagne-sur-Loue pendant 2,5 kilomètres, avant de terminer les 20,5 kilomètres du Sentier des Gabelous. Vous arriverez alors à Salins-les-Bains, où vous pourrez passer une première soirée de repos bien méritée à l’hôtel des Deux Forts !

Notre randonnée débute paisiblement par 9 kilomètres au bord de la Loue. En toute logique, le tracé du saumoduc suit le cours de la rivière et sa pente naturelle. Au fil du trajet, nous découvrons de charmants villages, à l’image de Port-Lesney et son pont médiéval en ruine… ainsi que son second pont en « Bow-string », classé aux Monuments historiques grâce à sa grande arche en béton des années 1930. Nous arrivons ensuite au village de Rennes-sur-Loue, où nous traversons une dernière fois la Loue en admirant les anciennes demeures du XVIIIe et du XIXe siècle.

De là, nous gagnons la Chapelle-sur-Furieuse, avant de nous élever de 150 mètres sur les anciens coteaux. Au bout de trois kilomètres, nous finissons par apercevoir un morceau de l’ancien saumoduc juste à côté du chemin. Si cette fraction de la canalisation est encore en place, c’est parce que le saumoduc initial, en sapin, a bien vite été remplacé par des conduites en fonte, plus résistantes au sel ! Après cette découverte étonnante, nous poursuivons notre chemin qui nous mène cette fois sur un ancien parcours d’une nature bien différente : pour terminer notre randonnée vers Salins-les-Bains, nous suivons le tracé d’une voie de chemin de fer aujourd’hui disparue ! C’est en passant au cœur du tronçon tracé dans la roche que nous arrivons à Salins et que nous gagnons tranquillement le centre de la ville…

Une pause bien méritée à l’hôtel des Deux Forts

Arrivés au cœur de Salins, nous remarquons tout de suite l’hôtel des Deux Forts : situé sur la place du Vigneron, signalée par sa statue facilement reconnaissable, l’hôtel est une très ancienne bâtisse édifiée en 1479 ! Hostellerie depuis de nombreuses années, l’établissement conserve en son sein un autre héritage du passé, puisqu’il possède une véritable source qui jaillit dans ses murs, comme c’est le cas dans plusieurs anciennes maisons salinoises. Nous découvrons cette curiosité dès l’entrée et nous pouvons même y admirer une truite, nageant dans le petit bassin de la source.

À l’étage, nous nous installons sur la jolie terrasse du restaurant tenu par Solène Seguin. Cette jeune cheffe vient d’ailleurs de prendre la tête des cuisines, imprimant petit à petit sa marque à la carte : « Je viens du sud de la France, nous raconte-t-elle. Après avoir travaillé en restaurant semi-gastronomique, puis bistronomique, je tente l’expérience franc-comtoise aux Deux-Forts ! Ici, je cuisine principalement avec des produits de la région, ce qui me permet de proposer une cuisine très riche. J’essaie surtout de préparer des plats qui sortent de l’ordinaire et d’apporter un peu de soleil dans la cuisine du Jura. Par exemple, le Comté s’associe très bien avec des saveurs méridionales comme la tomate ou l’olive. »

Vérifiant ses dires, nous choisissons de goûter le menu du Terroir. Après un soufflé renversé au Comté sur un croustillant à la Morteau, nous découvrons un mignon de porc accompagné d’une ratatouille au miel du Jura ! Cette délicieuse association est suivie de Comté et de Morbier de la fruitière de Salins-les-Bains, puis d’une étonnante tarte au citron entièrement revisitée par Solène Seguin, où la glace au citron côtoie les morceaux de chocolats blancs et un fond de tarte émietté… un régal !

Après ce délicieux repas, nous partons nous reposer dans l’une des 23 chambres de l’hôtel***. Récemment rénovées et d’un très grand confort, elles nous permettent de goûter à un repos bien mérité après cette longue journée de randonnée.

Infos pratiques

Hôtel des Deux Forts
5, place du Vigneron
39110 Salins-les-Bains
03 84 73 70 40 / 03 84 73 70 42
http://www.hoteldesdeuxforts.fr/

L’hôtel est complété par la résidence Charles Sander, qui propose de nombreux services pour les randonneurs ou les motards itinérants : garage à vélos et à motos, lavage et séchage du linge, kitchenettes, etc.

Étape 4.- La fruitière de Salins-les-Bains, là où le Comté naît…

Depuis l’hôtel des Deux Forts, il ne vous faudra que 15 minutes à pied pour rejoindre la route de Champagnole et la fruitière de Salins-les-Bains, figurant parmi les dernières fromageries à Comté encore situées en ville.

Pour apprécier pleinement la fruitière de Salins-les-Bains, nous choisissons de nous y rendre dès l’ouverture, à 9 heures. C’est en effet le moment où nous pouvons voir les fromagers encore à l’œuvre, à travers les vitres de la galerie de visite aménagée à cet effet. Affairés autour des grandes cuves à Comté, ils évoluent sous nos yeux, terminant les dernières étapes de la fabrication du fromage : le décaillage consistant à découper la partie solide du contenu de la cuve appelée « caillé », puis le chauffage, le brassage, le soutirage de la cuve et enfin, le moulage des futurs fromages. Hors de notre vue, les fromages sont ensuite salés ou trempés dans de la saumure, au tout début de leur pré-affinage, avant d’être régulièrement frottés avec de la morge (une solution à base de saumure). D’où l’importance du sel dans la fabrication du Comté et les liens historiques étroits entre ce fromage et la production de sel en Franche-Comté…

Revenant sur nos pas, nous retrouvons la crémière, qui nous avait orienté dès l’entrée. « L’atelier, le magasin et la galerie de visite ont été entièrement modernisés et refaits, avant de ré-ouvrir au mois de mars 2015, nous précise-t-elle. La fromagerie fabrique du Comté, du Morbier et de la raclette, à partir des 6,5 millions de litres de lait récoltés chaque année. » Elle nous invite ensuite dans une salle de projection, où un film pédagogique d’une dizaine de minutes détaille la fabrication du Comté, du pré à l’assiette, en présentant l’ensemble de la chaîne de production. Éleveurs, ramasseurs de lait, fromagers et même vache Montbéliarde (!)… tous prennent la parole pour expliquer comment est fabriqué le Comté. Saviez-vous que les Montbéliardes se nourrissent d’environ 20 kilos d’herbe ou de foin (issu de la première coupe d’herbe) et de regain (la seconde coupe réalisée au mois de juillet) ? Saviez-vous également que le ramassage du lait est effectué dans un cercle de 25 kilomètres autour de Salins-les-Bains, auprès de 11 fermes ? Et que le moment du décaillage est déclenché par le fromager lui-même, sur la base de sa seule appréciation et de son expérience ? Autant d’étapes fondamentales et d’anecdotes révélées dans le film, pour que nous n’ignorions plus rien de la fabrication du Comté !

Après nous être instruits, nous ne manquons pas de repasser par le beau magasin de la fruitière. En plus du beurre et de la crème issus de la production des fromages, nous y trouvons également de la Tomme et du Bleu de Gex, mais aussi des saucisses de Morteau, des vins du Jura, des terrines, confitures, miels, etc. Ceux qui ne peuvent se déplacer pourront même commander tous ces délicieux produits régionaux sur le site Internet de la fruitière et recevoir ainsi, des morceaux de Franche-Comté à déguster directement à domicile !

Pause gourmande au Petit Blanc

Depuis la fruitière, nous retournons en direction du centre de Salins-les-Bains pour nous restaurer. Dépassant l’établissement thermal, nous jetons notre dévolu sur le restaurant Le Petit Blanc, qu’il ne faut pas manquer en contrebas de la route. Cette situation originale nous est expliquée par Jérôme Paillard, le sympathique propriétaire : « Le restaurant se trouve dans un ancien grenier à sel, lui-même situé à plusieurs mètres au-dessus du puits à Muire, l’une des sources d’eau salée qui alimente aujourd’hui les thermes. Même s’il ressemble plutôt à une cave avec sa voûte, il s’agit bel et bien d’un grenier, puisqu’il est au-dessus du puits. Aujourd’hui, cette forme donne un cachet particulier à la salle de restaurant, que j’ai essayé de préserver depuis mon arrivée il y a deux ans. »

Nappes à carreaux Vichy, photos rétro, grandes ardoises… l’ambiance bistrot du Petit Blanc est des plus réussies, mais elle ne doit pas détromper le visiteur, qui découvrira bien vite une carte enrichie de notes plus locales. « J’ai conservé les plats traditionnels des bistrots, tout en apportant une plus grande attention aux produits frais, aux légumes, etc. Nous préparons par exemple nos propres terrines et les desserts sont faits maison. Je propose aussi des filets de truites roses du Jura et des plats locaux comme le coq au Vin Jaune et morilles, le suprême de volaille au Comté, la morbiflette… et notre incontournable fondue au Comté. Bien sûr, je m’approvisionne auprès de la fruitière de Salins ! »

Autant de préceptes que nous vérifions immédiatement en goûtant aux assiettes bien garnies de Jérôme Paillard et son équipe. Entre le gratin de poireaux au Comté, l’escalope pannée au Comté et le plateau de fromages, notre curiosité et notre appétit son très largement rassasiés !

Infos pratiques

• Fruitière de Salins-les-Bains
1, route de Champagnole
39110 Salins-les-Bains
03 84 73 18 52
http://www.comtefruitieresalins.com

• Le Petit Blanc
1 Place des Alliés
39110 Salins-les-Bains
03 84 73 01 57
http://www.restaurantlepetitblanc.com/

Étape 5.- La Grande Saline et le thermalisme à Salins-les-Bains

Étape finale de votre périple, la Grande Saline de Salins-les-Bains est pourtant le lieu où tout a commencé ! Abritant aujourd’hui le Musée du Sel, la Saline a été pendant plus d’un millénaire, l’un des principaux sites de production du sel en Franche-Comté. Une activité qui a laissé des traces bien visibles dans la ville…

De retour au centre de Salins-les-Bains, nous nous dirigeons vers la Grande Saline et le Musée du Sel, très facilement reconnaissables grâce aux formes du bâtiment historique et de sa prolongation moderne. Nous choisissons de suivre une visite guidée pour ne rien manquer de ce site inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous voilà donc partis pour une heure en compagnie de Patricia, notre guide, qui nous invite d’emblée à découvrir avec elle 1200 ans d’histoire, de la création de la Saline à son arrêt en 1962. « Dans la région, l’eau salée remonte naturellement en surface grâce aux infiltrations, ce qui a toujours été un atout pour la production de sel. Cette industrie a fait la richesse de Salins dès le Moyen Âge, mais a aussi attisé les convoitises. Pour cette raison, la ville a été entourée d’un mur d’enceinte, puis protégée par les deux forts qui entourent encore la cité.

Pour obtenir cette denrée précieuse qu’est le sel, à partir du VIIIe siècle, on chauffe l’eau sur de grandes poêles avec du bois (puis du charbon au XIXe siècle). D’où le nom de sel ignigène. À l’origine, on extrait de l’eau salée à 40 g de sel par litre. Puis au XIVe siècle, on invente les norias, des chaînes de seaux activées par des chevaux, qui permettent de remonter des eaux souterraines à 80 g de sel par litre. Ensuite, au XVIIIe siècle, on installe une roue hydraulique entraînée par la rivière La Furieuse, reliée à une pompe à saumure au XIXe siècle : on atteint alors 330 g de sel par litre, soit plus que la concentration de la Mer Morte ! C’est ce que nous allons découvrir maintenant si vous voulez bien me suivre. »

Patricia nous invite à sortir du bâtiment, pour entrer sous terre par un escalier de 50 marches. Nous arrivons dans la galerie souterraine qui relie les deux sources d’eau salée, le puits d’Aval et le puits d’Amont. Nous évoluons par une température de 12 °C sous la magnifique galerie en berceau de 130 mètres construite dès le XIIIe siècle, pour arriver jusqu’à la roue hydraulique et au système de pompe fonctionnant encore pour les visiteurs. Certains se hasardent d’ailleurs à goûter l’eau (très) salée qui sort du robinet !

Nous remontons ensuite les 50 marches qui nous ramènent à la lumière, pour nous diriger vers le bâtiment d’évaporation, aussi appelé « salle des poêles ». Là, Patricia nous détaille le dur labeur des sauniers, devant une grande poêle de 17 mètres de long que l’on peut encore admirer. « Il faut s’imaginer des conditions de travail très éprouvantes, dues à la température allant jusqu’à 50 °C, mais aussi au taux d’humidité de 80 % et à l’utilisation du sel, qui complique souvent la cicatrisation des blessures ».

Après ces explications détaillées sur les techniques et les conditions de production du sel, notre guide conclut la visite en nous invitant à visionner un premier film sur le travail des sauniers, puis un second sur la Saline, avant de terminer par les autres salles du Musée du Sel.

Un après-midi aux thermes de Salins-les-Bains

À Salins, les sources salées n’ont pas uniquement été exploitées par l’industrie. En effet, leurs propriétés ont été remarquées dès l’époque romaine. Mais c’est en 1854 que les eaux de Salins connaissent un véritable essor avec la venue de l’impératrice Eugénie. Aujourd’hui, les thermes proposent toujours des cures thermales, mais aussi des soins ludiques et de détente, grâce à la source du puits à Muire. Bénéfique pour les rhumatismes et les douleurs articulaires, l’eau salée possède également des effets calmants, grâce au potassium et au magnésium qu’elle contient. L’idéal après deux journées de randonnée !

--> Les nouveaux thermes, entièrement modernisés, ont ouvert leurs portes Place Barbarine en février 2017, proposant à la fois des cures thermales, des cures de bien-être et des espaces ludiques accessibles à tous.

Infos pratiques

• La Grande Saline – Musée du Sel
Place des Salines
39110 Salins-les-Bains
03 84 73 10 92
http://www.salinesdesalins.com/

• Etablissement Thermal Therma Salina
Place Barbarine
39110 Salins-les-Bains
03 84 73 04 63
www.thermes-salins.com

Ravitaillement bio à la Fromagerie du Val de Loue

Au terme de votre séjour, faites un détour à la Fromagerie bio du Val de Loue, à proximité de Rennes-sur-Loue.

Facilement accessible au bord de la N53 qui relie Poligny à Besançon, cette fromagerie est impossible à manquer pour les visiteurs de passage. Le magasin présente en effet une forme octogonale très originale, entourée d’un bardage en bois et coiffée d’un toit pointu. À l’intérieur, vous retrouverez tous les fromages bio produits par la coopérative : le Comté, le Morbier, la tomme et la raclette. Les trois vendeuses vous proposeront également du Bleu de Gex et de l’emmental bio, ainsi que du beurre, de la crème et des yaourts. Ici, la sélection est avant tout bio et locale, se composant de vins du Jura, de bières, jus de pommes, confitures, pains, chocolats, etc.

Pour créer cette fromagerie à part, 11 producteurs se sont associés en 1998, avec l’envie de proposer uniquement des fromages bio. Avec le fromager, son second et le caviste, tous participent à la fabrication de ces bons produits ; un processus dont vous pourrez admirer quelques étapes à travers les baies vitrées du magasin. Respectant un cahier des charges rigoureux, du fourrage des Montbéliardes jusqu’à l’affinage dans les caves de Marcel Petite, en passant par l’utilisation d’une chaudière à granulés de bois comme source de chaleur, tous les acteurs de la coopérative vous permettront de déguster des Comtés, Morbier, tommes et raclettes bénéficiant d’un label AB et de son équivalent européen.

Infos pratiques

Fromagerie du Val de Loue
Route de Lyon 39600 Grange-de-Vaivre
03 84 37 85 28

Détours sur les chemins de Terra Salina…

Terres de Sel, la Franche-Comté et la Suisse voisine ont vu leurs paysages et leur organisation influencés par l’exploitation, le commerce et la contrebande de l’or blanc. C’est pour mettre en valeur ce patrimoine exceptionnel que le réseau Terra Salina s’est constitué, proposant des itinéraires et des séjours de randonnée qu’il ne vous reste qu’à découvrir…

Parmi les itinéraires de Terra Salina, il n’y a pas que le Sentier des Gabelous ! Ce réseau réunit en fait les quatre sites patrimoniaux que sont la Saline royale d’Arc-et-Senans, la Grande Saline de Salins-les-Bains, la Fondation des Mines de Sel de Bex et les Salines Suisses de Bâle. Outre les deux salines françaises et les deux sites suisses encore en activité, c’est tout un territoire, 24 sites touristiques (d’Ornans aux thermes d’Yverdon-les-Bains) et 120 partenaires qui s’associent pour vous faire découvrir les voies historiques franco-suisses du sel. Présentés sur le site Internet www.terrasalina.eu, tous les partenaires et les chemins de randonnée sont très faciles à visualiser sur une carte interactive. Cette dernière permet même de construire son propre itinéraire, avec les étapes de son choix, que l’on voyage à pied, à vélo ou en voiture.

Chacun des itinéraires pédestres emprunte généralement des sentiers de Grande Randonnée (GR, en rouge et blanc), mais aussi de Petite Randonnée (en jaune). Des autocollants permettent d’identifier ceux qui relèvent de Terra Salina sur les panneaux. Côté Suisse, le réseau des chemins de randonnée pédestre est balisé par de multiples pancartes jaunes facilement reconnaissables.

En plus du Sentier des Gabelous, Terra Salina présente des itinéraires en partenariat avec les créateurs de la Via Francigena (un réseau de routes et de chemins empruntés jadis par les Français vivant au nord des Alpes) et de la Via Salina Historique. Mais c’est surtout la Via Salina Touristique qui est principalement mise en valeur, au cœur du réseau Terra Salina. Reliant Arc-et-Senans à Berne, en passant notamment par Ornans, cet itinéraire de randonnée terrestre et cyclable vous invite à découvrir le patrimoine naturel et culturel de l’arc jurassien. Sites historiques et sauniers classés, paysages, gastronomie, bien-être… tout est réuni pour un passionnant séjour sur les chemins du sel.